Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Jouer la transparence -

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Jouer la transparence

Depuis son arrivée au pouvoir, F. Mitterrand a voulu jouer la transparence, nous l’avons vu avec les rapports scientifiques de diverses personnalités (voir fiche sur le CEP, le Gouvernement socialiste et la contestation anti-nucléaire). D’autres exemples vont dans le même sens.
Fin septembre 1984, dix-huit journalistes de Métropole sont invités à visiter Moruroa. D’après La Dépêche de Tahiti (1er octobre 1984), la visite a été essentiellement orientée vers les aspects scientifiques et technologiques. L’organisation des expérimentations leur a été présentée. Les sites leur ont été présentés comme particulièrement « propres » et bien protégés contre les risques divers comme celui du tsunami.

Le commandant J-Y. Cousteau se rend à Moruroa du 20 au 25 juin 1987. Ses plongeurs visitent les fonds sous-marins de l’atoll et prélèvent des échantillons biologiques et minéralogiques. Un tir sous lagon est déclenché pendant le séjour de l’équipage dont certains membres ont survolé le lagon en hélicoptère pour filmer l’événement. Les flancs extérieurs de l’atoll sont également explorés. Le rapport de mission s’interroge sur l’innocuité à long terme des essais et le commandant Cousteau émet des réserves sur certaines explications fournies par le CEA. Inversement ce dernier refuse de suivre certaines déductions ou assertions du rapport (1).

En 1989, les services de l’État, en collaboration avec le Territoire, ont organisé une « Table ronde » à Papeete pour étudier le rôle du CEP en Polynésie. Syndicats, associations, Églises ont été amenées à donner leur point de vue et à poser des questions.
A ceux qui auraient souhaité l’organisation d’un référendum sur la présence du CEP, le Premier ministre, Michel Rocard avait déjà répondu que c’était exclu lors de sa visite au mois d’août.
Des spécialistes ont fait des exposés en tentant de mettre à la portée du public les questions techniques. Tous aboutissent à démontrer l’innocuité des essais et la fausseté des accusations portées par les opposants. La presse locale est allée plus loin que les exposés eux-mêmes ou du moins a, par ses titres, voulu mettre un terme à la contestation. Par exemple, La Dépêche du 5 octobre 1989 écrit en grosses lettres à la une :

LE NUCLÉAIRE N’A PROVOQUÉ AUCUN CANCER
affirment - preuves à l’appui – les autorités du CEA-CEP.

Les autorités de l’État annoncent que la transparence se poursuivra et que des réponses seront apportées à tous ceux qui continueront à en poser.
Bien évidemment, les opposants restent sur leur faim et les indépendantistes nourrissent leur combat de la présence du CEP. Quant au Ia Mana Te Nunaa, il considère que c’est grâce à l’action du ministre de la Santé, J. Drollet, que la Table ronde a pu se tenir, mais dénonce « le faux air de dialogue » de la part d’un État qui est « juge et partie ».

En avril 1990, ce sont 21 médecins, certains appartenant à une association de prévention de la guerre nucléaire qui visitent Moruroa. Les moyens techniques mis à la disposition des chercheurs et médecins du site en matière médicale, ceux qui concernent la sécurité, le contrôle radiologique et biologique des atolls leur sont présentés. Aux médecins qui s’inquiètent des conséquences des essais aériens, le responsable du CEA, M. Barthoux, affirme que les retombées locales ont été pratiquement nulles. Les visiteurs semblent repartir satisfaits, non sans prévenir que « demain, il faudra garder le contact et avoir la possibilité d’être informé sur les travaux relatifs aux essais » (2).

Dans la population, chez les hommes politiques même favorables à cette présence, des doutes naissent malgré les affirmations péremptoires du CEA et du CEP. Ainsi en est-il par exemple, d’A. Léontieff qui, lors de la reprise des essais témoigne de sa propre évolution : « Beaucoup d’élus ont cru et croient peut-être encore à l’innocuité, mais le doute s’est établi dans l’esprit de beaucoup d’élus, même de ceux qui, en 1991, pensaient que ces essais étaient réalisés dans des conditions de totale innocuité » (PV de l’AT du 5 octobre 1995).

(1) Dumortier B., Les atolls de l’atome, Marines éditions, 1997, p. 151-152.
(2) La Dépêche, 17 avril 1990.

[J.M.Regnault]

L’affaire Greenpeace et ses suites : le voyage de F. Mitterrand à Moruroa (septembre 1985) 0 < Jouer la transparence 1 < La suspension des essais nucléaires 2 < La reprise des essais en 1995 3 < La signature du Traité de Rarotonga 4

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