Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Alexandre Léontieff -

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Alexandre Léontieff

Né le 20 octobre 1948 à Tahiti (commune de Teahupoo), descendant d’une famille d’émigrés russes installés en France en 1926 et à Tahiti en 1936. Il était le frère de Boris Léontieff. Il est décédé le 2 mars 2009.
Il suit des études d’économie à l’université de Rennes et obtient un doctorat de sciences économiques à Paris-Sorbonne.
De retour à Tahiti, il suit d’abord une carrière dans le secteur public :
• Chef du Bureau des Finances territoriales (1971-1973)
• Chargé de mission du Secrétaire Général de la Polynésie française (1972-1973)
• Chef du service des Affaires Economiques (1973-1977).
Puis il entame une carrière dans le secteur privé :
• Directeur Général de la société anonyme « Brasserie du Pacifique » (1978-1980)
• Président du directoire de la société anonyme EMGT « Entrepôts et Magasins Généraux de Tahiti » (1980-1982)
• Vice-président de la société anonyme « Tahiti Pétroles » (1980-1982)
• Président du conseil d’administration de la société anonyme d’économie mixte SAGEP « Société d’aménagement et de gestion de la Polynésie » (2002-2004)
• Directeur de la CPS « Caisse de prévoyance sociale de la Polynésie française » (organisme privé de sécurité sociale) du 1er décembre 2004 à sa mort.

Engagé au Tahoera’a Huiraatira, il est élu membre de l’Assemblée de la Polynésie française, en 1977, puis sous diverses étiquettes (dont celle du Tavini Huiraatira) de 1991 à 1999.

Après la victoire de G. Flosse aux élections de 1982, il est nommé conseiller de gouvernement et suppléant du vice-président du conseil, chargé de l’économie et des finances, de 1982 à 1984. Le statut d’autonomie interne le fait accéder à la vice-présidence du gouvernement tout en assurant les fonctions de ministre de l’économie, du tourisme et de la mer, de 1984 à 1986. Il est ensuite nommé ministre de l’économie et du tourisme, de 1986 à 1987.
Après la démission de G. Flosse de la présidence début 1987, il entre en conflit avec le président Jacqui Teuira. Dissident du Tahoera’a, il constitue une coalition qui lui permet d’être élu président du gouvernement en 1987 (Mandat effectué de décembre 1987 à avril 1991). Sa présidence était censée établir un relatif consensus dans la société polynésienne, surtout après les émeutes d’octobre 1987 et le drame de Faaite. Alexandre Léontieff profita d’abord d’une opinion publique favorable, ce qui lui permit de se faire élire député, d’abord sous l’étiquette RPR; puis il s’apparenta au groupe socialiste.
Cependant, son gouvernement de coalition résista mal aux ambitions des partis et des hommes qui la composaient. À quelques reprises, il fallut recourir à la technique dite du « yoyo » (des ministres démissionnent et retrouvent provisoirement un siège à l’assemblée pour assurer une majorité au gouvernement). Le Tahoera’a reconstitua peu à peu ses forces. Le « toilettage » du statut en 1990, accordant davantage de pouvoirs au président du gouvernement, ne suffit pas à donner à Alexandre Léontieff l’autorité qui lui manquait, surtout dans un contexte de baisse des ressources fiscales débuté en 1988.
Il manqua à Alexandre Léontieff ce qui est indispensable pour asseoir son électorat en Polynésie : une mairie. Par deux fois il échoua à ravir celle de Punaauia à Jacques Vii, en 1983 et surtout en 1989, année où cette conquête aurait été indispensable.
Les élections d’avril 1991 – avec une loi électorale très favorable au Tahoera’a - donnèrent des résultats indécis, mais devaient normalement assurer son maintien à la présidence à la tête d’une coalition. Un revirement de dernière minute d’Émile Vernaudon, puis quelques mois plus tard le revirement de Jean Juventin, permirent à G. Flosse de retrouver le pouvoir. Les anciens alliés d’Alexandre Léontieff le délaissèrent. Il tenta alors de redonner vie au parti qu’il avait créé lors de la scission du Tahoera’a, le Tiamara (= le Flambeau), mais sans succès et en le baptisant Haere I Mua début mai 1994, sans plus de succès.
Pour l’élection présidentielle d’avril-mai 1995, il soutint E. Balladur.
Son adhésion, fin 1995, au Tavini Huiraatira surprit les observateurs dans la mesure où il était peu de temps auparavant, un grand pourfendeur de la cause indépendantiste : son intervention à l’assemblée contre le projet de statut préparé par G. Flosse est à cet égard significatif, car il y dénonçait la volonté de la majorité de l’époque de préparer l’indépendance au travers des modifications statutaires. Il expliqua qu’il s’était rallié aux thèses de la souveraineté dès 1994 lorsque fut ébauchée une plate-forme de l’opposition regroupant l’opposition au Tahoera’a. Pour A. Léontieff, « l’étape logique et finale de l’autonomie, c’est la souveraineté qui va dans le sens de l’Histoire ; il faut la préparer » . Ce ralliement fut le fruit de déconvenues politiques à l’égard de la France avec la reprise des essais nucléaires, à l’égard de la classe politique locale qui cherchait à le mettre sous le boisseau et de ses ennuis personnels avec la justice. Il contribua à donner au programme économique du parti indépendantiste une coloration plus libérale que celle qui marquait les précédents programmes. En 1996, il fut élu conseiller territorial sur la liste indépendantiste.
Mis en examen dans plusieurs affaires de corruption (par exemple, inculpé en 1992 pour des pots de vin pour la création d’un golf à Moorea qui lui valurent trois ans de prison dont deux fermes, 18 millions d’amende et cinq ans de privation de ses droits civiques, le 5 mai 1998), il fut détenu plusieurs mois en métropole, puis en Polynésie.
Ses démêlés judiciaires mirent fin à sa vie politique active, mais il occupa encore des postes importants dans le privé (voir supra). En septembre 2001, il annonça qu’il se retirait de la vie politique pour se consacrer à une carrière professionnelle qui nécessitait une neutralité en ce domaine. Il déclara néanmoins qu’il gardait des convictions « souverainistes » qu’il distinguait de l’indépendance. Il prônait alors une Polynésie exerçant toutes les compétences d’un pays souverain en laissant à la France la monnaie, la défense et la justice (La Dépêche, 17 septembre 2001). Il se réconcilia avec G. Flosse qui lui confia la responsabilité de la SAGEP.
Au cours de son mandat présidentiel, il reçut en visite officielle le Premier ministre, Michel Rocard, en 1989 et le président de la République, François Mitterrand en 1990. Il obtint ainsi des signatures de conventions et de contrats de plan entre l’État et le Territoire.

Alexandre Léontieff fut député de la Polynésie française, de 1986 à 1988, membre de la commission des finances de l’Assemblée nationale et rapporteur spécial du budget des territoires d’outre-mer français. Il était inscrit au groupe RPR. Après la dissolution de l’Assemblée nationale, il fut réélu député de 1988 à 1993 et membre de la commission des lois. Exclu du RPR, il siégea parmi les non-inscrits, mais proche du parti socialiste. Le Premier ministre Michel Rocard le chargea de mission auprès de lui, en 1989 (mission parlementaire de six mois). Sur son initiative, quelques réformes parlementaires furent obtenues :
- fixation au samedi de la date des élections législatives en Polynésie française (proposition de loi adoptée par le gouvernement et l’AN) - extension à la Polynésie française de la loi sur les écoutes téléphoniques (demande acceptée par le ministre de la justice Michel Sapin) - modification de la Constitution française, en son article 74, érigeant les statuts des territoires d’outre-mer au rang de lois organiques et non plus de lois ordinaires (proposition d’amendement constitutionnel déposée à titre personnel et acceptée par le Parlement réuni en Congrès à Versailles, en 1992, pour l’adaptation de la Constitution française au Traité de Maastricht).
Alexandre Léontieff a participé à des négociations nationales et internationales :
• Négociations politiques avec l’État sur les projets de statuts d’autonomie de la Polynésie française de 1977, 1984 et 1990
• Participation, de 1984 à 1987, aux négociations internationales de pêche entre la France, d’une part, et le Japon et la Corée du Sud, d’autre part, pour ce qui concerne la pêche dans les eaux de la zone économique exclusive (ZEE)
• Négociateur, pour la Polynésie française, en 1990, de l’Accord d’Association décennal entre l’Union Européenne et les PTOM (« Pays et territoires d’outre-mer »), entré en vigueur en 1991
• Participation, en 1993, en tant que député de la Polynésie française et membre de la délégation polynésienne, à la négociation et à la signature de l’Accord-cadre décennal du Pacte de progrès entre l’État et le Territoire
• Chef de la délégation française pour la négociation avec les pays insulaires du Pacifique Sud et l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, le Japon… afin d’interdire l’usage des filets de pêche maillants dérivants dans le Pacifique Sud et signature, en 1990, au nom de la France, à Wellington (NZ), de ces accords internationaux ratifiés ensuite par l’ONU.

[J.M.Regnault]

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