Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - 2/ juin 1955 -

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Les changements de majorité

2/ juin 1955

Pendant la période au cours de laquelle ils sont minoritaires, les conseillers RDPT viennent en séance, émettent une protestation et quittent généralement l’assemblée, ne laissant que l’un des leurs lorsque cela s’avère nécessaire. C’est souvent J-B. Céran-Jérusalémy. La majorité émet régulièrement des protestations contre cette « fuite » des conseillers qui sont accusés de ne pas vouloir prendre leurs responsabilités et laisser les autres conseillers prendre des mesures parfois impopulaires.

En fait, N. Ilari dérange trop de monde. Déjà, il s’est interrogé sur le bien-fondé de sa prise de présidence :
"Ai-je bien fait d’accepter cette alliance avec la minorité représentant trop souvent la mafia détestée et honnie ? Je devais me le reprocher par la suite ; mais il reste évident qu’il était difficile, à ce moment, de ne pas barrer la route à l’autoritarisme maladif du jeune J-B. Céran-Jérusalémy."

Non sans raison sans doute, il accuse l'Église catholique d'avoir favorisé un jeu d'alliances nouvelles pour l'écarter de la présidence, Monseigneur Mazé étant plutôt favorable à J-B. Céran-Jérusalémy. Un rapprochement s’esquisse entre les deux élus RPF (W. Grand et F. Richmond) et le RDPT se concrétisant par une alliance. À l'assemblée, les onze conseillers restés fidèles au RDPT et les deux conseillers RPF forment une nouvelle majorité (13 élus sur 25). Pour permettre ce retour des amis de Pouvanaa à la direction des affaires locales, il a fallu promettre la présidence de l'assemblée à W. Grand. Le bulletin du RPF, quant à lui, tente de justifier l'alliance : "il s'agit d'une union temporaire". Il y aurait rapprochement sur de nombreux points de vue, sauf la départementalisation. Il faut voir là, la volonté de permettre à l'assemblée de travailler en paix. Franck Richmond – qui avait été un farouche adversaire du RDPT et le redeviendra - explique à ses collègues de l’assemblée (PV de l’AT du 10 juin 1955) que l’attitude de N. Ilari lui a déplu. Il justifie son rapprochement du RDPT pour ne plus faire « le jeu de l’Administration » et enfin, invoque « le bien être de la population ».

Walter Grand est élu président de l’assemblée par 13 voix contre 12 à N. Ilari. En fin de session, il ne peut s’empêcher de justifier l’alliance qui l’a porté au perchoir :
"Depuis près de deux ans, certains de nos collègues ne participaient plus aux délibérations de notre assemblée. C’était donc une partie des intérêts de notre Territoire qui n’était pas représentée au sein de notre assemblée. Cette situation ne pouvait durer. Voilà pourquoi il nous fallait rechercher un terrain d’entente… Avec mon collègue Richmond, permettez-moi de vous dire notre satisfaction d’être arrivés au résultat désiré."

Ainsi en juin 1955, le RDPT, même diminué, retrouve de nouveaux moyens d'action, non sans donner encore dans quelques excès. Les nouveaux démêlés de J-B. Céran-Jérusalémy avec l'Administration et la minorité montreront que, d'un côté comme de l'autre, il n'y a pas véritablement volonté d'apaisement. Les années 1956 et 1957 seront largement consacrées à évoquer de nouvelles institutions grâce au projet du ministre Gaston Defferre qui propose une autonomie élargie.

Retenons que lors de cette seconde mandature de l’assemblée, trois majorités se sont succédé, les deux dernières par des alliances qui ne correspondaient pas au vote des électeurs de janvier 1953. Les élus, une fois élus, se sentent libres de prendre des positions qui sont contraires à la volonté de ceux qui les ont portés à l’assemblée.

[J.M.Regnault]

1/ octobre 1953 et juin 1955 0 < 2/ juin 1955 1

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