Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - De Gaulle et les Tahitiens -

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La visite du général de Gaulle

2) De Gaulle et les Tahitiens

De Gaulle se souvient des ralliements des territoires français du Pacifique. Il a entretenu la légende de glorieux ralliements patriotiques, d’attachement à sa personne, sans chercher à mesurer les conditions dans lesquelles ces ralliements s’étaient effectués. D’après ses Mémoires de guerre, - dans lesquels, il est vrai, il ne leur consacre que quelques lignes - il les avait accueillis comme de “bonnes nouvelles”. Il parle même de “l’appui enthousiaste de la population” de Nouvelle-Calédonie. Le 27 septembre 1940, il fait parvenir un message dans lequel il “remarque avec plaisir que les possessions françaises du Pacifique ont le plus grand désir de maintenir la tradition d’honneur et de courage du fameux Bataillon du Pacifique qui se distingua sur le front français au cours de la Grande Guerre de 1914-1918”.
Il entretient encore cette légende par des paroles fortes comme celles que nous avons citées, sans se soucier des circonstances exactes de 1940. Partant des liens qu’il estime très forts entre les Tahitiens et lui, le Général donne son sentiment sur l’avenir du Territoire. Si le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est affirmé, il considère que la Polynésie est trop petite pour être réellement indépendante et que son intérêt est de se rattacher à une grande nation. La Polynésie doit donc rester française. De Gaulle a dit : "votre pays doit continuer de faire route avec la France, vers le destin commun du progrès, du bonheur et de la grandeur". L'accueil de la population a-t-il été aussi enthousiaste qu'on le dit parfois ? Deux témoignages tempèrent cette idée. Olivier Guichard par exemple, dans un livre de souvenirs (Mon Général, Grasset, 1980, p. 321), évoque "l'amicale indifférence des Tahitiens". Une note des services du gouverneur (Archives territoriales de Papeete) fait état d'un "enthousiasme qui n'a pas toujours été délirant" et explique cela par "un trait du caractère polynésien lent à s'enflammer". À Huahine, l'accueil aurait même été "réservé". La faute en serait à des consignes très strictes données par Pouvanaa, de passage dans l'île huit jours avant le Général. Faute de connaître ces consignes, nous disposons néanmoins d’un témoignage (celui de l’officier de police qui avait « infiltré » le RDPT) sur le compte-rendu que le député fait de son entrevue avec de Gaulle dans une réunion qui se tient quelques jours après. Ce récit permet de penser qu’en effet, le député aurait pu tenter de « saborder » le passage du Général. Pouvanaa aurait dit :

"Quant au Général, je lui ai donné du fil à retordre. Ce n’est que maintenant, c’est-à-dire dix ans après qu’il vient au nom de la France nous envoyer un mot de pitié. […] J’ai vu tout de suite que ce n’était qu’un sale menteur, un salopard comme tous les Français. Quand, arrivé à Huahine, il dit à la population : « C’est une belle île ici et je ne dis pas cela parce que c’est le pays de votre député », voyez-vous, où il a su cela ? Quand j’ai eu une entrevue avec lui, il m’a dit, à moi : « je ne fais pas de politique ». Je lui ai dit : « C’est dommage, car j’étais venu pour cela ».Il m’a dit quelque chose sur la loi-cadre. Je lui ai dit : « je veux que les Tahitiens volent aussi haut que toi », puis je lui ai dit : « Tu sais que j’ai été arrêté par tes hommes ? » Il m’a dit : « par de Curton ? ». Je lui ai répondu : « Non, par Orselli, un homme qui était venu ici en ton nom avec une espèce de chose comme cette croix que tu as sur la poitrine ». Il m’a dit qu’il ne savait pas cela. Là, j’ai vu encore que ce n’était qu’un sale menteur."

[J.M.Regnault]

30 août-2 septembre 1956 0 < De Gaulle et les Tahitiens 1 < De Gaulle et l’énergie atomique 2 < De Gaulle en voyage 3

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