Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les timides demandes de l’assemblée (1964-1967) -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1959-1977. L’autonomie « contenue » | L’autonomie « contenue »

L’autonomie « contenue »

Les timides demandes de l’assemblée (1964-1967)

Compte tenu du contexte, la seule réforme que G. Coppenrath a cherché à obtenir, c’est l’application à la Polynésie française de la loi votée en Nouvelle-Calédonie (loi n° 63-1246 du 21 décembre 1963) qui permet l’élection du conseil de gouvernement à la proportionnelle. Il reçoit l’appui de R. Bambridge (PV de l’AT du 29 mai 1964).
Le gouvernement français ne juge pas nécessaire de donner satisfaction à l’ancien sénateur car, en Polynésie, depuis 1959, il y a automatiquement une alliance entre certains partis pour composer le conseil de gouvernement.


A droite, le Premier ministre Georges Pompidou. A gauche, Louis Jacquinot, ministre des Dom-Tom.

Quand le Premier ministre, Georges Pompidou, vient à Tahiti en juillet 1964, il cherche à rassurer les Polynésiens à propos du CEP, mais surtout, il ferme la porte à toute demande d’évolution statutaire en termes à peine courtois :
« C’est comme dans les familles : on a l’impression quelquefois que […] ce sont les enfants gâtés qui demandent le plus. La Polynésie […] n’a pas manqué à cette bonne tradition (1). »

Il y a en effet une contradiction fondamentale entre la revendication de pouvoirs étendus et la demande de prise en charge par l’État de certains services. Citons par exemple :
- L’office des postes et télécommunications (décret 62-745 du 30 juin 1962)
- L’enseignement secondaire (décret du 5 décembre 1963)
- Le tourisme (décret du 24 décembre 1963).

J-D. Drollet utilise une belle formule pour cacher l’abandon de certaines prérogatives. Il parle d’allègements des « devoirs du Territoire en certains secteurs particuliers, d’ailleurs importants » (2).
Le 2 juin 1966, J-D. Drollet a présenté devant les conseillers une proposition relative à la modification des institutions de la Polynésie française. Il écarte la départementalisation dont il était encore partisan fin 1958. Il considère que, finalement, les institutions fonctionnent bien et qu’il est possible de poser calmement les problèmes de l’étendue des attributions de l’assemblée, du fonctionnement du conseil de gouvernement, des relations de ces deux institutions et du rôle du gouverneur. Il veut rejeter à la fois l’indépendance et l’intégration. L’alternative serait alors la suivante :
- Une restriction des compétences territoriales « allant de pair avec une participation accrue de l’État »,
- « une limitation des interventions de l’État », donc des « charges plus lourdes » pour le Territoire.

C’est la deuxième solution qu’il suggère, celle qui va dans le sens prévu par la Constitution qui veut que les TOM en arrivent à la « gestion de leurs propres affaires ». Il propose de mettre à la tête du conseil de gouvernement, non plus le gouverneur, mais une personnalité locale qui formerait une équipe autour d’un programme de travail.
Le Territoire arriverait donc à une seconde étape de son évolution.
La discussion qui suit montre que la commission du statut n’a rien fait depuis deux ans. Elle est réanimée et un conseiller technique a été envoyé par Paris, l’inspecteur Daniel Videau (futur gouverneur de la Polynésie française). Douze séances sont tenues sous sa direction. L’inspecteur constate que le conseil de gouvernement est inefficace à la fois parce que c’est l’assemblée qui exerce surtout des pouvoirs réglementaires et de contrôle de l’exécutif, et parce que les conseillers de gouvernement eux-mêmes ne suivent pas les dossiers avec assez d’attention, paralysés qu’ils sont par la collégialité. Et l’inspecteur de remarquer :
« Le système polynésien actuel s’apparente davantage à un régime d’assemblée, lui-même très proche du régime que la métropole connaissait sous l’empire de la Constitution de 1946 ; ce qui, sous cette forme imagée, s’exprime quelquefois de la façon suivante : nous sommes en métropole sous le régime de la Cinquième république, et nous sommes restés, en Polynésie française, sous le régime de la Quatrième République. »

Il semble que D. Videau proposa finalement une solution départementaliste sans le dire réellement. G. Coppenrath explique que les travaux de la commission ont été finalement « enterrés » : « les élus locaux ont craint de s’engager à proposer des réformes précises de peur que le parlement ne profite de l’occasion de cette consultation pour modifier nos institutions dans un sens qui n'aurait pas été souhaité  (3) ».

Le général de Gaulle s’est contenté de répondre indirectement lors de sa venue en septembre 1966 :
« Il n’est pas question de supprimer ce qu’on pourrait appeler les franchises polynésiennes. Ceci, je le dis pour qu’on l’entende ».

En réalité, le Général ne souhaitait aucune évolution. Au cours de l’entretien qu’il accorde à Jacques Foccart, le 2 novembre 1967, il est très en colère contre Pierre Billotte, ministre des DOM-TOM, qui aurait, de son propre chef, encouragé F. Sanford et A. Poroi à demander l’extension des attributions des conseillers de gouvernement, c’est-à-dire un retour à la loi-cadre de 1956. “C’est ridicule ! C’est grotesque !” tempête le Général. “Ce Billotte est assommant, dit-il encore, c’est un politicien et il ne vaut pas mieux que Sanford et Poroi”. Foccart lui explique que Billotte avait interprété ses paroles à Papeete en septembre 1966 (le Général se serait simplement enquis des attributions des conseillers). De Gaulle réplique alors :
« Mais c’est ridicule, c’est stupide ! Ce n’est pas parce que je vais dire telle ou telle chose en voyage, il y a plus d’un an de cela, que maintenant il faut en tirer une conclusion. Ce Billotte ! »

Au sein de l’assemblée, les anciens élus du RDPT se sont rassemblés autour de J. Teariki, mais l’élection présidentielle de 1965 provoque une cassure. Les élus du Here Ai’a qui se séparent du député – avant que ce dernier ne les exclue du parti en juillet 1966 - se rapprochent de l’opposition gaulliste. La revendication d’autonomie n’a plus guère de possibilité de se faire entendre jusqu’aux élections de 1967.

(1) Cité in Mazellier P., De l'atome à l'autonomie, p. 93.
(2) PV de l'AT, 2 juin 1966.
(3) Rapport à Michel Debré (juillet 1970).

[J.M.Regnault]

Quatre années de silence ? 0 < Les timides demandes de l’assemblée (1964-1967) 1 < Les conditions du réveil des revendications en 1967 2 < Le rapport Bouvier/Millaud sur l’autonomie interne 1969 3 < Des revendications entre autonomie et indépendance 4 < La crise ultime : l’occupation de l’assemblée territoriale 5 < À la recherche des symboles 6 < La revendication autonomiste des « anti-autonomistes » 7

Retour en haut de page