Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Daniel Millaud -

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Daniel Millaud

Né le 26 août 1928 à Papeete, fils de Jules Millaud, éleveur à Atimaono.
Après l’école primaire chez les sœurs et les Frères de Papeete, il part suivre des études secondaires à l’école Saint-Elme à Arcachon dans en Gironde. Il obtient un baccalauréat de philosophie en 1946. De 1946 à 1951, il prépare son diplôme de chirurgien-dentiste et revient à Tahiti pour y exercer sa profession.
Son oncle Jean Millaud qui avait été président de l’assemblée représentative le pousse à s’engager en politique.
Il est élu au conseil municipal de Papeete en 1966 (après un échec en 1963) sur la liste de Tetua Pambrun et il est réélu en 1971 et 1977. Adjoint au maire de 1971 à 1973, il est chargé de remettre de l’ordre dans les finances de la commune (un énorme gaspillage de carburant notamment).


Debout Daniel Millaud, à sa droite, assis, John Teariki et Henri Bouvier. A sa gauche, Francis Sanford, Pouvanaa a Oopa et Frantz Vanizette

F. Sanford le fait entrer au E’a Api et le place en position éligible pour les élections territoriales de 1967 pour qu’il défende la revendication d’autonomie. Il fut président du groupe E’a Api de 1967 à 1977. Il démissionna de l’assemblée pour se consacrer à son mandat de sénateur.
À l’assemblée territoriale, il défendit brillamment ses idées et les dossiers qui lui étaient confiés. Il prépara avec H. Bouvier le rapport adopté en 1969 sur l’autonomie interne (voir Le rapport Bouvier/Millaud sur l’autonomie interne 1969). Ses interventions étaient toujours courtoises et empreintes d’humour.
Il combattit pour la contraception qui fut adoptée sur le Territoire malgré l’opposition des Églises. Il considère comme un titre de gloire d’avoir été appelé « le père la pillule ».
En septembre 1971, Pouvanaa fut élu sénateur suite à un accord entre le E’a Api et le Here Ai’a. Pouvanaa appartenant au second, le suppléant devait appartenir au premier. D. Millaud fut choisi, ce qui lui permit de succéder au Metua après le décès de celui-ci en janvier 1977.
D. Millaud prit très au sérieux son mandat de sénateur qu’il exerça jusqu’en septembre 1998.
Inscrit à des groupes centristes, il considérait que leur positionnement politique correspondait bien à sa personnalité qui refusait de mettre en avant une étiquette politique. Il participa à diverses commissions toujours activement et reprochant à nombre de ses collègues d’ignorer les problèmes des lois qu’ils votaient ou refusaient.
Lors du débat statutaire pour l’autonomie interne entre 1981 et 1984, le sénateur Millaud intervînt fréquemment et surenchérit même sur les revendications de G. Flosse. Il proposa un statut d’État associé. Le projet que défendait Edgard Pisani à Nouméa rendait ce concept d’actualité. Le sénateur estima que cette formule clarifierait la revendication autonomiste pour qu’elle ne fût plus entendue comme une porte ouverte à l’indépendance : « Il faut que nous restions français et que le parapluie français demeure pour protéger la Polynésie qui vit dans un environnement anglo-saxon ». Sa crainte était qu’en cas d’indépendance, la Polynésie deviendrait le « satellite » d’une puissance étrangère. Ce serait aussi une alternative au « chantage » : maintien dans la République ou « largage ».
Le sénateur entreprit une série de démarches pour une révision de la Constitution et le retour à une formule proche de celle de l’Union française (Constitution de 1946). L’échec d’Edgard Pisani en Nouvelle-Calédonie ne lui facilita pas la tâche et la formule ne fut pas retenue. L’État associé n’en demeure pas moins une idée qui refait surface régulièrement.
Finalement, il vota pour le statut de 1984 pour ne pas faire la politique du pire.
Au Sénat, il se fit le pourfendeur de l’Union Européenne dont il pensait qu’elle négligeait les TOM par méconnaissance des problèmes ou par mauvaise volonté délibérée des « sphères parisiennes » (D. Millaud dixit).
Le E’a Api perdant de son influence, F. Sanford tenta un renouveau avec une nouvelle équipe, se contenta du titre de président d’honneur d’une nouvelle formation appelée Te E’a no Maohinui. Le parti tint son premier et unique congrès le 17 août 1985. D. Millaud en assura la présidence avec deux vice-présidents (Jean-Marius Raapoto et Marcel Millaud). Le parti considérait qu’après trois années de vice-présidence et de présidence de G. Flosse, on avait à faire à « un pouvoir dévoyé ». Il proposa une « moralisation de la vie politique », une meilleure justice fiscale et un gouvernement se gardant de toute dépense somptuaire. D. Millaud apparut parfois comme un recours lors des crises politiques.
Les ennuis de santé de D. Millaud ne lui permirent pas de diriger le parti effectivement. Les résultats électoraux du parti furent décevants et des rivalités internes aboutissent à l’éclatement en 1988. D. Millaud se désolidarisa de certains membres du parti.
L’engagement proprement politicien de D. Millaud s’arrêta là.
En 1998, il ne se représenta pas aux élections sénatoriales et se retira de la vie politique qu’il suivit cependant avec attention.
La faiblesse de D. Millaud a été de ne pas parler le reo maohi et d’apparaître comme trop peu « tahitien ». Son style, sa courtoisie et son obstination à étudier à fond les dossiers le mettaient en marge de la classe politique locale… qui l’appréciait néanmoins.

[J.M.Regnault]

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