Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le Here Ai’a -

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Les partis politiques

Le Here Ai’a (1)

Un successeur du RDPT ?

Après la dissolution du RDPT, les dirigeants et les membres du parti doivent faire attention de ne pas tomber sous l’accusation de « reconstitution de ligue dissoute », ce qui serait sévèrement puni.
Le député John Teariki et son beau-frère Henri Bouvier (un popa’a, homme aux convictions très marquées : anticolonialiste, anti-nucléaire… voir sa fiche biographique Henri Bouvier (1912-2005)) étudient néanmoins les possibilités d’organisation d’un nouveau parti qui maintiendrait la ligne politique du RDPT.
En 1964, tandis que le CEP s’installe, les craintes suscitées par la préparation des essais, tant sur le plan de la santé que des bouleversements économiques créent un environnement favorable à la naissance d’un nouveau parti. Le gouverneur écrivait d’ailleurs que « [les Polynésiens] ont la sensation d’être écrasés sous un régime d’occupation militaire » (2).

Témoignages et diverses sources permettent de préciser les circonstances de la création du Here Ai’a, tandis que les anciens du RDPT étaient étroitement surveillés.
Le nom (« Amour du pays ») aurait été trouvé par William Coppenrath. C’est à Faaone, chez Alexis Vairaaroa que le parti se serait constitué. Les statuts sont déposés le 9 février 1965. Pour ne pas apparaître comme la renaissance du RDPT, les statuts précisent que l’objectif du parti est « une évolution démocratique de la Polynésie française en étroite collaboration avec le peuple français et selon le préambule de la Constitution de 1958 ». L’organigramme fait apparaître d’autres noms que ceux des anciens dirigeants du RDPT. Le président est un cultivateur, Tete Parau et la secrétaire générale Stella Lehartel, la femme de « Coco » chef du district de Pueu (qui lui était bien RDPT). La plupart des ex-RDPT adhèrent au parti néanmoins.


Visite des leaders indépendantistes de Nouvelle-Calédonie. Au premier plan, assis, de gauche à droite, Rock Pidjot, Pouvanaa a Oopa, Francis Sanford

Des désaccords apparaissent vite au sein du nouveau parti : oppositions personnelles et divergences sur la stratégie. L’élection présidentielle de décembre 1965 divise profondément le parti. Il y a ceux (les plus nombreux) qui acceptent la proposition du gouverneur Sicurani : voter pour de Gaulle contre une libération de Pouvanaa, toujours en résidence surveillée et ceux qui, derrière J. Teariki bien isolé, espèrent cette libération d’une victoire de François Mitterrand. Finalement, si Pouvanaa obtient une remise de peine (six mois avant le terme) et s’il est libre de circuler en France métropolitaine, il est toujours non seulement interdit de séjour en Polynésie, mais aussi dans les autres territoires français du Pacifique. J. Teariki estime donc que ses « amis » ont en quelque sorte trahi le Metua ou se sont laissés abuser par le gouverneur. De plus, les « amis » ont adopté une attitude de plus en plus ambiguë envers le CEP quand J. Teariki durcit la sienne. Les conseillers Here Ai’a de l’assemblée, dont J. Tauraa, ont souhaité assister à la première explosion atomique début juillet à bord d’un navire de l’armée.

Le 2 juillet 1966, le Here Ai’a tient son congrès le jour même du premier essai atomique. Il adopte une motion appelant à soutenir et à « poursuivre la lutte pacifique sans relâche, par tous les moyens légaux, pour faire cesser définitivement ces dangereux essais ». Un nouveau bureau directeur est élu. Si Tete Parau reste président, il y a deux vice-présidents : Ida Bordes (sœur de J. Teariki) et Tama Teinauri. Il est vite évident que « l’âme du parti » est J. Teariki et « l’inspirateur » H. Bouvier.
Le congrès règle les problèmes internes. Ceux qui avaient soutenu de Gaulle ou cherché à empêcher la tenue du congrès sont exclus du parti et vont généralement rejoindre les formations gaullistes contre lesquelles ils avaient tant lutté à l’époque du RDPT. Sont ainsi exclus – parmi d’autres – les personnalités suivantes :

Jacques Tauraa, président de l’assemblée
Coco Lehartel, chef de Pueu
Félix Tefaatau, ancien adversaire du CEP (voir le sujet consacré au 6 février 1964)
Céline Oopa, belle-fille de Pouvanaa
Matani Mooroa, conseiller des Australes
Paul Tefaatau et Robert Pea, conseillers de gouvernement
Stella Lehartel, secrétaire générale du parti…

Les règlements de compte ne manquent pas, les exclus estimant qu’ils sont eux le « vrai » Here Ai’a. Les élections territoriales prouvent qu’ils ont tort. Aucun d’eux n’est réélu. Quant au score du parti dirigé en sous-main par J. Teariki, son score est modeste : 17,8 % aux Îles du Vent et 4 élus (J. Teariki, H. Bouvier, Jean Amaru et François Bordes), 18,7 % aux Îles Sous-le-Vent et 2 élus (William Tcheng et Adolphe Bohl) et 33 % aux Australes avec un élu (P. Hunter).

Par les hommes qui composent le parti et par les idées défendues, le Here Ai’a est bien le successeur du RDPT, tout en laissant sur le bord de la route des hommes et des femmes qui avaient été d’ardents militants. Néanmoins, il ne retrouve pas les succès de son prédécesseur. Il est vite concurrencé par le E’a Api de Francis Sanford (voir la fiche) qui bat J. Teariki aux élections législatives de mars 1967.

Le Here Ai’a trouve vite dans son concurrent le E’a Api un allié sur deux thèmes essentiels : la lutte contre le CEP et le combat en faveur de l’autonomie interne (qui se concrétise par le rapport Bouvier/Millaud de 1969 : voir la fiche). Cependant, peu à peu, le Here Ai’a passe au second plan dans la vie politique locale et le retour de Pouvanaa ne lui apporte aucun souffle nouveau. Les élections territoriales sont même défavorables aux autonomistes qui ne retrouvent qu’épisodiquement des majorités entre 1972 et 1977 grâce aux fréquents changements de camps de quelques conseillers.

À la veille des élections de 1977, H. Bouvier et J. Teariki se querellent et se séparent. Sans le premier, qui en était la cheville ouvrière, le parti se sclérose vite.

(1) J-M Regnault, Des partis et des hommes, Papeete, Haere Po No Tahiti, 1995.
(2) A-L. Grimald, Gouverneur dans le Pacifique, Berger-Levrault, Paris, 1990, p. 289.

[J.M.Regnault]

La dissolution du RDPT et du PTM 0 < Le Here Ai’a 1 < Naissance et développement du E’a Api de Francis Sanford 1965-1977 2 < De l’Union Tahitienne Démocratique (UTD) au Tahoera’a Huiraatira 3 < Naissance des mouvements indépendantistes 4

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