Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Contexte international et national -

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Contexte international et national

Un monde divisé

Sur le plan international, la mort de Staline, le 5 mars 1953, et l’ascension de Nikita Khrouchtchev permettent un « dégel » des relations internationales. Cependant les deux camps qui s’affrontent (États-Unis et URSS) cherchent à attirer à eux les nations qui deviennent indépendantes. L’URSS exploite tous les conflits qui naissent de la décolonisation. Si les ÉFO ne revêtent pas une importance capitale dans cet enjeu, les tensions internationales ne peuvent manquer de s’y répercuter. La présence française dans cette région du monde est l’un des éléments de l’affrontement des deux Grands. Les États-Unis tentent de contenir l’avance du communisme par un réseau d’alliances, avec la Corée du Sud en 1953 et en créant l’OTASE, version océanienne et asiatique de l’OTAN, en 1954. En 1955, les deux blocs se renforcent. L’URSS riposte à l’OTAN par le Pacte de Varsovie. Si en 1956, Khrouchtchev engage la « déstalinisation » en même temps que le « dégel », le monde connaît de graves crises : celle de Suez (voir ci-dessous) et l’affaire de Hongrie par exemple.

La décolonisation (encouragée par l’ONU) et la montée des nationalismes sont d’autres faits marquants de la période. De grands leaders servent de modèles : Gandhi, Nehru, Nasser, Bourguiba. Dans les TOM et les DOM également des leaders se lèvent : Houphouët-Boigny, Sékou Touré, Djibo Bakary, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Leur combat retentit jusque dans les TOM du Pacifique. La conférence de Bandoung (Bandoeng) en Indonésie (1955) montre quel rôle veulent jouer les pays africains et asiatiques entre les deux Grands.

La France fragile de la Quatrième République


La France se trouve confrontée à de grands périls. La Quatrième République souffre d’institutions qui ne permettent pas la stabilité. Les Gouvernements se succèdent et les grandes décisions sont souvent reportées ou amoindries dans leur efficacité. Les Gouvernements sont critiqués par deux forces politiques pourtant antagonistes : les communistes et les gaullistes.
Le problème de la décolonisation se pose avec acuité. Ce qui a été proposé après-guerre avec l’Union française montre que les dirigeants français ne mesurent pas les évolutions du monde et/ou n’ont pas les moyens de régler les problèmes.

La guerre d’Indochine trouve une issue grâce aux efforts de Pierre Mendès France, mais le problème algérien se révèle d’une gravité exceptionnelle dès le 1er novembre 1954.
Début 1956, le Gouvernement de Guy Mollet mis en place pour trouver une solution au conflit algérien aboutit finalement à l’enlisement de celui-ci. Néanmoins, pour éviter que d’autres problèmes ne surgissent Outre-Mer, le ministre Gaston Defferre fait adopter une « loi-cadre » qui donne aux TOM une autonomie que les populations attendaient. Le suffrage universel est institué partout. Une assemblée élue désigne un conseil de gouvernement. Les compétences dévolues aux assemblées et aux gouvernements allègent la tutelle de l’Administration, même si elle garde des pouvoirs non négligeables.


Au premier plan, de gauche à droite : Pierre Mendes France, René Coty, Guy Mollet, François Mitterrand

Gaston Defferre explique le sens de sa réforme dans L'Express du 22 mars 1957 :
« Les élus des TOM vont être appelés à gérer leurs propres affaires tout en bénéficiant de l'expérience de nos fonctionnaires et de l'aide matérielle et morale de la France. Plus tard, quand les choses auront évolué, les conseils de gouvernement ayant acquis au contact des responsabilités l'expérience nécessaire à la bonne gestion des affaires publiques, quand la situation économique et sociale des TOM se sera améliorée, une nouvelle étape vers l'indépendance pourra être franchie ».

Il s’agit donc d’une avancée, mais les étapes ultérieures de l’évolution semblent longues et aléatoires. On comprend que certains leaders d’Outre-Mer aient pu se sentir frustrés. Le 30 septembre 1957, Modibo Keita, du Soudan (futur Mali), juge ainsi la loi-cadre Defferre : « les événements vont plus vite que la reconversion spirituelle de certains hommes politiques français ».

Dans les ÉFO aussi l’application de la loi-cadre a posé problème. Les partisans de Pouvanaa trouvent que la loi ne va pas assez loin et que la tutelle de l’Administration reste trop pesante. Les adversaires du Metua jugent au contraire que le Territoire (et surtout les dirigeants du RDPT) n’est pas prêt à profiter des compétences accordées, lesquelles préparaient par ailleurs le pays à l’indépendance.

La France s’enfonce un peu plus dans la crise avec l’affaire de Suez. Quand l’URSS la menace d’utiliser l’arme atomique si elle ne renonce pas à son expédition contre l’Egypte, il est clair aux yeux du monde que le France n’est plus une grande puissance. Dès lors, si elle veut retrouver son rang, la possession de l’arme nucléaire paraît une solution nécessaire. Les Gouvernements français décident – encore discrètement – de s’engager dans cette voie. Le général Ailleret, chargé de proposer un terrain d’expérimentation évoque dès janvier 1957 l’utilisation des Tuamotu quand les conditions le permettraient, surtout lorsqu’il faudra expérimenter la bombe thermonucléaire.

[J.M.Regnault]

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