Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les signes distinctifs de l’identité du Territoire -

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Le statut d’autonomie interne

Les signes distinctifs de l’identité du Territoire

L’article 1er du statut autorise la Polynésie à déterminer « les signes distinctifs permettant de marquer sa personnalité dans les manifestations publiques et officielles ». Le gouvernement de G. Flosse n’a pas tardé à chercher à les faire adopter rapidement, non sans problème parfois. La détermination de ces signes a fait l’objet (contesté du reste par l’opposition) d’une concertation et/ou de concours.

A/ Le drapeau

Il est adopté dès le 23 novembre 1984 (délibération n° 84-1030).
Le dessin a été réalisé par Alfred Chalons, professeur au lycée Lamennais.
Avec, entre les deux bandes rouges, la représentation de la pirogue, la Polynésie entend reprendre cet attribut sacré des rois et grands chefs également symbole par excellence de la civilisation polynésienne. Pour les rapporteurs du projet (F. Brotherson et N. Spitz) le drapeau « symbolisera pour les prochaines générations l’esprit de liberté, de responsabilité et d’initiative d’un peuple tourné vers l’avenir ».

B/ Les armes du Territoire

C’est le sceau des documents officiels. Il reprend la pirogue du drapeau.

C/ La fête de l’autonomie
(Voir la lettre de G. Flosse, fiche suivante)

L’assemblée en débat le 30 mai 1985.
Pourquoi le gouvernement de Gaston Flosse – en 1985 – a-t-il choisi le 29 juin ?
De multiples dates auraient pu être retenues. Il y a des arguments pour justifier le 29 juin, mais sans doute cette date s’accordait-elle bien avec les objectifs de G. Flosse. Comme le fait remarquer Sémir Al Wardi dans son livre Tahiti et la France, les traditionnelles fêtes de Juillet étaient trop centrées sur la Fête nationale. Faire débuter le Tiurai par le 29 juin en faisait une fête territoriale, sans encore rompre avec la France dont la Fête nationale ne devenait qu’une fête parmi d’autres à l’intérieur du Tiurai.
Dès lors, le choix du 29 juin apparaît comme la volonté de mettre en avant les symboles du Territoire. Cela ressort nettement de la lettre que Gaston Flosse envoya à l’assemblée qui devait discuter du choix de cette date. Le président insistait également sur « l’identité territoriale » qui n’excluait pas l’amitié vouée à la République.

Les arguments justifiant la date deviennent dès lors secondaires. Certes, on peut considérer avec intérêt l’idée que le 29 juin 1880 une partie de la Polynésie s’était donnée à la France pour de bonnes raisons : la nécessité d’avoir une réelle protection, la nécessité d’entrer dans le monde moderne… Pourquoi choisir cette date alors ? On pourrait parler d’effet miroir. Cette date marquerait le retour « bonifié » écrit G. Flosse de ce qui avait été abandonné. Pour certains, comme Napoléon Spitz qui n’appréciait pas trop le 29 juin 1880 et reflétait sans doute la pensée de bon nombre de ses collègues, choisir la date du 29 comme fête territoriale serait quand même pertinent car elle permettrait de « déculpabiliser cette date ». Une revanche en quelque sorte et une justification.

Le gouvernement d’Alexandre Léontieff (fin 1987-début 1991) a choisi une date qui, selon lui, symboliserait davantage l’autonomie, une autonomie qui débuterait avec le statut de 1984 plutôt qu’avec celui de 1977. Quito Braun Ortega résuma bien la pensée de la majorité de l’époque (dont une partie avait voté pour le 29 juin trois ans plus tôt) : « nous rapportons la date de la fête de l’autonomie interne à sa date d’entrée en vigueur sur le Territoire », c’est-à-dire le 8 septembre 1984 (parution au JOPF). Trois ans plus tard, après les élections de 1991, Gaston Flosse fit rétablir la date du 29 juin par des conseillers dont certains avaient voté le 8 septembre trois ans plus tôt !

La première fête, en 1985, fut solennellement marquée par une fête typiquement océanienne, le quatrième Festival des Arts du Pacifique, et par la présence à la tribune de personnalités politiques du RPR comme Pierre Messmer dont on sait qu’il avait été farouchement opposé à l’autonomie. C’était – en ce qui concerne ce dernier fait – la marque d’une victoire des autonomistes sur les « jacobins » (ceux qui ne veulent pas que le pouvoir central abandonne des compétences au profit des collectivités territoriales de la République) en particulier de ceux qui comptaient dans les forces politiques de droite. Les symboles du 29 juin 1985 furent donc très fortement appuyés. Un drapeau, une fête de l’autonomie dans une ambiance océanienne : la Polynésie se démarquait peu à peu de la France. Quelques formules prudentes ne doivent pas masquer ce fait capital.
Plusieurs expressions contenues dans la lettre envoyée par le Conseil des ministres (et en réalité par un conseiller très proche de Gaston Flosse qui a pesé avec lui chacun des mots) à l’assemblée sont passées inaperçues.
La Polynésie est-elle toujours réellement attachée à la France ? Oui, certes, mais avec des nuances. Dans la phrase « Un siècle d’histoire polynésienne en compagnie de la France débouche sur une ère nouvelle dont notre autonomie marque le départ » il y a comme une rupture. « Ère nouvelle », « le départ » signifient qu’une page de l’histoire est réellement tournée. Dans la dernière phrase de l’extrait de lettre, il y a bien le rappel de « l’amitié avec la France », mais que pèse ce rappel à côté de « [Polynésiens] responsables de leur destin » et « identité territoriale » ?

Une expression est encore plus forte lorsque le président parle « d’envisager la solitude de notre cheminement ». Jacqui Drollet note alors que – selon son interprétation - cette expression remplace tout simplement le mot « indépendance ».
Certes, dans l’ensemble de la phrase, des précautions sont prises. Il faudrait au préalable obtenir « la complète maturité de notre développement économique » pour « éventuellement » envisager une forme nouvelle de relations avec la France.

D/ L’hymne territorial

Un concours est lancé dès 1983 et relancé en 1984. Rien n’aboutit. Il fallut une nouvelle décision du conseil des ministres le 27 mai 1992. Le concours fut tenté par de nombreux auteurs. Un jury présidé par le ministre de la Culture retint 17 œuvres. Pour respecter l’anonymat, elles furent numérotées de 1 à 17. A l’issue de l’audition, le n° 5 fut retenu. L’assemblée choisit alors définitivement l’hymne dans sa séance du 10 juin 1993.

Ainsi, le Territoire s’achemine, avec ses signes distinctifs et avec la reconnaissance de sa culture, vers une forme de quasi-État.

Le statut d'autonomie interne 0 < Le rôle du haut-commissaire 1 < Les signes distinctifs de l’identité du Territoire 2 < Lettre du 25 avril 1985 3 < Gaston Flosse et le statut de 1984 4 < La relance des discussions statutaires 5

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