Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Reconnaître le fait accompli… et exiger des compensations -

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Reconnaître le fait accompli… et exiger des compensations

Après la rencontre avec de Gaulle du 3 janvier 1963, y a-t-il encore moyen d’éviter l’installation du CEP ? Les conseillers semblent pris au piège.
J-B. Céran-Jérusalémy dépose une question préalable le 31 janvier 1963 pour que l’assemblée prenne position. J. Tauraa réunit les présidents des groupes de l’assemblée pour rédiger un vœu (voir doc) à adresser au président de la République. Celui-ci est adopté à l’unanimité le 4 février (en l’absence il est vrai de J. Teariki). Ce vœu est déjà une acceptation du fait accompli :
« Persuadés que le gouvernement a examiné, avant de prendre sa décision, toutes les possibilités qui lui étaient offertes d’installer cette base ailleurs qu’en Polynésie française, [l’assemblée] demande instamment que des études très poussées soient menées par des techniciens et que toutes précautions soient prises pour éviter tant des transferts que des risques physiologiques aux populations ».

Puisque toute opposition semble impossible, mais que la Polynésie rend un grand service à la « Nation française », l’assemblée « attend de la Métropole qu’un effort d’investissements publics d’une particulière ampleur soit consenti dès aujourd’hui en faveur de ce Territoire en voie de développement, aux ressources limitées, au standing de vie encore insuffisant dont l’économie, voire le climat social, risquent d’être profondément perturbés par l’afflux massif d’un nombre important de techniciens à hauts salaires… ».
Autrement dit, les élus ont parfaitement compris les dangers de tous ordres, mais ils chercheront à profiter de la situation.
Le président Tauraa a-t-il eu honte de ce vœu ou peur de ses répercussions sur le plan électoral ? Il n’a publié aucun communiqué concernant celui-ci. Il a fallu que G. Coppenrath intervienne le 18 février suivant pour qu’il consente à lui donner « une certaine publicité ».


Premiers travailleurs du CEP

Malgré les efforts du gouverneur et de l’État , l’inquiétude a persisté. Les travaux d’installation ont débuté en mai 1963. Le 2 octobre 1963, le président Tauraa pose à nouveau les problèmes :
« Pour profitable qu’il puisse être au développement de ce Territoire, [le CEP] ne cesse de nous préoccuper. Malgré tous les avantages qu’il peut apporter dans certaines grandes réalisations indispensables, des craintes persistent quant à la sauvegarde de la santé future de nos populations.
Par ailleurs l’arrivée massive de militaires et de techniciens risque de perturber le climat économique, social, voire politique si des précautions ne sont pas prises pour éviter un impact trop brutal entre le CEP et le Territoire
».

G. Coppenrath exprime ses regrets sur la façon dont les négociations ont été conduites. Il aurait fallu, selon lui, penser à la paysannerie tahitienne : « nul doute qu’avec une douce obstination, [les négociateurs] auraient pu obtenir une subvention annuelle et non un prêt de 50 à 60 millions au bénéfice des producteurs de coprah » (31 octobre 1963).
Le 6 janvier 1964, l’assemblée est encore en ébullition par le fait que serait prévue l’arrivée de cinq cents travailleurs réunionnais sur le chantier du CEP. C’est une nouvelle occasion pour que certains expriment leur refus des essais nucléaires (J-B. Céran-Jérusalémy et G. Leboucher par exemple).
Les conseillers finissent néanmoins par admettre le fait accompli (voir doc). Le 27 janvier suivant, G. Coppenrath traduit bien une opinion qui semble désormais quasi générale :
« Le CEP est présent… Nous ne pouvons rien. Maintenant, il faut monnayer ces inconvénients importants… par une compensation à notre équipement ».

C’est en effet le refrain qu’on va entendre souvent : « à partir du moment où nous rendons un service à la Nation, nous avons le droit de dire à la Nation, donnez-nous un coup de main » (F. Vanizette). Nedo Salmon exprime le même sentiment. J-B. Céran-Jérusalémy semble désabusé mais pas désintéressé : « nous n’avons plus qu’à nous taire et essayer d’admettre que le CEP peut être tout de même une bonne vache à lait dont il faut savoir alors profiter ». Seul, A. Poroi exprime un réel sentiment de satisfaction quant à la présence du CEP.

L’idée vient alors presque naturellement de penser à tirer de gros profits de l’utilisation des atolls de Moruroa et de Fangataufa.

(1) Plusieurs conseillers ont été invités à visiter les champs d’essais du Sahara pour les persuader de l’innocuité des expériences. Ils reviennent plutôt séduits, sauf JB Céran-Jérusalémy.

[J.M.Regnault]

Chronologie générale et sommaire sur le nucléaire 0 < Des rumeurs et des craintes face aux premiers mensonges d’État 1 < Une annonce toujours retardée 2 < Quand le président de la République finit par annoncer 3 < Compte-rendu de la mission qui a rencontré les autorités françaises fin décembre 1962-début janvier 1963 4 < Reconnaître le fait accompli… et exiger des compensations 5 < Quel loyer pour Moruroa et Fangataufa ? 6 < La décision du 6 février 1964 : une « fausse cession » 7 < L’opposition au CEP de fin 1964 à 1977 8 < Bibliographie : Politique nucléaire et relations internationales 9 < Bibliographie : Les essais dans le Pacifique 10

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