Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L’économie -

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Contexte historique local

L’économie

Sur la situation économique et sociale, les rapports de l’inspecteur Robert Lassalle-Séré, pour sévères qu’ils soient, permettent de connaître dans le détail les problèmes que rencontrent les ÉFO.

Les inégalités sociales et le décalage entre les prix et la réalité éclatent au travers de quelques documents comme cette lettre du gouverneur Anziani qui explique à son ministre la « formidable hausse des loyers » :
« Cette situation est la conséquence de la loi de l’offre et de la demande, d’une période d’euphorie où l’argent était facile, mais également de l’inertie ou de l’état de nécessité des locataires… Le loyer, tel qu’il est pratiqué dans le Territoire ne repose sur aucune base saine… De jeunes salariés ont emprunté pour acheter et construire des maisons et, depuis, ont abandonné leur profession régulière pour devenir propriétaires d’immeubles (27 juillet 1949) ».

Après le rapport de l’inspecteur, la situation économique s’est provisoirement détériorée. En 1952, le président Leboucher évoque « un marasme prononcé » qui a ralenti les rentrées budgétaires.

Sur le plan monétaire, une réforme importante est adoptée. Pendant la Deuxième guerre mondiale, les liens entre la Polynésie et la France sont coupés. C'est donc surtout avec l'Amérique que le commerce s'établit. Cette situation demeure après guerre tant que la France ne se relève pas de ses difficultés. Comme le franc français perd toujours plus de sa valeur par rapport au dollar, il devient impossible aux Polynésiens d'acheter des marchandises aux États-Unis, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Un décret du 25 décembre 1945 crée le franc CFP (le sigle signifie à l’époque : le franc des colonies françaises du Pacifique) qui permet de garder un change raisonnable avec le dollar. Lorsque les liens se rétablissent avec la métropole, le franc CFP est alors définitivement fixé à 5, 50 francs français (septembre 1949) avant la création du « nouveau franc » en 1960.

La législation sociale est nettement en retard par rapport à la métropole. La situation difficile des travailleurs tahitiens est confirmée par un rapport de R. Lassalle-Séré (n° 23 D du 5 novembre 1947) qui souligne « qu’aucune réglementation ne protège réellement la main-d’œuvre contre les abus des employeurs ». Ce n’est que le 31 mai 1947 qu’est promulguée la loi du 23 avril 1919 sur la journée de huit heures, laquelle du reste prévoyait une semaine de quarante-huit heures. Le code du Travail pour l’Outre-Mer n’est adopté dans les ÉFO que fin janvier 1953. Il faudra attendre août 1954 pour l’obtention de la semaine de quarante heures. Jusqu’en 1954, il n’y a pas de congés payés. Les familles ne perçoivent pas d’allocations familiales.
En l’absence d’une véritable industrie, il est difficile de connaître la condition des travailleurs. Toutefois, un rapport de l’Inspection du travail à Makatea (établi du 23 au 26 février 1949) permet d’évaluer la condition de 952 salariés dont plus de la moitié sont recrutés hors ÉFO. Ce sont les conditions de logement qui sont le plus critiquées, alors que les ateliers sont propres et aérés, éclairés et leurs abords nettoyés. La Compagnie (CFPO) devrait suivre les prescriptions sur les règles de sécurité au travail. Elle devrait signer une convention collective. Si des améliorations ont été apportées aux conditions de vie et de travail, des réformes urgentes s’imposent.

Le 1er avril 1948, une base minimum de salaire est fixée à 115 francs par jour à Papeete, révisable si l’indice des prix établi depuis la même date varie de plus ou moins 10 %.

Le syndicalisme commence à se développer vers 1947 par l’action d’hommes Alexis Bernast, Christian Bodin, Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy et Frantz Vanizette. J-C Haumant a reconnu que leurs revendications étaient « justes » tout en mettant en garde contre leur éventuelle politisation.

Conclusion sur le contexte local.

Par de multiples aspects, il apparaît nettement que les ÉFO, ce n’est pas vraiment la France.

Voir aussi « la spécialité législative » dans le commentaire sur les institutions.

Enfin, il faut comprendre que la France dispose de peu de moyens après guerre pour s’occuper de la lointaine possession. Le gouverneur Anziani donne la mesure de cette faiblesse en moyens :
« J’avoue que lorsqu’on me parle innocemment des moyens mis en œuvre par les Américains qui, en quelques mois, ont terminé routes, warfs, adductions d'eau, ports, aérodrome, etc., que nous n'avons jamais conçus en 75 ans, je ne puis m'empêcher de songer avec mélancolie à mes moyens actuels qui, en matière routière par exemple, se limitent à un vieux "grader", baptisé pompeusement bulldozer, en panne quatre jours par semaine, et à quelques rouleaux dont plusieurs sans moteur. (10 septembre 1949) ».

Trois mois plus tard, le même gouverneur enfonçait le clou en comparant les travaux réalisés par les Américains et ceux entrepris par la France caractérisés par la « médiocrité » :
« Le Service des Travaux publics, à la mesure du Territoire, est hors d’état de mener à bien le plan d’équipement et n’arrive pas à exécuter de nombreux travaux d’entretien ou de réfection dont l’urgence est pressante après cinq ans de guerre. Ce qu’il construit porte la marque de la médiocrité, de l’insuffisance, à tel point que l’expression « Travail farani » sert, dans le pays, à caractériser ce qui est mal conçu, mal construit, peu solide (29 décembre 1949) ».

Les divers éléments évoqués ci-dessus permettent de comprendre le malentendu qui s’installe entre la plus grande partie de la population et les représentants de la France, quelles que soient les qualités de ceux-ci ou quelle que soit leur volonté de servir le Territoire.

[J.M.Regnault]

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