Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - LE SECRÉTARIAT D’ÉTAT AU PACIFIQUE SUD -

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Le secrétariat d’État du Pacifique Sud (1)


Cérémonie du kava lors d'un déplacement
de Gaston Flosse en Océanie

Avec la détermination de rectifier l'image ternie de la France après l’affaire du Rainbow Warrior, J. Chirac confia à G. Flosse un portefeuille ministériel relatif « aux problèmes du Pacifique Sud ».

Alain Maffart et Dominique Prieur avaient été mis en prison et traînés devant la Haute cour de justice de Nouvelle-Zélande qui les avait condamnés tous deux à dix années de prison. C'est en coulisse que se négocièrent la faculté pour eux d'effectuer leur peine en territoire français, sur l'île de Hao dans les Tuamotu. Fin juin 1986, à la demande de J. Chirac, G. Flosse alla chercher les deux officiers. C'est le premier acte accompli par le nouveau secrétaire d'État, symbolique s'il en est, des nouvelles fonctions qu'il se mettait à exercer. Par la suite, dans toutes ses activités ministérielles dans le Pacifique, il associa l'armée, en ayant à ses côtés l'amiral Pierre Thireaut qui commandait les forces armées ou en recourant à des bâtiments de la marine ou de l'armée de l'air pour ses visites officielles dans la région.
La mission ministérielle confiée à Gaston Flosse peut se résumer en trois lignes directrices majeures :
• Les essais nucléaires français sont mal compris, informons sur leurs réalités.
• La France du Pacifique n’est pas celle que l’on croit, démontrons-le.
• La France est un vecteur de développement et de coopération, prouvons-le.

1. le nucléaire

Il fallut ouvrir les sites aux politiques et aux journalistes auxquels les officiers français expliquaient que ces deux atolls étaient en fait un laboratoire scientifique où était mis au point l'instrument de la dissuasion nucléaire française. Des exposés pédagogiques étaient effectués en présence du secrétaire d'État et d'officiers généraux ; des films explicatifs étaient projetés et des visites effectuées autour des points zéro.
Ainsi le roi de Tonga, le ministre des Affaires économiques des Samoa ou le délégué du Samoa américain au Congrès, ont pris part à l'une de ces visites officielles. Elles eurent lieu aussi pour des journalistes, français et étrangers.

2. la France du Pacifique

G. Flosse se référait constamment à la volonté démocratique des ressortissants français, précisant à chaque fois que le jour où la majorité des populations intéressées serait en faveur de l'indépendance constitutionnelle, Paris l'accorderait, mais qu'il serait anti-démocratique de privilégier certaines catégories de population au détriment d'autres.
G. Flosse prit position lors du coup d'État militaire que connut Fidji en mai 1987, dans cet archipel, indépendant depuis 1970, où se trouvaient deux composantes ethniques principales, des Fidjiens de souche et des descendants d'immigrés indiens. En 1987, un gouvernement travailliste fut élu et il était favorable à la cause des Indo-Fidjiens rêvant de devenir propriétaires des parcelles foncières qu'ils mettent en valeur. Les garants de la coutume à Fidji s'y opposèrent et le colonel Rabuka organisa un coup d'État qui fut condamné par les grands pays de la région. G. Flosse se proposa de venir en aide à l'ancien Premier ministre Ratu Sir Kamisese Mara et au gouverneur général Ratu Sir Penaia Ganilau dont la démission avait été acceptée par la reine d'Angleterre. Ce faisant, le secrétaire d'État au Pacifique Sud savait que l'ensemble des gouvernants des micro-États approuveraient sa démarche au motif qu'ils soutenaient tous, mais en privé, le coup d'État à Fidji dans la mesure où « la terre en Océanie ne peut appartenir qu'aux Océaniens ». Dans le même temps, il pouvait émettre des critiques à l'endroit de Canberra et de Wellington qui pratiquaient un double langage, à savoir préconiser que seuls les Kanak bénéficient du droit de vote lors d'un référendum d'autodétermination et s'offusquer que les Fidjiens décident de ne plus partager avec les Indo-Fidjiens le droit de vote.
Ratu Mara vint signer à Paris en avril 1988 un protocole d'accord de coopération, incluant un prêt financier important à taux bonifié. Il se proposa auprès de Bernard Pons, sous la forme d'un contre-don, d’intervenir auprès des leaders kanak pour calmer la situation de tension existant en Nouvelle-Calédonie. Mais c’était quelques jours avant l'affaire de la grotte d'Ouvéa…

3. Le vecteur de développement

La France disposait de nombreux organismes de recherche scientifique dans ses deux principaux territoires du Pacifique. Ceux-ci conduisaient des activités susceptibles d'être utiles aux pays voisins, que ce soit dans les domaines de l'agronomie (CIRAD), de la recherche médicale (Institut Pasteur ou apparenté), des soins médicaux (les centres hospitaliers territoriaux), de l'exploitation des milieux marins (IFREMER) ou, encore, de la coopération scientifique (ORSTOM, devenu aujourd'hui IRD). Mais ces divers organismes étaient dans une relation de verticalité avec la Métropole. G. Flosse souhaita que l'ensemble des organismes de recherche français dans le Pacifique se mettent à étendre leurs divers champs de compétences dans les autres pays de la région.
Reprenant l’idée de F. Mitterrand, J. Chirac confia la tâche à son secrétaire d'État de créer une université française dans le Pacifique Sud. Elle naquit par décret en 1987, ouvrit ses portes à Nouméa en mars 1988 et à Papeete au mois de septembre suivant. La présidence de l'université et ses services administratifs furent implantés à Papeete.

G. Flosse se rendit en visite officielle dans plusieurs micro-États du Pacifique. Il voulut montrer que l’armée française pouvait être un instrument d'aide aux populations en cas de besoin, en particulier lors de ravages cycloniques. Il le prouva, entre autres, aux Salomon et à Futuna en 1986, aux îles Cook, à Samoa et au Vanuatu en 1987.
Il eut un rêve que le temps ne lui permit pas de réaliser : de refonder la Communauté des Peuples Polynésiens d'antan que la colonisation occidentale avait écartelée. Ce projet venait en contrepoint du Fer de Lance mélanésien et faisait l'objet de réticences de la part des autorités politiques néo-zélandaises qui y décelaient un facteur potentiel de déstabilisation du rapport socio-ethnique en Nouvelle-Zélande, entre Pakeha (2) et Maori tout autant que dans les rapports entretenus par la Nouvelle-Zélande avec ses anciennes colonies de Samoa, des Cook ou de Niue.

Ce ministère très particulier au sein des divers gouvernements de la Ve République était un ministère de combat politique à vocation de redresser une image ternie de la France par une affaire malheureuse et mieux faire connaître les territoires français du Pacifique. Cependant, sa durée fut brève et interrompue par la défaite de J. Chirac à la présidentielle de 1988. L’affaire de la grotte d’Ouvea annihila en partie les efforts de redressement de l’image de la France.

(1) Adapté de l’article de Paul de Deckker, « Le secrétariat au Pacifique Sud », in F. Mitterrand et les Territoires français du Pacifique, Les Indes Savantes, 2003, p. 493 à 506.
(2) Personne d'origine européenne.

[J.M. Regnault]

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