Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - 1767 – Prise de possession de Tahiti par S. Wallis. -

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1767 – Prise de possession de Tahiti par S. Wallis.

La brutale matérialité d’un évènement historique peut parfois sembler médiocre par rapport à l’impression dont en seront imprégnées les mémoires par la suite. La découverte de Tahiti par Samuel Wallis sur le Dolphin en est un exemple.

C’est au travers d’une épaisse atmosphère de brume, le 17 juin 1767, qu’apparaît devant la frégate la péninsule de Taiarapu. Alors que Wallis et son équipage sont convaincus de se trouver en face d’un promontoire de la Terra australis, des dizaines de pirogues s’approchent du bâtiment. A l’invitation des Anglais, quelques pagayeurs grimpent à bord. Comme on ne peut se comprendre, c’est en imitant le grognement du cochon et le gloussement de la volaille que les matelots s’efforcent de traduire à leurs visiteurs leurs pressants besoins pour ces denrées qu’ils se proposent d’échanger contre des étoffes, des outils et des perles. Si certains regagnent leurs pirogues dans le but apparent de répondre favorablement à cette requête, d’autres restent sur la frégate et semblent pris d’une soudaine fringale pour les épontilles et les pitons qu’ils tentent vainement d’arracher sur le pont. Pour bien prouver leurs bonnes dispositions à leur égard, les officiers du Dolphin leur offrent des clous, en quantité insuffisante sans doute car les visiteurs en veulent plus encore jusqu'à faire montre d’agressivité. Exaspéré par ce comportement quelque peu inamical, Wallis fait tirer du canon au-dessus de leur tête. Effrayés, tous sautent par-dessus bord pour rejoindre leurs embarcations. La frégate s’éloigne du rivage.

Une prise de possession armée.

Les jours suivants, des incidents de ce genre, néanmoins plus sérieux, surviennent tandis que le bâtiment se dirige vers la pointe nord-ouest de l’île à la recherche d’un mouillage où se ravitailler pour redonner santé à ses scorbutiques. Le matin du 24 juin, alors que le Dolphin, ancré depuis la veille dans la baie de Matavai, est occupé à faire du troc avec cinq cent pirogues qui l’entourent, leurs quelque quatre mille occupants, à un signal donné par un notable, se mettent à lancer sur la frégate les pierres qu’ils tenaient camouflées dans leurs embarcations. Pour endiguer cette agression organisée, lors de laquelle certains de ses matelots sont blessés, Wallis fait tirer ses canons, chargés de grenaille, en direction des pirogues. L’effet s’avère dévastateur.

Le lendemain, Wallis envoi à terre un groupe armé pour prendre possession officielle du pays qu’il nomme île du roi George III. Alité comme sont lieutenant, le capitaine fait effectuer cette cérémonie par le second lieutenant, Tobias Furneaux.

Le 26 juin, des pirogues convergent à nouveau vers la frégate tandis que d’autres menacent un groupe de matelots occupés à faire de l’eau à Matavai. Décidé à en finir et à leur montrer une fois pour toutes sa supériorité, Wallis fais tirer sur les pirogues avant de diriger ses canons sur une colline où s’est assemblée une partie de la population pour assister au spectacle naval. De nombreuses victimes sont à déplorer en mer et sur la colline. Parmi les blessés se compte le jeune Omai que James Cook emmènera quelques années plus tard en Grande-Bretagne. L’après-midi du même jour, Wallis fait débarquer ses charpentiers avec ordre de détruire toutes les pirogues qu’ils pourront trouver. Ainsi, les attaques navales ne seront plus possibles.

L’intercession de Purea

En début de soirée, des émissaires viennent déposer des pousses de bananiers, des étoffes et des aliments à l’aiguade des anglais. Gage de paix ou de soumission ? Samuel Wallis les considère comme tels tant et si bien qu’il envoie à terre ses scorbutiques se refaire une santé et entreprend, en toute sécurité, le commerce de troc pour ravitailler la frégate. Les clous serviront de moyen d’échange, y compris pour les faveurs sexuelles. Si la valeur de l’instrument de paiement baisse excessivement au fur et à mesure que se raréfie les denrées alimentaires présentées à l’équipage, les choses vont se transformer aussi radicalement que soudainement avec l’arrivée à Matavai, le 11 juillet, de Purea (Oberea) de Papara. Prenant en charge les Anglais durant la quinzaine de jours qui les sépare de l’appareillage, cette femme à belle prestance déploiera tous les effort pour agrémenter la fin de leur séjour dans l’île.

Et-ce en raison de sa prestance que Wallis la qualifie de reine ? Elle ne l’est assurément pas, même si, de fait de son union avec Amo - aux parents duquel elle rend alors précisément visite à Matavai - elle occupe des fonctions publiques importantes dans une partie de l’île. Sans doute Wallis a-t-il calqué certains traits du pouvoir britannique sur ceux de Tahiti.

En plus de ce qualificatif, la mémoire populaire retiendra de Purea ses attitudes altières à l’égard de Wallis dont elle fait masser le corps fébrile par de jeunes suivantes, et qu’elle porte avec aisance dans les bras comme un enfant pour lui éviter de se tremper les pieds lors de la traversée de ruisseaux. C’est elle également qui fais battre l’arrière-pays à la recherche de denrées alimentaires pour approvisionner le Dolphin avant son départ.

Le 27 juillet, Purea monte sur la frégate pour saluer une ultime fois ses amis en partance de Port-Royale, nom donné par le capitaine à son lieu d’ancrage. Ses pleurs abondants impressionnèrent quelque peu Wallis qui ne put toutefois s’empêcher de penser que « c’est plus par crainte que par affection qu’ils nous on montré tant de respect »…

[P. de Deckker, chapitre 2, volume 6, Encyclopédie de la Polynésie]

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