Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L’alternance de 1982 -

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L’alternance de 1982


Le conseiller Jacquie Graffe,
maire de Paea

La vie politique locale a été marquée dès 1953 par l’instabilité. De surprenantes alliances et ruptures ont été une règle qui ne connaît guère d’exceptions pendant chacune des mandatures, sauf, dans une certaine mesure celle de 1967-1972.
On pouvait distinguer deux grandes tendances politiques : les autonomistes et les anti-autonomistes, avec toutes les nuances que ces notions fort vagues au demeurant pouvaient recouvrir.
Cependant, compte tenu des institutions, un changement de majorité se limitait à obtenir pour le camp victorieux (souvent d’ailleurs au prix d’alliances fragiles) la présidence de l’assemblée et trois postes au sein du conseil de gouvernement. Quels qu’aient été les « programmes », les compétences limitées laissées au Territoire ne permettaient guère de parler d’alternance.
En 1982, curieusement, il ne s’agit plus d’opposer des autonomistes et des non-autonomistes puisque G. Flosse et son parti s’étaient ralliés à l’idée autonomiste. Le débat, cette année-là, portait certes, sur le degré d’autonomie, sur la finalité de celle-ci, mais il s’agissait surtout de choisir entre des styles et des volontés politiques.
La victoire de G. Flosse – fragile, parce qu’elle supposait de trouver des partenaires hors du Tahoera’a – est surtout un changement d’époque et de génération. Dans l’esprit des électeurs, il fallait mettre fin à un certain amateurisme des équipes précédentes et le remplacer par des équipes plus compétentes.

G. Flosse et son parti s’étaient préparés à cette alternance, non seulement en se ralliant à l’autonomie interne, mais aussi par une opposition déterminée au gouvernement de F. Sanford. Le jour de l’investiture de ce dernier, le 22 juillet 1977, G. Flosse avait déclaré : « Le Front Uni devra assumer seul la responsabilité des échecs éventuels ». Lors de sa propre investiture, le 2 juin 1982, il montre que l’opposition a revêtu deux visages. D’une part, celle-ci a pris la forme « d’une force de proposition »… mais, dit-il, « nous n’avons jamais été écoutés ». D’autre part, il lance à la nouvelle opposition : « durant cinq ans, nous avons contrôlé avec rigueur et sans complaisance l’action du pouvoir et nous avons ainsi pu mettre en lumière un certain nombre d’affaires qui, sans notre action, seraient passées inaperçues au plus grand détriment de notre pays ». L’allusion aux différents scandales est claire. John Teariki lui avait d’avance répondu la veille, lors de son discours inaugural en tant que doyen d’âge que la nouvelle opposition ne prendrait pas modèle sur l’ancienne qui, pendant cinq ans se serait contenté d’une « opposition stérile » et de « se faire valoir dans les médias ».

Pour convaincre les électeurs de la nécessité d’une « autre politique », le Tahoera’a avait édité une brochure de 122 pages : Mieux gérer la Polynésie avec le Tahoera’a Huiraatira. Il s’agissait de la synthèse des travaux des commissions de réflexion du parti et des résolutions adoptées au congrès des 12 et 13 mars 1982. Rejetant la lutte des classes, le parti propose une paix sociale durable par une politique de concertation. Le but serait de sauvegarder les intérêts majeurs de la population contre les groupes d’intérêts particuliers. Le parti propose le renouveau dans trois directions :
- Un nouveau destin institutionnel (l’autonomie interne)
- Un nouveau destin économique grâce à davantage de compétences en la matière : « pour que le Territoire puisse prendre en main pleinement son développement économique, il lui faut disposer des moyens administratifs et règlementaires appropriés ».
- Un nouveau destin social et culturel. Il faudra « harmoniser la politique sociale » par un relèvement significatif du SMIG, par la généralisation d’une protection sociale minimum, en palliant certains effets de la pauvreté (minimum de ressources, habitat social, politique de la famille). Contre les partis qui veulent « un retour aux sources », le Tahoera’a prône « la promotion de la double culture française et polynésienne ».
Ces axes principaux s’accompagnent de plusieurs préoccupations comme celles qui consistent à « désenclaver les archipels », à « lutter contre la hausse des prix », à « rénover le système éducatif » et à « encourager le sport ». Sur le nucléaire, le programme comporte des aspects susceptibles de rallier des opposants aux essais. Le parti condamne l’utilisation de l’arme nucléaire au nom du christianisme… si elle sert à des fins d’agression. La recherche scientifique qui accompagne le nucléaire serait par contre positive. Le parti s’appuie sur la doctrine d’indépendance nationale voulue par de Gaulle et soutenue encore par F. Mitterrand. Ainsi, le Tahoera’a apporte un jugement moral contre la bombe (et il déclare comprendre les problèmes de conscience des membres des Églises), mais « ne porte aucune condamnation politique ou doctrinale à propos du CEP ». Cependant, il observera « une vigilance active quant aux conditions dans lesquelles se déroulent ses activités ».

Dans son discours d’investiture, G. Flosse reprend largement le programme du parti. Il précise encore la philosophie de son projet. L’autonomie interne doit permettre au Territoire de maîtriser davantage son développement économique. En la matière, G. Flosse proclame son attachement à « un système où la puissance publique et l’initiative privée cohabitent de façon harmonieuse et complémentaire ». Toutefois, les interventions du Territoire doivent être les moins nombreuses possibles de façon à « limiter les impositions fiscales ». Nuance importante : « tout en gardant un droit de regard sur le fonctionnement du secteur privé ».
Pour faire oublier les scandales récents, G. Flosse veut « moraliser la vie publique ».
Il ne cache pas que la tâche sera difficile compte tenu de l’héritage laissé par le Front Uni : des caisses vides, une situation sociale désastreuse et une situation de l’emploi qui se détériore de plus en plus.

Le nouveau vice-président est à la fois confiant et prudent : « il nous faut être plus exigeants avec nous-mêmes, car les Polynésiens ne nous pardonneraient pas nos erreurs, comme ils n’ont pas pardonné celles de nos prédécesseurs ».

L’alternance n’a été possible qu’avec une alliance. Le Tahoera’a n’a que 13 élus sur 30 conseillers. Le Ai’a Api en a 3. Le 2 juin 1982, G. Flosse est élu vice-président du conseil de gouvernement par 19 voix. Il a en effet quelques « réserves » parmi ceux qui se qualifient d’indépendants comme Guy Rauzy, Mate Hart ou Jacquie Graffe (photo ci-dessus). Lorsqu’Émile Vernaudon se brouille avec G. Flosse, il n’est pas suivi par les deux autres élus de son parti. Un nouveau groupe d’indépendants se constitue à l’assemblée derrière Napoléon Spitz. Jusqu’en 1986, date des nouvelles élections (le mandat de l’assemblée a été raccourci) G. Flosse ne sera pas à l’abri de revirements politiques et souhaitera la dissolution.

[J.M.Regnault]

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