Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Henri Bouvier (1912-2005) -

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Henri Bouvier (1912-2005)

Curieux destin que celui de ce jeune homme fuyant une Europe dans laquelle il avait décelé les germes des déchirements et des désastres futurs. Il débarqua en 1932 à Tahiti, bouillonnant d’idées, mais surtout avec son talent de graveur acquis à l’école Boule. Pour lui, la Polynésie était bien - et devait rester - un paradis. Pourtant, il regarda d’un œil détaché l’agitation politique des années cinquante, même s’il s’y trouvait mêlé par les hasards de l’existence (en 1937, il avait épousé Pauline, la sœur de John Teariki).
En 1962, H. Bouvier apprit que le général de Gaulle avait choisi la Polynésie pour y expérimenter « sa » bombe. Peut-être est-il un des rares hommes de l’époque – avec Gérald Coppenrath qui chemina différemment – à mesurer à quel point la Polynésie serait bouleversée. Ce qui importait pour H. Bouvier, c’était la sauvegarde d’un milieu idyllique et de la santé de ses contemporains, et plus encore de leur descendance. C’est lui qui réussit, non sans mal, à convaincre John Teariki et le parti Here Ai’a de se lancer dans un combat anti-nucléaire farouche.
Engagé dans ce Here Ai’a dont il fut sans doute l’inspirateur et l’animateur, H. Bouvier mena de front deux combats : l’un contre le nucléaire et l’autre pour l’autonomie. Mais un popa’a engagé en politique locale, cela dérangeait et la classe politique en fit un bouc-émissaire. Ce qu’on n’osait pas dire à l’encontre de J. Teariki, on le lançait en termes virulents (et même choquants) à la tête d’H. Bouvier (voir le sujet consacré au rapport Bouvier/Millaud). Il assumait crânement ces insultes en poursuivant sa route.
Il fut conseiller à l’assemblée de 1967 à 1977. Il présida la commission permanente.
Un différent familial avec J. Teariki l’éloigna de l’assemblée aux élections de 1977.

L’influence qu’il exerça sur la vie locale dérangea les autorités françaises jusqu’au plus haut niveau comme le montrent les Mémoires de Jacques Foccart.
H. Bouvier n’inspirait pas seulement les discours de J. Teariki, il préparait aussi ceux de F. Sanford (comme le prouve la correspondance entre les deux hommes). Avec Daniel Millaud, il rédigea en 1967-69 un rapport sur l’autonomie, le socle sur lequel s’appuya le premier statut d'autonomie de 1977. En ce sens, H. Bouvier peut-être considéré comme l’un des pères de l’autonomie. C’est lui aussi qui persuada les leaders politiques de faire de Pouvanaa un sénateur après son retour d’exil, dans l’espoir que son mandat servirait à établir l’innocence du Metua.

H. Bouvier fonda le Centre de formation des métiers d'art de Tahiti.

H. Bouvier garda longtemps une mémoire étonnante et sculpta avec habileté, même si les mains le faisaient souffrir. Retiré de la vie politique, il communiquait encore une sorte d’enthousiasme, même si ses propos paraissaient faussement désabusés. Il restait curieux de tout, attentif aux soubresauts politiques du Fenua et analysant les situations avec pertinence. Pour lui, les hommes politiques de Tahiti défendaient avant tout leurs intérêts propres ou ceux de leur milieu social. Mais il savait reconnaître le talent et l’honnêteté de certains hommes qu’il avait combattus.

La classe politique locale a trop oublié ce popa’a qui s’engagea avec tant d’ardeur pour défendre une Polynésie fragile contre les heurts d’un monde en effervescence, un homme pour qui la politique signifiait poser de vrais problèmes et non passer son temps à monter de sordides combinaisons ou à revendiquer pour défendre de médiocres intérêts.


Documents :

Jacques Foccart, qui rencontrait de Gaulle chaque soir pour faire le point sur les problèmes de l’outre-mer, évoque le nom d’H. Bouvier dans ses Mémoires.
En septembre 1966, J. Foccart rend compte de la visite de De Gaulle venu en Polynésie assister au second tir atomique. J. Teariki (que Foccart appelle Tera) a fait un discours au vitriol contre le nucléaire. J. Foccart écrit : « Tera a lu au Général une espèce de mémorandum qui avait été préparé par je ne sais trop qui, certainement pas par lui, mémorandum qui protestait contre l’explosion atomique et parlait des revendications des Tahitiens ». Le « je ne sais trop qui » était évidemment H. Bouvier. En date du 1er octobre 1968, J. Foccart écrit : « Bouvier est un leader de l’opposition très violent […] Le Général a commenté : Je ne connais pas ce Bouvier ».

Les archives de l’armée montrent le savant Francis Perrin, haut-commissaire à l’énergie atomique, excédé par la campagne anti-nucléaire de J. Teariki. Un des responsables de la DIRCEN vise expressément H. Bouvier « le triste sire qui agit derrière M. Teariki », qui rédige des textes « à l’allure savante », malgré des « notions de physique nucléaire sommaires ». Mais la conclusion du responsable (qui montre l’impact du rôle d’Henri Bouvier) est que « vis-à-vis du citoyen moyen, nous aurions sans doute peu de chances de passer un jour pour le vainqueur » [en luttant contre Teariki].

[J.M.Regnault]

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