Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - John Teariki -

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Les présidents de l’assemblée territoriale

John Teariki (1914-1983)

Né le 12 juillet 1914 à Moorea, d’un père natif de Rimatara aux Australes. Il fut élevé aux Îles Cook où son nom Teariki fut considéré littéralement comme « le roi ». Par sa famille maternelle, il possédait un « ancrage ancien, social et politique ». Il disposa ainsi dès le départ des atouts qui pouvaient faire de lui un chef.
Sa formation scolaire s’effectua à Papeete, à l’école protestante. Son éducation protestante est un élément capital de sa personnalité. Il correspondait assez bien à la définition traditionnelle du protestant : rigidité physique et morale, simplicité vestimentaire ou alimentaire. Sa culture était essentiellement biblique comme celle de la plupart des Tahitiens.

À 14 ans, il fut rappelé par sa mère pour qu’il s’occupât de la terre familiale (son père était décédé en 1918) et jouât le rôle de chef de famille. Le travail de la terre le passionna et sa force physique lui permit de fournir un travail considérable. Il investit dans l’agriculture et l’élevage. Avant la seconde guerre mondiale, les terres des Teariki s’accrurent sensiblement.
J. Teariki pratiqua très jeune la pêche de bonites. Il y perdit un œil à 20 ans.
Il se lança dans une entreprise de cabotage avec des bateaux qui reliaient Moorea et Tahiti. Il avait la réputation de s’occuper aussi bien du pilotage que de la mécanique. Il arrêta ses activités d’armateur en 1968. Devenu député, il s’intéressa aux questions maritimes et intervint en ce sens à la Chambre.

Pouvanaa lui confia des responsabilités politiques à Moorea dès 1949. Il fut élu conseiller territorial RDPT en 1953. Il se constitua une clientèle fidèle dans le district d’Afareiatu (chef de district en avril 1953, reconduit en 1963) puis dans l’ensemble de l’île de Moorea qui, sous son impulsion, vota NON au référendum de 1958.
En 1960, il accepta – un peu forcé – d’être le suppléant de Mate Oopa à la députation. Après la mort du fils du Metua, le 14 juillet 1961, J. Teariki devint donc député. Ce poste ajouta à la stature de chef qu’il était en train de se forger. Il fut réélu le 2 décembre 1962 avec 44 % des voix (élection à un seul tour). Il s’apparenta au groupe du Centre démocratique.
Lorsque le CEP s’implanta, J. Teariki, d’abord peu préoccupé par le problème, devint – sous l’influence d’H. Bouvier – un adversaire redoutable des expérimentations nucléaires. Il intervint au sein de la commission de la Défense nationale et y lit les discours préparés par H. Bouvier. Il reçut le soutien de fortes personnalités (le docteur Schweitzer, Jean Rostand et Théodore Monod).
Le 7 novembre 1963, il lança un appel solennel aux députés et attira leur attention sur « ce qui se passe aujourd’hui et sur ce qui arrivera demain en Polynésie française », deux jours après la dissolution du RDPT.
En 1965, J. Teariki participa à la création du Here Ai’a (voir Le Here Ai’a).
Lors de la visite du président de la République, le 7 septembre 1966, il tint un discours violemment opposé aux essais (voir L’opposition au CEP de fin 1964 à 1977).
En 1967, toutefois, J. Teariki fut battu aux élections législatives par F. Sanford alors soutenu par le Gouvernement central. Mais dans les mois qui suivirent, les deux hommes se rapprochèrent.
J. Teariki s’engagea aussi fortement en faveur de l’autonomie. L’union avec le E’a Api de F. Sanford en 1967, renforça ce combat qui se conjugua avec la lutte contre le CEP.
Luttant pour l’autonomie de la Polynésie J. Teariki soutint aussi la cause de l’indépendance, mais cette dernière fut souvent présentée comme une menace si la France continuait les essais et/ou refusait l’autonomie. « Ne faites pas de notre indépendance l’unique et dernier moyen de notre liberté » avertirent les deux leaders autonomistes en 1975. S’il admit qu’elle allait dans le sens de l’histoire, il prétendit qu’il était « vital qu’elle soit réfléchie, concertée, murie, entièrement et profondément préparée » (PV de l’AT, 30 novembre 1978). Mais, il avait aussi constaté, trois ans plus tôt :
« Si je pouvais parler d’indépendance aujourd’hui, il faudrait qu’elle ait lieu tout de suite, car nous sommes encore capables d’en supporter les sacrifices. Dans quelques années, il sera trop tard.
Voyez-vous, sans l’indépendance économique, l’indépendance politique n’est qu’un mot en l’air. Depuis vingt ans, […] on a créé en Polynésie un certain nombre de besoins dont nous sommes prisonniers. Indépendance voudrait dire : changer de mode de vie ; combien d’entre nous sont prêts à le faire ?
».

Il n’est pas toujours facile de suivre la pensée des leaders politiques de Polynésie.

J. Teariki apparut comme le successeur de Pouvanaa. Malgré son allure austère et la prospérité de ses affaires, il était proche des Polynésiens modestes. Bon orateur et pétri de culture biblique, lui aussi, il savait communiquer. Toutefois, le Here Ai’a fut vite fragilisé par diverses dissensions, notamment au moment de l’élection présidentielle de 1965. « Aider à la réélection [de De Gaulle], c’est aider à l’empoisonnement atomique de notre territoire et de ses habitants » proclama-t-il à l’assemblée territoriale (séance du 12 novembre 1965).
Le 2 juillet 1966, J. Teariki fit exclure la quasi-totalité des cadres du parti qui avaient soutenu de Gaulle. Il sortit vainqueur de ce conflit puisqu’aux élections territoriales de 1967 ses rivaux ne furent pas élus et que sa liste obtint 7 sièges aux îles du Vent. Mais le Here Ai’a n’avait plus la puissance du RDPT et son influence passa au second plan avec l’émergence de F. Sanford et du E’a Api.
En juillet 1968, il fut le suppléant de F. Sanford lors de l’élection législative.

L’électorat du Here Ai’a – vieillissant – ne se renouvelait pas. Le parti prenait des allures conservatrices alors que la société évoluait. Certes, le parti réussit encore en 1977 à obtenir avec ses alliés le statut d’autonomie de gestion (voir le sujet qui lui est consacré). Mais à ce moment-là, J. Teariki se brouilla avec H. Bouvier et perdit celui qui était la cheville ouvrière du parti.

J. Teariki avait occupé par deux fois le poste de président de l’assemblée territoriale (17 juin 1969 au 22 mai 1970, puis du 13 mai 1971 au 25 mai 1972). Il redevint président du 28 avril 1978 au 29 mai 1979 et du 30 mai 1980 au 29 mai 1981. En tant que président, il continua à s’inquiéter des essais en particulier : il redoutait l’affaissement de l’atoll (PV de l’AT du 6 décembre 1978).

Le gouvernement du Front Uni fut entaché par des affaires qui lui nuirent (affaire Enerpol, affaire des Tissages tahitiens). Des dissensions apparurent entre Here Ai’a et E’a api. Les élections territoriales de 1982 furent désastreuses pour les deux formations, même si le Here Ai’a s’en sortit mieux – avec six sièges - que son allié. G. Flosse tenta de passer un accord avec J. Teariki qui échoua finalement.

J. Teariki devint maire de Moorea en juillet 1972. D’abord disposant d’une solide assise, il perdit peu à peu son aura de chef pour de nombreuses raisons : évolution économique et sociale de l’île, concurrence des autres figures autonomistes, dissensions familiales et surtout absentéisme de plus en plus fréquent à cause des terres de Taravao entretenues par J. Teariki ou de la présidence de l’assemblée. Les élections municipales de 1977 furent pourtant un avertissement sérieux. J. Teariki voulut développer le tourisme à condition de ne pas pénaliser la population, « de ne pas porter atteinte ni à la moralité, ni aux traditions… » (PV de l’AT du 29 juin 1965). Le tourisme devait améliorer les conditions de vie des populations et non enrichir « certains gros intérêts privés ». Il chercha à faire classer Moorea comme parc national. Il fit enfouir les lignes électriques et téléphoniques. Il préférait les pistes en soupe de corail aux routes bitumées.
Malgré l’avertissement de 1977, J. Teariki s’attacha de plus en plus au domaine de Taravao, acheté en 1968. Il se lança dans l’élevage de vaches laitières et reprit l’activité avicole du domaine. Il planta également des orangers. Ces terres lui prirent de plus en plus de temps. Il fut battu aux élections municipales de 1983.

Le 5 octobre 1983, J. Teariki décéda des suites de graves blessures occasionnées par le renversement de son tracteur sur ses terres de Taravao. Son agonie fut particulièrement pénible.

Bibliographie :
D. Léontieff, John Teariki, un héritier de Pouvanaa ? mémoire de maîtrise, Université de Bordeaux 3, juin 2000. (disponible à l’UPF).
C. Robineau, Tradition et modernité aux îles de la Société, Livre 1, Orstom, Paris, 1984.

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