Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Jean JUVENTIN -

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Jean JUVENTIN

Né le 9 mars 1928 à Papeete, Jean Juventin fréquenta les cours de l’École Centrale et commença une carrière d’enseignant ; instituteur puis directeur adjoint de l’école du Lagon bleu, puis directeur de l’école 2+2 à Punaauia. Il s’occupa également de mouvements de jeunesse.

Il adhéra au Pupu Here Ai’a dès sa fondation par John Teariki en 1965 et devint rapidement une personnalité en vue de ce parti.
Après la mort de J. Teariki, le congrès du parti réuni le 10 décembre 1983, porta à sa tête J. Juventin. Cependant, des rivalités internes, avec Milou Ebb notamment, affaiblirent le parti que ce dernier abandonna d’ailleurs l’année suivante (suivi par les démissions d’Hans Carlson et Jean Laurey). Le Here Ai’a apparut vite comme sclérosé dans le souvenir des fondateurs et incapable de proposer une alternative crédible à la montée en puissance du Tahoera’a et bientôt du Tavini. Les slogans (« Le parti du cœur » par exemple) sonnaient creux. La ligne politique devint erratique, soutenant tantôt la gauche métropolitaine (candidature de F. Mitterrand en 1988) ou la droite (candidatures de VGE en 1981 et d’E. Balladur en 1995), combattant G. Flosse ou se ralliant à lui en septembre 1991, avant d’en redevenir un adversaire acharné en 1994.
Le ralliement à G. Flosse fut expliqué par cet argument si banal en Polynésie : « plus que jamais, le Here ai’a a le devoir, par sa participation au gouvernement du Territoire, de veiller et de guider notre peuple » (février 1992).
Les documents qui émanaient alors du parti et signés J. Juventin étaient rédigés en fait par son conseiller, José Wild. L’excellence de ces documents était cependant telle qu’elle n’avait plus guère de rapport avec la réalité polynésienne.
Le parti perdit rapidement militants et électeurs (scissions et exclusions se multipliant).

J. Juventin entra au conseil municipal de Papeete en 1966, mais démissionna en juillet 1974 après une querelle de personnes avec le maire Tetua Pambrun.

Leader d’une liste électorale de coalition comprenant des membres du Here Ai’a, du E’a Api et des partis indépendants, J. Juventin fut élu maire de Papeete en mars 1977.

La population de la capitale le réélit ensuite régulièrement en 1983 et 1989. J. Juventin reçut le président Mitterrand venu inaugurer la nouvelle mairie en mai 1990. Le Président eut ces mots : « J. Juventin, c’est la Polynésie du cœur », reprenant par là un des slogans du parti. En 1993, réélu député, il dut tenir compte de la législation sur le cumul des mandats et céder son fauteuil de maire à Louise Carlson.
Sous ses mandats, Papeete fut la première ville de Polynésie à avoir un réseau d’eau potable.

Il fut aussi conseiller de gouvernement chargé de la Jeunesse et des Sports de 1967 à 1972, conseiller territorial depuis 1977 et président de l’Assemblée territoriale, élu le 8 décembre 1987, le président Roger Doom n’étant plus conseiller de l’assemblée avec le retour dans l’hémicycle des ministres démissionnaires.
Réélu ensuite au perchoir de l’assemblée territoriale en 1988, 1989, 1990 et 1991, il perdit cette fonction pour la céder à Émile Vernaudon le 28 mars 1991, pour la retrouver l’année suivante. En janvier 1992, le président en titre ayant bloqué l’assemblée, J. Juventin appuyé par la majorité prit le titre et réunit les conseillers au CESC. Le 2 avril 1992, il fut élu à nouveau et règlementairement président de l’assemblée et le resta jusqu’au 6 mars 1995.

Il fut en outre député de la Polynésie française de 1978 à 1986 (réélu en 1981) contre des candidats du Tahoera’a, puis de 1993 à 1997 grâce à l’alliance avec le Tahoera’a et face à Oscar Temaru. Lors de son premier mandat, il fut apparenté UDF. En 1981, il fut non-inscrit, mais proche parfois des socialistes. En 1993, il fut élu sous l’étiquette RPR et adhéra à ce groupe à l’Assemblée nationale, mais s’en détacha en mars 1995 pour adhérer au groupe République et liberté (quand il se sépara aussi de G. Flosse).

Il connut des ennuis avec la justice dès 1992 dans l’affaire du golf d’Opunohu (avec Alexandre Léontieff). Condamné pour « trafic d’influence » à trois ans de prison dont dix-huit mois fermes, 18 millions d’amende et cinq ans de privation de ses droits civiques (5 mai 1998). Cela mit un terme à sa carrière politique même s’il tenta de reconquérir la mairie de Papeete en 2001. Il garde cet épisode judiciaire un profond sentiment d’injustice, estimant avoir été victime de la confiance qu’il avait placée en certains de ses collaborateurs.

[J.M.Regnault]

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