Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - De l’Union Tahitienne Démocratique (UTD) au Tahoera’a Huiraatira -

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De l’Union Tahitienne Démocratique (UTD) au Tahoera’a Huiraatira

Le tableau ci-après nous montre « l’ascendance » politique du Tahoera’a. Le parti UDSR qui connut une scission en 1955 avait pour rival le parti RPF qui se voulait fidèle au général de Gaulle. Une première union se réalisa, fin 1957, pour les élections territoriales avec les deux UDSR, divers petites formations et avec des personnalités indépendantes. Après la victoire de Pouvanaa l’opposition chercha encore à mieux se regrouper. En avril 1958, était créée l’Union tahitienne démocratique (UTD). D’abord fragile, cette union se mua en parti politique, surtout après le retour du général de Gaulle au pouvoir. Des membres de ce qui restait du RPF vinrent peu à peu s’agréger au mouvement gaulliste constitué dès avril 1958.
L’UTD reçut l’aide du parti gaulliste, l’UNR, et du gouvernement central. En 1962, l’UTD se divisa en perdant Alfred Poroi et ses amis (1). Autour de Rudy Bambridge, Gérald Coppenrath et Gaston Flosse qui émergeait progressivement, se créa l’UT-UNR, remplacée en 1968 par l’UT-UDR (2). Le gaullisme était désormais bien implanté en Polynésie, même s’il resta longtemps encore minoritaire. Mais les institutions de l’époque avec un gouverneur puissant et représentant fidèle du gouvernement central, les volontés du Général ne souffraient guère d’opposition. Les relations entre les gouverneurs et l’UT-UNR étaient étroites, malgré des heurts entre certains élus UT-UNR et les administrateurs d’État. L’Église catholique et l’Armée apportaient également un soutien appuyé au parti (3).

Le comité directeur de l’UT-UDR réuni le 24 juillet 1971 prit une décision importante. Rudy Bambridge souhaita laisser la place de président à Gaston Flosse qui occupa dès lors une place de premier plan dans la vie politique polynésienne. Devenu président d’honneur du parti, Rudy Bambridge s’expliqua lors du congrès de l’UT-UDR, en présence de René Tomasini, secrétaire général de l’UDR :
"Il fallait éviter la sclérose […] j’ai cru de mon devoir de demander à une personnalité plus jeune qui avait fait la preuve de son sens de l’organisation de prendre la relève. Ceci malgré votre avis [René Tomasini] et de celui de nos amis métropolitains. Vous pouvez maintenant être rassurés […] le nouveau président de l’UT-UDR est efficace" (4 mars 1972).

Peu à peu, les gaullistes locaux comprirent que pour l’emporter un jour, il leur faudrait prendre des « couleurs locales », comme l’avaient déjà fait les autres partis. Ce fut réalisé avec la création du Tāhō’ēra’a Huira’atira, appellation décidée au congrès de 1972. Notons que déjà, en 1958, est paru un bulletin en langue tahitienne dirigé par Nedo Salmon et dans lequel écrivait Rudy Bambridge. Ce bulletin, organe de l’UTD, s’appelait Te Tahoeraa, Ve’a na te Tahoeraa Maohi Hau Huiraatira. Le parti UTD se déclinait également – expression qu’on ne retrouve que rarement – sous le nom Te Tahoeraa Maohi Hau Huiraatira.

Le changement de nom n’est qu’un élément de la transformation. L’emblème du parti devînt le fei, ce fruit de couleur orange avec un régime qui monte vers le ciel. Chaque fei est attaché solidement autour de la tige centrale. Les fruits serrés les uns contre les autres symbolisent les militants unis autour de leurs dirigeants et « en particulier de leur chef » (4). Aux élections législatives de 1973, les bulletins de vote de Gaston Flosse sont de couleur orange.

Toutefois, l’utilisation du nouveau nom ne devînt courante que progressivement. Aux élections territoriales de septembre 1972, comme aux législatives de 1973, le parti porte le nom complexe d’Union Tahitienne-Tahoera’a maohi UT-UDR. En mars 1975, Gaston Flosse s’exprime au nom du Tahoera’a Huiraatira et de l’UT-UDR.

Si le site internet du parti indique que le parti est devenu le Tāhō’ēra’a Huira’atira en 1977, c’est parce qu’à cette date l’appellation officielle (UT-UDR) disparut. Il est vrai qu’en métropole l’UDR fut aussi remplacée par le RPR. Le parti orange était désormais indépendant du parti français, même si ses leaders appartenaient à titre personnel au RPR (G. Flosse avait participé à sa création).

(1) On peut voir dans l’origine de cette scission les ambitions d’Alfred Poroi qui s’appuie sur les protestants pour s’emparer du siège de sénateur détenu par le catholique Gérald Coppenrath.
(2) En métropole, l’UNR se mua en UDR en 1968. Le sigle signifiait Union pour la Défense de la République, dans le contexte de mai 1968. En 1971, le sigle changea de signification : Union des Démocrates pour la République. En 1977 l’UDR fut remplacée par le RPR.
(3) Ces affirmations sont facilement contrôlables à la lecture de la presse et des procès-verbaux de l’assemblée territoriale.
(4) D’après le site internet du parti.

[J.M.Regnault]

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