Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les discours du président Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy : 14 mars et 12 octobre 1953 -

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Les discours du président Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy 14 mars et 12 octobre 1953

L’assemblée, avec une forte majorité RDPT, élit son président : J-B Céran-Jérusalémy.

Ce dernier prononce deux discours importants lors de la séance inaugurale de la première session de l’assemblée en mars et lors de la session extraordinaire en octobre.

Le 14 mars, après les incidents liés au refus d’entendre le discours du doyen d’âge et le mécontentement du gouverneur, le nouveau président fait un discours de politique générale et trace les grandes lignes d’une application du programme du RDPT. Il y ajoute quelques formules choc dont il espère qu’elle va réduire définitivement les oppositions rencontrées par la majorité.

Son allocution commence par des salutations nettement orientées politiquement : envers les électeurs du RDPT, envers « les amis de lutte ». Pouvanaa est appelé « notre chef », Jean Florisson est désigné comme « notre futur sénateur ».

Pour déjouer les critiques de séparatisme, J-B. Céran-Jérusalémy fait assaut de preuves « de loyalisme à l’égard de la patrie française » en proposant l’envoi d’une lettre au président de la République en demandant la transformation du Territoire en Département d’Outre-Mer.

En échange, il veut que les Tahitiens soient réellement intégrés dans l’Union française. « Avec qui voulez-vous faire l’Union française ? interroge-t-il,  avec des Gaulois seulement ? ».

Il dresse un diagnostic sévère de l’état du Territoire et évoque « les maladies dont souffre notre Pays ». Celui-ci serait la proie de « spoliateurs » et les « bénéfices arrachés au sol tahitien » seraient expatriés. Le Territoire recevrait la visite de « singuliers enquêteurs qui se réfugient dans l’incognito, pour ensuite vilipender les Tahitiens à Paris ». Des fortunes viendraient se mettre à l’abri des impôts métropolitains.

Le président propose quelques réformes et des actions fondamentales.

Le système fiscal « périmé et injuste » doit être remplacé par des impôts directs. Pour lutter contre la vie chère et les « intermédiaires », il faut créer des coopératives de production et de consommation. Il faut protéger les Tahitiens en prenant des mesures pour qu’ils puissent garder leurs terres. L’assemblée devrait veiller à équiper le pays par des « chantiers modestes » qui pourraient être réalisés par des entrepreneurs locaux en bannissant le « luxe inutile ».

Cependant, il serait possible et souhaitable de construire un barrage hydro-électrique dans un pays « riche en cascades ».

Les conseils de districts devraient être transformés en municipalités.

Le ton et le contenu du discours sont mal reçus par l’opposition et l’Administration. Une partie des élus du RDPT comprend mal la demande de départementalisation. La session est alors émaillée d’incidents et de vives altercations. Quand elle touche à sa fin, le 10 avril, un membre de l’opposition, Martial Iorss émet le vœu que cette ambiance cesse :

"Je vous demande à tous d’oublier les vives altercations que nous avons pu avoir ; oubliez aussi les conflits d’opinion et surtout oubliez les expressions un peu dures qui ont été exprimées pendant nos fortes discussions, expressions qui ont certainement dépassé la pensée de tous et qui sont, malgré tout, une preuve de notre sincérité."

Le président lui aussi souhaite que les prochaines sessions « se déroulent dans un climat plus favorable ».

Ce ne sont finalement que vœux pieux. Quand la session suivante reprend, on sait déjà que le RDPT n’est plus majoritaire, même si J-B Céran-Jérusalémy réussit à se faire élire conseiller de l’Assemblée de l’Union française.

Le président prononce le discours d’ouverture, le 12 octobre (1). Il tente une manœuvre pour amadouer le nouveau secrétaire qui est aussi gouverneur par intérim (R. Petitbon étant en métropole), Thadée Diffre, qui était un des organisateurs de la conférence de Brazzaville.

Il dénonce les « conservatismes dépassés », en appelle à la jeunesse « qui doit être instruite en métropole ». Affirmer qu’à Tahiti il y a des choses qui ne se sont jamais faites ou que personne n’accepterait, c’est édicter un « tabu colonialiste », c’est protéger un capitalisme qui cherche à s’abriter de l’impôt et des lois sociales de progrès.

Il met en avant que le décret de 1885 n’est plus « soutenable » et que la « spécialité législative » qui rend très incertaine la promulgation des lois est un « scandale qui doit cesser ». Ainsi se justifierait la nécessité de demander le statut de DOM.

Enfin, il jette un regard sur l’avenir qui ne manque pas de pertinence : la population augmente constamment alors que la production fléchit. C’est une réalité qu’il faudra affronter, d’où la nécessité d’entreprendre d’audacieuses réformes… et, à titre d’exemple, il énonce que « dans un pays agricole, c’est l’agriculture qui doit être développée en priorité ».

Le président est déchu de son poste le 19 octobre suivant. Le RDPT fait une cure d’opposition, mais les grandes lignes du programme qu’il a développé restent d’actualité… sauf la demande de départementalisation qui est abandonnée. En fin de mandature, la revendication devient « une République de Tahiti au sein de l’Union française ».

1 Dans ses Mémoires, J-B. Céran-Jérusalémy, reproduit ce discours, mais il le date du 14 mars.

[J.M.Regnault]

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