Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les élections municipales de 1983 -

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Les élections municipales de 1983


Philippe Brotherson,
maire d'Uturoa (1972 - 2008)

Ces troisièmes élections municipales générales ont eu lieu les 6 et 13 mars. Le cyclone Reva menaçait dès le premier tour. Il frappe entre les deux tours et certaines communes comme Paea sont dévastées quand se tient le second tour.

Comme cela sera le cas dans les élections futures, les résultats surprennent peu. Les tavana en poste sont généralement réélus, avec quelques notables exceptions.
Ainsi, G. Flosse est réélu à Pirae avec 77, 4 % des voix. Il en avait obtenu 84 % en 1971 et 79, 3 en 1977. Cette légère baisse s’explique soit par l’arrivée dans la commune de nouveaux électeurs, soit par le fait que, nouvel homme fort du gouvernement, il suscite quelque mécontentent. Le bastion reste solide pour longtemps. Son score élevé est dépassé par celui obtenu par Tutaha Salmon à Taiarapu-Est (86 %).
Les autres personnalités de l’île de Tahiti retrouvent généralement leur titre. Jean Juventin est facilement réélu à Papeete avec 67, 5 % des voix. Jacky Teuira l’est aussi à Arue (57, 3%), tout comme Émile Vernaudon à Mahina (64 %). Jacques Vii (52,3 %) a un peu plus de difficultés à battre Alexandre Léontieff qui cherche à contester l’élection.

À Papara, le maire sortant, Mitou Lehartel est battu de justesse (16 voix d’écart), par Tuianu Le Gayic, conseillère Tahoera’a de l’assemblée. Elle est la première femme a être élue à la tête d’une municipalité.

La grande nouveauté de ces élections, c’est l’élection d’Oscar Temaru à Faaa.
La municipalité de Faaa a d’abord été gérée à partir de 1965 par Francis Sanford qui abandonne la mairie à Alfred Helme. Or, celui-ci provoque un vif mécontentement chez les électeurs. F. Sanford lui retire d’ailleurs son soutien.
Aux élections municipales de 1983, six listes s’affrontent. Georges Kelly, du Tahoera'a Huiraatira, semble bien placé pour l’emporter, mais il n’a pas derrière lui l’ensemble des sympathisants du parti. Le candidat de Ia Mana, Ahiti Roomataroa, présentateur en langue tahitienne à la télévision, plutôt considéré comme extrémiste du parti, pourrait causer la surprise. En réalité, la surprise vient du faible score du maire sortant et des résultats obtenus par la liste d’O. Temaru qui a eu l’habileté de mener une campagne uniquement axée sur les problèmes municipaux, en dissociant cette élection des problèmes liés à l’avenir du Territoire.
Au soir du 6 mars 1983, les résultats sont les suivants :
- Oscar Temaru : 1 454 voix
- Georges Kelly : 1 405 voix
- Ahiti Roomataroa : 987 voix
- Alfred Helme : 997 voix
- Yves Thunot : 580 voix
- James Salmon : 256 voix
(Note : voix obtenues par le candidat en tête de liste ; le panachage étant autorisé).

Entre les deux tours, Y. Thunot constitue une liste unique avec A. Helme.
O. Temaru reçoit des soutiens. J. Salmon, éliminé, fait voter pour lui. Émile Vernaudon, malgré le bureau directeur du E’a Api qui aurait soutenu l’alliance Thunot/Helme, recommande aux électeurs de voter pour O. Temaru.
Gabilou, le chanteur bien connu, habitant de Faaa, lance un appel en faveur du futur maire.
D’autres soutiens ont probablement été apportés, celui de F. Sanford certainement, celui des prêtres catholiques vraisemblablement (O. Temaru est catholique et G. Kelly protestant).
La tête de liste de Ia Mana reçoit l’ordre de son parti de se maintenir, alors qu’il aurait penché pour un retrait. Il mène une campagne sans conviction, comme le prouvent ses résultats en baisse du deuxième tour.
Le 13 mars, Oscar Temaru l’emporte dans une élection quadrangulaire, un cas assez rare :
Oscar Temaru : 1986 voix (35, 90%)
Georges Kelly : 1564 voix
Alfred Helme : 1197 voix
Ahiti Roomataroa : 987 voix

À Moorea, la défaite de J. Teariki est une demie-surprise.
Déjà aux élections municipales de 1977, il l’avait emporté de justesse, son neveu Jean-Pierre Bouvier l’ayant mis en difficulté. En 1983, son ex-allié, Marcel Suhas est son adversaire le plus dangereux.
Au premier tour, les résultats sont les suivants dans la commune associée de Teavaro :
- John Teariki du Here Ai’a 88 voix
- Marcel Suhas sur une « liste communale » 159 voix
- candidat de Ia Mana 60 voix
- Candidat d’Union et action communale 60 voix
Au deuxième tour, Marcel Suhas l’emporte par 204 voix contre 168 voix à J. Teariki.

L’analyse de l’échec est assez simple. Philippe Mazellier dit que les électeurs reprochent à Teariki de « délaisser Moorea au profit de la politique ou de ses terres à Taravao ». Le nouveau maire de Moorea, Franklin Brotherson déclare quant à lui à La Dépêche : « J. Teariki n’a pas fait que des choses négatives, mais ce n’est pas un battant ; il appartient à la vieille école ; c’est peut-être son handicap ».

Dans la « capitale » des Îles Sous-le-Vent, à Uturoa, Philippe Brotherson (photo ci-dessus) sauve son siège au second tour.

Le cas du Ia Mana montre à quel point un parti ne peut véritablement émerger que s’il possède ou conquiert une mairie (le cas du Tavini est là pour le démontrer). Après avoir connu des succès relatifs, le parti veut montrer qu’il est différent des autres et refuse toute alliance. Il n’a aucun élu… sauf des militants qui n’ont pas respecté les consignes du parti et en ont été exclus. Le Ia Mana a sans doute laissé passer sa chance…

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