Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Naissance et développement du E’a Api de Francis Sanford 1965-1977 -

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Naissance du E’a Api de Francis Sanford(1) (1965-1977)

Francis Sanford (voir son portrait) devient, en mai 1965, le premier maire de Faaa érigée en commune. Un mois plus tard, le 9 juin, il participe à la fondation d’un nouveau parti, le E’a Api no Polinesia (= la Voie nouvelle de la Polynésie).

Le président du parti est Jean Millaud qui laisse la direction effective à l’un des vice-présidents, F. Sanford. Le parti dénonce les contradictions des leaders politiques locaux, leurs divisions et l’inconstance de leurs positions. Sur le thème du changement, il obtient ainsi des succès. F. Sanford est élu député en mars 1967 en battant le député sortant J. Teariki (voir Francis Sanford élu député Mars 1967). Si cette élection est acquise dans l’ambiguïté, rapidement, F. Sanford déclare se sentir libre envers quelque groupe que se soit. Son objectif devient clairement l’autonomie. Il poursuit l’idée également d’un renouvellement des mœurs politiques du pays dans lequel « les élus n’œuvrent qu’en faveur de leurs amis, sans tenir compte de l’intérêt général ».
Les élections territoriales de septembre 1967 confirment les premiers succès puisque son parti obtient six sièges aux Îles du Vent et un dans chacune des autres circonscriptions.

De 1967 à 1977, dans la majorité ou dans l’opposition, F. Sanford ne cesse de combattre pour l’autonomie… ou pour l’indépendance. En février 1977, il déclare :
« Pour moi, l’autonomie interne, c’est dépassé. Désormais je lutterai pour l’indépendance… Il y a dix ans, j’étais l’homme le plus détesté par les possédants pour avoir prononcé les mots d’autonomie interne. Je recommence dix ans après avec l’indépendance… L’autonomie interne est devenue quelque chose de respectable. Il en sera de même avec l’indépendance. Je suis persuadé qu’un jour, très vite, même, la Polynésie sera indépendante » (2).

Le parti a aussi vivement combattu la présence du CEP, participant aux combats des organisations anti-nucléaires en 1972 et 1973, notamment avec le « Bataillon de la paix » de Jean-Jacques Servan-Schreiber. F. Sanford écrit :
« L’implantation du CEP dans nos îles n’a apporté à la Polynésie qu’une fausse prospérité n’ayant profité qu’aux plus riches ; elle a freiné considérablement le développement d’une économie saine ; elle a multiplié les faux besoins, la délinquance juvénile et la criminalité, la pollution radioactive de notre environnement et rend plus nombreux les cas de cancer et de leucémie (dont les statistiques sont tenues secrètes) et elle a empêché toute évolution démocratique de nos institutions » (3).

Le parti a compté des hommes de talent et efficaces. Jean Millaud a retrouvé la présidence de l’assemblée en alternance avec J. Teariki entre 1967 et 1972 et il fustige fréquemment l’Administration d’État. Daniel Millaud a préparé des dossiers solides pour l’assemblée.


Le Front uni en 1977. Au fond, autour de Francis Sanford, John Teariki et Frantz Vanizette. A gauche, Emile Le Caill et Paul Bourgeois. A droite, Maco Tevane et Yannick Amaru.

Les résultats électoraux sont contrastés. Aux élections territoriales de 1972 les autonomistes (listes séparées Here Ai’a et E’a Api) n’ont plus que 10 sièges au lieu de 15 en 1962, mais il est vrai qu’il est difficile de situer exactement 11 élus sur des listes aux objectifs peu clairs qui passeront d’un camp à l’autre pendant la mandature. Aux élections législatives de 1968 et 1973, F. Sanford se représente avec J. Teariki comme suppléant et se fait réélire malgré les manœuvres du gouverneur et du Gouvernement central (voir La naturalisation massive de 1973).
Le 16 février 1974, F. Sanford dépose une question écrite au Premier ministre lui demandant « s’il compte organiser en Polynésie française un référendum sur l’indépendance de ce Territoire ». Quelques semaines plus tard, la campagne présidentielle permet aux autonomistes de recueillir l’appui de F. Mitterrand sur l’évolution statutaire et les transformations du CEP. Le candidat socialiste obtient 50,3 % des voix au premier tour et 51,4 % au second. Ces résultats permettent à F. Sanford d’affirmer que les autonomistes sont bien majoritaires en Polynésie.

Avec l’élection de Giscard d’Estaing, surtout après le départ du Premier ministre J. Chirac, la revendication statutaire trouve un écho plus favorable (voir le sujet consacré à l’évolution statutaire), à la fois au niveau national et au niveau local. Toutefois, les autonomistes se heurtent au parti de G. Flosse. Pour montrer la popularité de l’idée autonomiste (voire indépendantiste), F. Sanford démissionne de son mandat de député en juin 1976. Il est réélu en septembre avec 55,75 % des voix contre G. Flosse qui n’en recueille que 34,1 %. Fort de sa victoire, il déclare le 12 septembre 1976 : « l’indépendance n’est pas un crime, c’est un idéal ». il promet même que pour ceux qui sont « au fond du trou », l’indépendance « sera l’espoir d’une répartition plus égale et plus juste de la richesse ». Conviction profonde ou déclaration qui sonne comme une menace dans les négociations avec le Gouvernement central ?

Les négociations en vue d’un nouveau statut s’engagent désormais plus facilement et les autonomistes, grâce à des compromis, obtiennent le statut dit d’autonomie de gestion du 12 juillet 1977. La nouvelle assemblée élue le 29 mai 1977 est majoritairement autonomiste et elle a approuvé le compromis le 7 juin.

C’est un succès du E’a Api, mais c’est aussi sa faiblesse : le compromis n’aboutit qu’à des institutions qui ne vont pas très loin et le problème des essais nucléaires est mis de côté. Le parti et son leader vont rapidement se trouver confrontés à l’opposition des anciens anti-autonomistes qui se convertiront à une autonomie qui voudrait aller plus loin que celle de 1977 et aux nouveaux partis indépendantistes (Ia Mana et Tavini) qui reprendont le flambeau anti-nucléaire.

(1) J-M Regnault, Des partis et des hommes, Papeete, Haere Po No Tahiti, 1995.
(2) P. Mazellier, De l’atome à l’autonomie, 1989, p. 542.
(3) Ouvrage collectif, Le Bataillon de la Paix, Paris, Buchet-Chastel, 1974, p. 57-58. Texte écrit en fait par Henri Bouvier selon les témoignages de ce dernier et de F. Sanford.

[J.M.Regnault]

La dissolution du RDPT et du PTM 0 < Le Here Ai’a 1 < Naissance et développement du E’a Api de Francis Sanford 1965-1977 2 < De l’Union Tahitienne Démocratique (UTD) au Tahoera’a Huiraatira 3 < Naissance des mouvements indépendantistes 4

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