Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La dissolution du RDPT et du PTM -

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La dissolution du RDPT et du PTM
5 novembre 1963

Au cours de l’année 1963, le RDPT a du mal à trouver une position claire pour s’opposer au CEP. Le RDPT devait tenir un congrès le 8 juillet 1963. Pouvanaa, alors en exil en métropole et en résidence surveillée, a fait parvenir « des lettres préconisant l’indépendance, comme moyen d’assurer son retour » (1). Le dossier de police administrative le confirme et précise même que le courrier a été envoyé sous enveloppe de l’Assemblée nationale grâce à la complicité d’une secrétaire des députés de l’Outre-Mer. Le ministre de l’Intérieur avoue qu’il est quasi impossible de surveiller la correspondance de Pouvanaa, un pensionnaire de La Roseraie (la maison de retraite où se trouve Pouvanaa) pouvant toujours servir d’intermédiaire (11 septembre 1963).

Deux récits des débats du congrès du RDPT nous sont fournis par le gouverneur Grimald et par son cabinet militaire. Le premier rapporte, dès le lendemain :
« Les 104 délégués ont été invités à se prononcer individuellement sans que préalablement des explications aient été fournies sur les conséquences.
Une très forte majorité a opté pour l’indépendance. Une vingtaine de délégués seulement ont marqué leur préférence pour l’autonomie interne ou l’union avec la métropole ou ne se sont pas prononcés.
En fin de journée les principaux leaders […] ont fait admettre que l’indépendance ne pouvait être demandée qu’en accord avec les autres partis.
[…] Céline Oopa, Pita Oopa et Pea partiront pour la métropole le 12 juillet [et apporteront le compte-rendu des débats à Pouvanaa].
Suivant la nature des directives de Pouvanaa, un autre congrès pourrait s’ouvrir en août-septembre prochain
» (2).

Avec un peu de recul, le cabinet militaire analyse ainsi le congrès :
« Les débats ont été conduits de façon absolument illogique pour un esprit cartésien, mais suivant la psychologie tahitienne souvent déroutante. La question posée était : « voulez-vous l’indépendance, seul moyen de faire revenir Pouvanaa ? » Sentiment et fidélité ont eu le devant de la scène […]
Des consignes avaient été données à la presse et à la radio qui ont entièrement passé sous silence les débats en question
» (3).

Puisqu’aucune résolution claire n’est sortie, un nouveau congrès s’avère nécessaire. Cependant, le directeur des TOM, Jean Risterrucci, a pris ombrage de l’influence qu’exerce encore Pouvanaa sur son parti. Il télégraphie au gouverneur : « Je note que les directives de Pouvanaa ont commandé les décisions du congrès ».
Le vieux leader, mis rapidement au courant par ses visiteurs de l’indécision du congrès, envoie une lettre circulaire datée du 24 juillet à deux cents militants du RDPT, lettre qui a été traduite au goucerneur. Le texte est imprégné, selon ce dernier, d’allusions ou de citations bibliques plus ou moins fidèles et peu claires en général. Il ressort que le RDPT « doit persister dans la voie de l’indépendance en demandant l’organisation d’un référendum ». Le gouverneur Grimald semble avoir rencontré les dirigeants du RDPT devant lesquels il a « souligné l’impossibilité d’un référendum, l’inanité de l’indépendance […] l’abus fait par le détenu de Pierrefonds de la liberté qui lui a été consentie » (4).
Or, la tension est montée rapidement à l’approche de deux échéances. Premièrement, il faut régler le problème domanial de Moruroa et Fangataufa. « Vos récentes instructions, écrit le gouverneur, m’incitent à soumettre à l’assemblée territoriale l’ensemble du contentieux qui subsiste entre l’État et le Territoire » (23 septembre 1963). Deuxièmement, le comité directeur du RDPT décide de remettre au gouverneur un communiqué portant convocation du congrès du RDPT pour le 2 décembre en précisant que l’indépendance était la seule question qui figurerait à l’ordre du jour. Le gouverneur estime que, par cette action, le RDPT veut répondre à la surenchère de J-B Céran-Jérusalémy et de son parti le Pupu Tiama Maohi (voir doc) qui attaque le CEP et réclame « l’indépendance en association avec la France » (5).
Quant au gouverneur, il prévient le ministre :
« Il est presque certain que la masse d’une centaine de délégués, entraînés par les directives de Pouvanaa, l’ambiance collective et l’action souterraine de Céran, se prononcera pour l’indépendance, le référendum et l’appel à l’ONU.
[…] J’estime le moment venu d’arrêter cette action anti-nationale par l’interdiction du congrès ou la dissolution du RDPT.
[…] La dissolution serait souhaitée de préférence à l’interdiction, non seulement par les autres groupes politiques, mais encore par certains dirigeants du RDPT, soucieux d’assainir leur parti par l’élimination des extrémistes, opération qu’ils se reconnaissent incapables de réaliser eux-mêmes…
»

Les décrets de dissolution du RDPT et du PTM sont pris le 5 novembre 1963 en conseil des ministres en s’appuyant sur la loi du 10 janvier 1936 qui visait les « associations ou groupements qui auraient pour but de porter atteinte à l’intégrité du territoire national » (voir le sujet consacré à la doctrine Capitant, Les conditions du réveil des revendications en 1967). Le gouverneur écrit qu’il y a eu « un sentiment de soulagement chez de nombreux militants » (6).
Avec la dissolution du RDPT, c’est l’œuvre de Pouvanaa que le gouvernement français entend ruiner. Il espère donc avoir les mains libres pour implanter le CEP.

Remarque :
Le 14 novembre 1963, J-B. Céran-Jérusalémy dépose une question préalable (voir doc)  à l’assemblée sur la dissolution des deux partis. Les conseillers rejettent cette question par dix voix contre deux, quatorze membres de l’assemblée (RDPT pour la plupart) ne prenant pas part au vote. Le président de l’assemblée déclare que – conformément au quatrième alinéa de l’article 30 du règlement intérieur – les échanges de vues sur cette question ne seront pas publiés. Les PV n’en portent donc aucune trace. On remarquera qu’une majorité des conseillers semblait « contrariée » par la dissolution mais que le climat de répression ne leur permettait pas de s’exprimer librement.

(1) CAC, 940 165, article 15, note du gouverneur au ministre, 9 juillet 1963.
(2) CAC, 940 165, article 18.
(3) CAC, 940 165, article 15, 29 juillet 1963.
(4) Article 15. Note du 4 septembre 1963.
(5) Article 15. Note du 12 novembre 1963.
(6) Article 15. Note du 2 décembre 1963.

[J.M.Regnault]

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