Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le CEP est-il éternel ? -

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Le CEP est-il éternel ?

Tout en réclamant toujours plus du CEP et se rendant donc fort dépendant de ses activités, les responsables politiques s’inquiètent de l’après-nucléaire et/ou des conséquences à long terme des bouleversements qu’il a occasionné.
Les élus du Front Uni affichent toujours une opposition de principe à sa présence, mais les grandes manifestations anti-nucléaires semblent oubliées.
Quand le président Giscard d’Estaing vient à Tahiti (juillet 1979), on est très loin de retrouver le discours de J. Teariki devant le Général en septembre 1966. Seul, J. Juventin a évoqué l’inadaptation à la vie moderne de jeunes « des familles déracinées par les chantiers du CEP ».
Après un accident à Moruroa (juillet 1979), l’assemblée s’émeut, certes, et vote le 17 août, à l’unanimité, la demande d’une suspension des essais jusqu’à ce qu’une commission d’enquête fasse le point sur les risques encourus par les travailleurs du nucléaire. Le Gouvernement envoie des experts à Moruroa fin septembre. Ils sont rejoints par les membres de la commission d’enquête désignée par l’assemblée territoriale. De retour, les experts – dont le professeur Pellerin - rencontrent les conseillers territoriaux le 26 septembre. L’impression de ces derniers semble être que la vérité est encore cachée par les responsables du CEP.
J. Teariki répète sa conviction que les essais sont dangereux et que « le CEP/CEA ne paiera jamais assez cher le bouleversement qu’il a provoqué en Polynésie ». Par sa participation au budget territorial, il ne fait que permettre de réparer le mal causé et peut-être préparer l’avenir. Mais quoi qu’il en soit, le CEP/CEA a causé des « dommages irréversibles » à la société polynésienne.
G. Flosse réclame la création d’un « Comité territorial permanent de contrôle », mais lorsque la commission d’enquête expose ses conclusions (PV de l’AT du 13 mars 1980), le Tahoera’a ne vote pas pour son adoption car il estime que l’incertitude absolue de la nocivité des essais ne permet pas de se prononcer et parce que la majorité ne veut pas prendre une position nette sur le danger éventuel. La commission demandait également l’installation d’une antenne du Service Central de Protection contre les rayons ionisants et l’élaboration d’un plan POLMAR. Il ne semble pas que ces propositions aient reçu un commencement d’exécution. G. Flosse aura l’occasion de s’en plaindre lors de la séance du 21 décembre 1981.
Dans la discussion sur le rapport de la commission d’enquête, G. Flosse expose la philosophie de son parti sur l’arme atomique, une esquisse du programme de 1982 (voir le sujet consacré à l’alternance de 1982).

Un combat anti-nucléaire farouche devient le fait des partis indépendantistes quand les protestations des autres semblent devenir de pure opportunité. Pour le Tavini, par exemple, le CEP n’est que le prolongement du fait colonial. Le Ia Mana Te Nunaa s’engage lui aussi dans le même combat.

Dans sa proposition de loi de 1980 sur l’autonomie interne, G. Flosse considère qu’une véritable décentralisation économique permettra au Territoire « de rechercher d’autres moteurs à son développement que les transferts de l’État qui le maintiennent dans une prospérité artificielle éminemment précaire ». Le paradoxe serait donc de réclamer plus pour pouvoir le plus vite possible pour n’avoir plus rien à demander. Cela suppose de réussir rapidement la reconversion.


Le conseiller Tinomana (Milou) Ebb, futur président de l'Assemblée

La venue de la gauche au pouvoir fait peser un doute sur la poursuite des essais. Le Tahoera’a publie un communiqué (2 octobre 1981) : « Nous avons toujours pensé que le CEP ne serait pas éternel et qu’il convient de se préparer à une nouvelle orientation de notre économie par une mise en valeur volontariste de nos potentialités économiques ». G. Flosse, à l’Assemblée nationale (novembre 1981) déclare : « C’est dès à présent que l’après-CEP doit être préparé ». Il met habilement à profit, un mois plus tard, une dépêche AFP du 9 décembre 1981 faisant état d’une déclaration de C. Hernu sur le fait que « des déchets d’une explosion antérieure à 1975 ont été dispersés dans la nuit du 11 au 12 mars 1981 par une tempête, créant une situation radiologique nouvelle ». G. Flosse dépose une question écrite à l’assemblée territoriale (PV du 21 décembre 1981). Reprenant les termes de la question du 17 août 1979, il réclame la venue de savants australiens et néo-zélandais. Il conclut ainsi : « si une réelle nocivité pour la santé des populations locales est démontrée, ce dont on peut douter jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas question que la Polynésie accepte, en son sein, de telles expériences… » La phrase est habile et au cours de la discussion qui a suivi, l’assemblée – sur proposition de Milou Ebb (photo ci-dessus) – demande même qu’en attendant les conclusions des experts internationaux, les essais devraient être suspendus. Seuls les élus E’a Api s’opposent fermement à l’adoption d’un texte à adresser au Gouvernement. Là encore, à court terme, rien n’a été décidé.

Plus radicalement, le Ia Mana Te Nunaa propose de remplacer le CEP par une politique de grands travaux qui pourraient, par exemple, assurer l’autonomie énergétique du pays.

Quand la pression régionale et internationale reprend de la vigueur en 1983 et 1984, que quelques centaines de manifestants défilent à Papeete contre les essais et devant les résolutions de l’Église protestante, G. Flosse adopte une position prudente : il propose de consulter la population sur l’avenir du CEP. Elle n’aura pas lieu.

Ainsi, chacun sait que le CEP ne sera pas éternel, mais la manne qu’il déverse sur le Territoire semble dissuader les responsables politiques de prévoir réellement sa disparition.

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