Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L’État et la radio -

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L’État et la radio

La première station TSF avait été inaugurée à Mahina en 1915. Ce n’est qu’en 1934 que des amateurs s’organisent et créent le Radio Club Océanien avec parmi eux Alfred Poroi.
Avec de petits moyens, ils diffusent de courts journaux quotidiens en français et en tahitien. En 1937, ils émettent environ quatre heures par jour.
Pendant la guerre, le RCO a permis de rester en contact avec les informations du monde.
Alors que la radio se développe à Tahiti, les représentants de l’État cherchent manifestement à en contrôler l’usage. Quand François Mitterrand est ministre de la FOM (1950), il missionne un de ses collaborateurs pour transformer le RCO en Radio-Tahiti-La Voix de la France.
La radio est de plus en plus populaire. Le soir, à 18 heures, John Martin donne des informations en tahitien tandis que Marc Danois les donne en français (1). Le gouverneur Petitbon écrit au ministre de la FOM qu’il faut « conférer à ce service un statut de poste d’État, ceci en vue de lui assurer une indépendance totale vis-à-vis des contingences locales, mesure dont l’opportunité devant la conjoncture politique actuelle ne vous avait pas échappé ».
Il ajoute :
"Au moment où s’installent dans le Pacifique de nouveaux postes étrangers de propagande à grande puissance et où la situation politique locale nous impose un effort de plus en plus grand pour affirmer notre présence, il serait désastreux que la France laissât s’éteindre la seule voix qui la représente dans cette région du monde." (correspondance des gouverneurs, 6 août 1953, Archives de la PF).

Par exemple, une émission intitulée « Au service du public » permet de présenter aux Tahitiens les diverses mesures prises par le gouverneur ou l’assemblée.
Ainsi, en l’absence de presse écrite (à l’exception de bulletins irréguliers diffusés par les partis politiques), les seules informations dont disposent les Polynésiens viennent de la radio sur laquelle les représentants de l’État ont manifestement un regard attentif, même s’ils assurent que « les communiqués sont objectifs » (Dixit le chef de Cabinet du gouverneur devant l’assemblée le 8 décembre 1954).
Naturellement, l’objectivité des communiqués a été mise en doute régulièrement, chaque camp estimant être lésé. Ainsi, Noël Ilari a émis des protestations aussi bien quand il était président de l’assemblée que quand il était devenu un des leaders de la minorité. Le gouverneur refusa de donner suite à ses courriers en raison « des termes inadmissibles » qu’ils contenaient.
Quant au RDPT – quand il était minoritaire – il a émis des protestations, dont celle qui a été lue devant la commission permanente (10 janvier 1955).  « Chaque soir, des émissions tendancieuses de radio Tahiti et une propagande diffamatoire, menée par treize conseillers dont sept ont trahi ceux qui les avaient fait élire, affirme quel’opinion est contre nous ».

Tandis que se prépare l’application de la loi-cadre, J-B. Céran-Jérusalémy, devant la commission permanente, développe l’idée que la radio peut servir à l’éducation politique des citoyens (PV de la CP, 23 octobre 1957). Il déplore les « censures » passées.
Maintenant, pense-t-il, pour mettre la radio en adéquation avec le nouveau statut, il faut donner un minimum « d’outils » aux élus locaux (voir doc). En clair, il demande la territorialisation de la radio, même si l’État aurait encore un droit de contrôle. Sans doute se berçait-il d’illusions.

(1) Les informations qui précédent sont tirées du mémoire de DEA de Michaël Leyral, Champ médiatique et champ du pouvoir en Polynésie française, UPF, octobre 2000.

[J.M.Regnault]


Bois gravé d'Adam servant d'en-tête

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