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Contexte historique local

La société d’après-guerre dans les ÉFO

La vie quotidienne

Sur les mentalités et sur la situation sanitaire, l’article de Valenziani apporte un éclairage particulier : Valenziani C., « Enquête démographique en Océanie française », BSEO, Papeete, juin-septembre 1949. (voir doc)

Le RDPT a jeté un regard sévère sur la vie quotidienne réservée au peuple tahitien, bien éloignée selon lui du mythe du paradis terrestre. Le projet politique de 1949 stigmatise ainsi "Les conditions sanitaires et sociales restent à l'état primaire, faute de vouloir prendre argent où il est. Nos gosses manquent de lait, mais les magasins regorgent d'alcool pour le plus grand profit du gros négoce".
Le RDPT propose de développer « la lutte contre les fléaux qui font des ravages parmi nos populations (syphilis, filariose, tuberculose sans oublier la lèpre), par la multiplication rapide des installations sanitaires à Tahiti et dans les îles, et l'encouragement à la pratique du sport pour nos jeunes gens et jeunes filles ». Le Septième Congrès des Sciences du Pacifique tenu en Nouvelle-Zélande du 2 au 22 février 1949 confirme la gravité des fléaux qui s’abattent sur les populations océaniennes.

Il faut se rappeler l’isolement des ÉFO. En bateau, il faut 45 jours pour relier Marseille à Papeete. Les transports avec la métropole se sont rétablis lentement (voir les événements marquants : "le retour des Volontaires") avec des navires vétustes et inconfortables et en 1950 encore, il n’y a eu aucun navire venu de métropole entre le 29 mai et le 14 octobre. Les liaisons aériennes sont rares et hasardeuses (voir le DC4 d’Air France à Bora Bora le 30 mars 1950). Dans un de ses rapports, Lassalle-Séré souligne à quel point les ÉFO sont loin de la métropole :
"Les ÉFO sont rattachées à la France par des liens trop lâches ; le courrier par avion met un mois et demi, les bateaux français sont lents et hors d’âge. Ils touchent Papeete tous les 2 ou 3 mois. Les bateaux étrangers donnent au port son activité qui est considérable pour un si petit territoire. On trouve des yachts américains le long des quais…"

Après-guerre, le réseau routier se constitue peu à peu à Tahiti… et les automobilistes l’utilisent de plus en plus. En 1948, la circulation moyenne journalière sur la côte est était de 5 voitures. En 1952, alors que les travaux sont encore en cours, la moyenne est passée à 102 ! (discours du président Leboucher, séance du 21 novembre 1952).
Le Territoire est mal équipé en réseau téléphonique surtout en direction des archipels. Le gouverneur fait remarquer que l’opinion publique, relayée par l’assemblée représentative est peu favorable aux grosses dépenses d’équipement et aux engagements à longue échéance (lettre du 28 juin 1946). C’est un élément qui va effectivement retarder une modernisation du pays.

À plusieurs reprises se pose le problème des terres et de l’indivision. « Il faut dès maintenant une politique de la terre indigène, écrit un ancien notaire, car elle sera un facteur déterminant dans les troubles à venir » (15 septembre 1949). Cela reste un vœu pieu.
Les libertés publiques ont été longues à se mettre en place dans les ÉFO. Quelques exemples l’illustrent. Le gouverneur dépose une plainte auprès du procureur, le 30 mai 1947, parce qu’un certain Pierre Tixier, au cours d’une réunion publique, aurait dit à ses voisins que les propos du chef du Territoire étaient inexacts. “De tels faits, écrit le gouverneur, sont prévus et sanctionnés par l’article 2 du décret du 10 avril 1935, comme portant publiquement atteinte au respect dû à l’autorité française”. Mais cette partie du décret de 1935 est abrogée quelques mois plus tard. L’assemblée représentative réclame, encore dans sa séance du 13 décembre 1950, la suppression de l’interdiction de formuler des pétitions.
Dans les ÉFO, les textes sur la liberté de la presse ne sont pas promulgués. Des Polynésiens se plaignent de cette absence de liberté, d’autant que les journaux en langues locales sont également soumis à autorisation.

En matière judiciaire, il existe, depuis 1850, une “cour criminelle”, à la place d’une cour d’assises, plusieurs fois remaniée, notamment par un décret du 10 mai 1944. Or, les quatre jurés qui participent à cette cour sont choisis sur une liste qui laisse apparaître des discriminations sociales que le juge Calinaud a qualifiées de “peu conformes à la Constitution”. La cour criminelle n’est remplacée par une cour d’assises qu’en mars 1984.

[J.M.Regnault]

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