Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Des questions sans réponse -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1959-1977. L’autonomie « contenue » | La question chinoise

La question chinoise

1) Des questions sans réponse


Commerce chinois à Papeete

Le 5 juin 1959, Jacques-Denis Drollet dépose une question préalable relative à la minorité chinoise :

"Il existe en Polynésie française un problème que personne jusqu’à présent n’a osé soulever publiquement, c’est celui de la minorité raciale asiatique.

Qu’on le veuille ou non, le Chinois, détenteur de plus de la moitié du commerce, donc de l’argent du Territoire, travailleur acharné, intelligent, âpre au gain, économe, fait maintenant partie du décor tahitien ou du moins évolue-t-il adroitement dans les coulisses.

Toute la vie du Polynésien, son langage, sa nourriture, sa progéniture, du fond des vallées au sable des atolls, à Papeete comme dans les districts, les îles, a été lentement mais profondément pénétré par le Chinois.

Sa situation d’étranger dans une société qui apparemment l’accepte mais qui ne perd aucune occasion pour le brimer en lui exprimant son argent (son principal moyen de défense) l’incline malheureusement à un rôle d’agitateur dissimulé, souvent hostile à une politique maladroite pratiquée à son égard.

Aussi, sous peine de voir s’aggraver un état de fait inique combattu partout ailleurs dans le monde, sous peine d’assister impuissants aux turbulences d’un prolétariat intelligent, prometteur, capable de servir de guide néfaste à notre jeunesse aujourd’hui suffisamment délinquante par elle-même, je vous engage, Messieurs, à agir d’urgence auprès du gouvernement local pour que, de concert, nous puissions enfin trouver une solution au problème chinois que d’aucuns voudraient encore cacher par paresse ou simplement par désintéressement, ou qui sait, peut-être même par intérêt personnel".

F. Vanizette souligne que cette affaire est « d’une importance extrême » et demande que cela soit transmis pour étude à la Commission des Affaires financières, économiques et sociales. À l’unanimité, l’AT adopte la proposition de transmission de la question au conseil de gouvernement, ce qui est fait le lendemain. Le gouverneur répond le 17 juin 1959 que les pouvoirs publics se sont penchés à plusieurs reprises sur le problème des étrangers, notamment en matière fiscale et sociale. Des mesures administratives ont été prises, mais elles demeurent insuffisantes, avoue le gouverneur. Une fois de plus, les demandes de l’assemblée semblent enterrées ou tout au moins n’est-elle pas tenue au courant de l’évolution du dossier.

Un démographe et ethnologue de l’ORSTOM, M. Julien, a été chargé d’une enquête sociologique sur les niveaux de vie en Polynésie et il a abordé le problème chinois. Au nom de la commission des Affaires financières, économiques et sociales, A. Poroi propose à l’assemblée le 6 juillet 1962 (soit trois ans après l’intervention de J-D. Drollet) d’inviter le gouvernement local « à lui faire des propositions tangibles quant aux solutions envisagées pour résoudre ce problème au vu de l’enquête de M. Julien et en fonction des directives du Département ». Cette « mollesse » dans la réaction a sans doute contrarié J-D. Drollet qui a refusé ostensiblement de donner son avis sur le rapport d’A. Poroi. Quant à J-B. Céran-Jérusalémy, il est intervenu pour réclamer l’application des mesures en vigueur en métropole quant la naturalisation.

Si l’assemblée adopte la proposition de transmission au conseil de gouvernement à l’unanimité moins une abstention, l’affaire continue à s’enliser. Il en est cependant question encore le 28 janvier 1963, mais par le biais d’une discussion sur la taxe de séjour des étrangers. G. Coppenrath fait une curieuse proposition : augmenter le montant de cette taxe de façon à ce qu’ils se mobilisent pour obtenir la nationalité française.

Des questions sans réponse 0 < La Polynésie face à la reconnaissance de la Chine communiste par la France 1 < Des solutions partielles jusqu’en 1973 2 < La naturalisation massive de 1973 3

Retour en haut de page