Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Quatre années de silence ? -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1959-1977. L’autonomie « contenue » | L’autonomie « contenue »

L’autonomie « contenue »

Quatre années de silence ?

Après l’arrestation de Pouvanaa et l’ordonnance du 23 décembre 1958 qui a réduit les dispositions de la loi-cadre à peu de chose, les conseillers territoriaux élus jusqu’en 1962 ne manifestent plus guère leurs désirs d’autonomie ou d’indépendance. Ils n’hésitent pas, au contraire, comme J-D. Drollet à souhaiter que « la Polynésie française reste à jamais partie intégrante de la République française ». De divers côtés, on réclame la transformation du Territoire en département d’outre-mer comme lors du voyage de Jacques Soustelle en 1959.
Toutefois, à l’assemblée, une question préalable est posée par J-B. Céran-Jérusalémy le 25 novembre 1960 visant à rétablir le poste de vice-président et des attributions individuelles pour les conseillers de gouvernement. La réaction négative des adversaires du RDPT et du PTM se comprend, mais celle d’un conseiller RDPT, Félix Tefaatau, donne la mesure de l’embarras causé par la proposition. Ce dernier répond en effet : « J’attendrai le retour de Pouvanaa à Tahiti, car c’est la principale préoccupation de notre parti ». La question préalable est rejetée par 9 voix contre 7 et 3 abstentions. J-B. Céran-Jérusalémy avait compris que le temps n’était pas venu d’aller dans ce sens et avait prévenu juste avant le vote : « si la majorité de l’assemblée pense comme le groupe UTD… ce sera notre dernière interrogation à ce sujet ».
Le même jour, une lettre de N. Ilari relative à un nouveau statut est prudemment renvoyée à la commission du statut qui ne se réunit plus depuis novembre 1958.
La sanction contre Pouvanaa est certainement dans tous les esprits et chacun comprend que le Gouvernement ne tolèrera aucune prise de position en faveur d’un retour à la loi-cadre.


Le gouverneur Sicaud en voiture officielle, recevant le ministre Jacques Soustelle, au
premier plan, à l'arrière du véhicule

À partir de 1963, l’annonce de l’implantation du CEP et l’expiration du délai de quatre années d’essai des institutions (mais dont l’État n’a pas fait mention dans l’ordonnance du 23 décembre 1958), réveillent les revendications statutaires.
Le 4 février 1963, à la suite d’une proposition de J-B. Céran-Jérusalémy insistant sur le fait que les quatre années sont passées, l’assemblée territoriale décide de créer une nouvelle commission du statut. Le 14 février, les membres de cette commission sont désignés : cinq RDPT, deux UTD, trois UT-UNR, deux non-inscrits (J-B. Céran-Jérusalémy et F. Vanizette).
Si l’assemblée adopte cette proposition à l’unanimité, c’est que les élus de tous bords se rendent compte que le conseil de gouvernement ne fonctionne pas efficacement et que « la haute administration du Territoire n’est pas là pour faciliter la besogne des conseillers de gouvernement » (selon J-B. Céran-Jérusalémy qui semble approuvé par ses collègues).
Les travaux de la commission commencent alors que le RDPT se mobilise ou tente de se mobiliser contre le CEP et que le gouverneur emploie séduction et menace. Le plus actif dans les revendications statutaires semble bien être J-B. Céran-Jérusalémy (1).
Le 6 juin 1963, il fait état de l’avancement des travaux de la commission. Il déplore que les représentants de l’État n’apportent pas des précisions sur « l’opinion du Gouvernement métropolitain ». Il montre que c’est « au jour le jour », par des « palabres », par « divers échanges de bons procédés » que sont réglés les rapports entre le Territoire et la métropole. Il propose alors que, dans un délai de deux mois, chaque tendance politique puisse faire le point sur ce qu’elle envisage comme réforme statutaire et que la Haute Administration donne son point de vue. Il est clair, pour lui, qu’il n’y a pas de solution simpliste :
« Je précise donc qu’en cas d’indépendance, il faudra des accords d’association pour permettre au Territoire de trouver le complément qu’il lui faudra pour subsister dignement.
Je pensais nettement qu’au bout de quatre ans nous allions automatiquement revenir à la loi-cadre avec attributions individuelles, étape immédiate vers un statut définitif, menant soit au département soit à l’indépendance 
(souligné dans le procès-verbal). »

G. Coppenrath réplique qu’il ne faut pas agir à contretemps. Le choix de Territoire d’outre-mer a été fait en 1958 : « Il ne nous est plus possible de devenir un État dans la Communauté… Le choix de l’indépendance ne nous est pas possible ». Il y a un problème de légalité. L’assemblée finit par adopter la question préalable de J-B. Céran-Jérusalémy consistant à connaître le point de vue du Gouvernement central. Sans se prononcer sur le fond, G. Coppenrath, J-D. Drollet et quelques autres se rallient à cette façon de procéder .

Quelques jours plus tard (PV de l’AT du 4 juillet 1963), l’assemblée décide l’envoi d’une mission à Paris dont les membres seraient désignés par la commission du statut, à laquelle il est reproché, du reste, de ne pas travailler réellement.

En novembre 1963, le Gouvernement met fin à cette agitation statutaire en dissolvant le RDPT et le PTM (voir La dissolution du RDPT et du PTM 5 novembre 1963).

C’est donc bien clair, le gouvernement français ne veut pas d’évolution statutaire.
Gérald Coppenrath l’a bien compris qui écrit à Louis Jacquinot : « il faut reconnaître que le CEP […] rend difficile actuellement le retour aux attributions individuelles » .

(1) Toutefois rappelons que Céran-Jérusalémy est le seul élu de son parti à l'assemblée. Les autres conseillers se méfient de lui. L'affirmation de B. et M-T. Danielsson selon laquelle il aurait déposé une motion pour créer une République tahitienne et reçu "un solide soutien à l'assemblée le 28 mai" (voir "Moruroa, notre bombe coloniale" p. 100) est dépourvue de tout fondement. Il y a confusion avec une motion déposée le 29 mai par J-D. Drollet qui a trait à la libéralisation des échanges. Au cours du débat, Céran-Jérusalémy est intervenu pour dire qu'il faut "définir d'une manière claire et nette les rapports entre la Métropole et le Territoire" et "qu'actuellement le conseil de gouvernement n'en est pas un".

[J.M.Regnault]

Quatre années de silence ? 0 < Les timides demandes de l’assemblée (1964-1967) 1 < Les conditions du réveil des revendications en 1967 2 < Le rapport Bouvier/Millaud sur l’autonomie interne 1969 3 < Des revendications entre autonomie et indépendance 4 < La crise ultime : l’occupation de l’assemblée territoriale 5 < À la recherche des symboles 6 < La revendication autonomiste des « anti-autonomistes » 7

Retour en haut de page