Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Jacques (dit Jacky) Teuira -

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Les présidents de l’assemblée

Jacques (dit Jacky) Teuira

Né à Papeete, le 14 décembre 1933, petit-fils d’un tavana de Mahina.
Il arrêta ses études dès l’âge de 15 ans. Il fut employé des Messageries maritimes. Il entra au cabinet d’avocat de Rudy Bambridge. Ce dernier le lança dans la vie politique et lui inculqua un attachement profond à la France et au général de Gaulle.
Suppléant de R. Bambridge à l’AT, il devient membre de celle-ci à la démission du précédent en mars 1969. Il fut ensuite réélu sur les listes du Tahoera’a en 1972, 1977, 1982 et 1986.

Il se rangea aux côtés de G. Flosse lorsque celui-ci prit les rênes du Tahoera’a, non sans se démarquer parfois. Ainsi, le jour où G. Flosse rendit public son projet de statut d’autonomie interne (7 mars 1980), le haut-commissaire téléphona à des notabilités du Tahoera’a. Dans le compte-rendu de ses entretiens percent les critiques les plus vives. J. Teuira fut vexé de ne pas avoir été mis dans la confidence. Il révéla qu’avec Tutaha Salmon et Tuianu Le Gayic, il avait tenté de s’opposer au projet, mais que le conseil exécutif du parti avait « malheureusement » suivi le chef du parti.
Après le succès des amis de G. Flosse aux élections territoriales de 1982, J. Teuira fut appelé à prendre la présidence de la commission permanente dans un premier temps, puis de l’AT (5 avril 1983) pour succéder à Emile Vernaudon qui rompit son alliance avec le Tahoera’a. Il occupa cette fonction jusqu’en mars 1987.

Depuis 1972, il était également maire d’Arue, réélu en 1977 et 1983.

Il occupa aussi des fonctions importantes au sein de son parti et même du RPR (il est membre du Comité central du parti en novembre 1984), et il fut nommé par exemple président de la SETIL et d’autres syndicats relatifs à l’organisation communale.

C’est donc un personnage de tout premier ordre, sans doute appelé à ravir le siège de sénateur à D. Millaud si les circonstances n’avaient pas donné un coup d’arrêt à sa carrière politique, paradoxalement quand il prit la tête du gouvernement.
En effet, en février 1987, G. Flosse – alors secrétaire d’Etat dans le Gouvernement de J. Chirac - démissionna de la présidence du gouvernement, vraisemblablement sous la pression de Bernard Pons (son ministre de tutelle) et il ne conserva que son poste ministériel au Pacifique Sud. Il fut remplacé à la tête du Territoire par J. Teuira qui reçut l’investiture du Tahoera’a contre Alexandre Léontieff. En fait, il ne devait occuper ses fonctions que pendant le moment où G. Flosse serait retenu dans ses fonctions ministérielles nationales. J. Teuira fut investi président du gouvernement le 13 février 1987. Rapidement, J. Teuira suscita des oppositions au sein du Tahoera’a. G. Flosse donnait le sentiment de vouloir contrôler le gouvernement et il lui arriva de critiquer ouvertement les décisions de son successeur (1). De plus, A. Léontieff (considéré jusque-là comme le dauphin de G. Flosse) entra en dissidence et constitua autour de lui une nouvelle majorité (avec des membres des forces politiques d’opposition). Une motion de censure fut préparée et déposée le 1er décembre mais elle n’a pas été votée. Le président de l’assemblée s’arrangea pour ne pas la convoquer. Toutefois, le 7 décembre, J. Teuira estimant que son gouvernement ne méritait pas d’être censuré préféra démissionner.
Il redevint conseiller territorial et, comme beaucoup d’hommes politiques, il pouvait espérer « rebondir » après ce cuisant échec. D’autres déboires l’attendaient. Son fief communal lui échappait en effet en mars 1989 quand Boris Léontieff gagna les élections. Il aurait été trop présent dans sa commune et trop distant avec les administrés. Les querelles internes au Tahoera’a sont aussi une explication plausible.
Il est plutôt rare qu’un maire sortant perde les élections. Découragé, J. Teuira s’éloigna de G. Flosse auquel il reprochait aussi un autoritarisme excessif et quitta le parti au fei.

(1) Un grave différent a éclaté entre J. Teuira et G. Flosse un peu avant les émeutes du 23 octobre 1987. Le gouvernement avait décidé de calmer le conflit du port en proposant aux armateurs de couvrir 43 % de l’augmentation des rémunérations réclamées par les gens de mer. G. Flosse réprouve alors à l’AT « l’intervention directe du budget du Territoire dans des secteurs économiques en difficulté » (PV de l’AT, 2 octobre 1987). J. Teuira répondit : « je crois avoir fait mon devoir et n’avoir pas à rougir de mon action » (La Dépêche, 21 octobre 1987).

[J.M.Regnault]

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