Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La suspension des essais nucléaires -

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La suspension des essais nucléaires

Le traité de Rarotonga était surtout dirigé contre les essais nucléaires français. Le président Mitterrand a bien essayé de redresser l’image de la France dans le Pacifique, mais sans succès réel. À partir de 1991, il fit évoluer la politique française en annonçant sa volonté d’adhérer au Traité de non Prolifération des armes atomiques (TNP). En avril 1992, il décida, pour des raisons de politique intérieure et de politique extérieure, de suspendre les expérimentations pour une année. Il indiqua que la France entendait “donner un coup d'arrêt au surarmement et à l'accumulation des armes nucléaires dans le monde”. Cela valut à la France les félicitations des pays du Pacifique Sud (1). Ce moratoire unilatéral ne signifiait aucunement un abandon par la France du principe de dissuasion nucléaire, au contraire il “demeurait la clef de voûte de la politique de défense française”. George Bush, d’abord réticent, accepta un moratoire de neuf mois. La France prolongea le sien au-delà de 1992. Sous la présidence de Bill Clinton, un moratoire de quinze mois fut annoncé, ainsi que l’intention d’aboutir à un traité d'interdiction complète des essais nucléaires ou Comprehensive Test Ban Treaty, (CTBT, en français TICE). Dans ce contexte, F. Mitterrand put déclarer que les essais ne seraient pas repris, même si la décision de fermer le CEP n’était pas prise (Le Monde, 11 mai 1994). Il fallait, selon lui, se prémunir des risques d’une réactivation de la course aux armements :
« La France n’a pas une arme nucléaire par plaisir. Moi, j’ai toujours été contre. Je continue idéalement d’être contre, mais je ne veux pas que la France soit démunie des moyens d’assurer sa défense et sa sécurité si d’autres possèdent cette arme (Déclaration du 12 avril 1992). »

Il se trouve que quelques jours avant la décision présidentielle, le gouvernement polynésien avait programmé la mise en œuvre d’une « Charte du développement » (25 mars 1992) pour redresser les finances locales et développer le secteur privé.
La décision brutale, ou ressentie comme telle, inquiéta les responsables politiques car les ressources du Territoire risquaient de se tarir rapidement et la nécessité de rééquilibrer économiquement le Territoire devenait encore plus actuelle. « La dure réalité vient de s’imposer » déclara le député A. Léontieff. G. Flosse, de son côté, fit valoir au ministre des DOM-TOM que « la situation financière du Territoire étant difficile, la suspension des essais pourrait, s’il n’y était porté remède, amener l’effondrement économique ainsi qu’une catastrophe sociale et politique » (La Dépêche, 29 avril 1992). Les parlementaires, le conseiller économique et social et le président du CESC présentèrent un mémorandum visant à énumérer les mesures souhaitables de reconversion de l’économie polynésienne.
Une délégation d’élus se rendit à Paris et rencontra le président de la République, le Premier ministre et le ministre des DOM-TOM en mai. F. Mitterrand expliqua que l’on n’était pas encore entré dans « l’après-CEP ». La France compenserait les rentrées fiscales perdues et préparera un plan de relance économique. Le 14 mai en effet, un protocole d’accord fut signé, prévoyant un Pacte de Progrès (voir la fiche sur le contrat de développement).

Sans connaître encore le destin final des atolls du nucléaire, la Polynésie se préparait à entrer plus ou moins rapidement dans l’après-nucléaire. L’État prenait des engagements formels pour l’accompagner.

(1) Toutefois, les leaders du Forum restaient prudents, craignaient une reprise des essais et redoutaient les conséquences à long terme des essais (Le Monde, 22 juin 1994).

[J.M.Regnault]

L’affaire Greenpeace et ses suites : le voyage de F. Mitterrand à Moruroa (septembre 1985) 0 < Jouer la transparence 1 < La suspension des essais nucléaires 2 < La reprise des essais en 1995 3 < La signature du Traité de Rarotonga 4

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