Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Naissance des mouvements indépendantistes -

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Les partis politiques

Naissance des mouvements indépendantistes (1)

Le RDPT était-il un parti indépendantiste ? Toutes les interprétations sont possibles compte tenu de deux facteurs : les mots utilisés en reo maohi par Pouvanaa peuvent faire l’objet de traductions diverses et le contexte répressif de l’époque ne permettait pas de s’afficher clairement indépendantiste.
C’est vers 1975 que de nouveaux mouvements indépendantistes commencent à émerger. Ils restent marginaux les premières années.

Charlie Ching, un neveu de Pouvanaa, demande, fin 1975, l’autorisation de former un parti, le Te Taata Tahiti Tiama (ou TTTT) qui signifie « le Tahitien indépendant ». Les statuts déposés officiellement définissent l’objectif : l’INDÉPENDANCE. Mais la lecture des statuts ne laisse pas apparaître de réelle nouveauté par rapport aux revendications du RDPT. Cependant, il existe une section d’action terroriste au sein du parti : le Te Toto Tupuna (le sang des ancêtres). Celle-ci fait parler d’elle avec l’assassinat de l’officier de marine d’Anglejean et le dynamitage de la poste de Papeete en 1977.

Le 15 novembre 1975 est fondé le Ia Mana te nunaa (Que le peuple prenne le pouvoir) avec Jacqui Drollet, Jean-Paul Barral, Turo Raapoto, Henri Hiro, Peni Atger, Émile Teihotaata et Philippe Siu. Ils avaient formé dès 1973 une structure informelle de réflexion. Les hommes politiques de l’époque sont sévèrement jugés. En raison de leur « infantilisme », l’État est conforté dans son refus de toute évolution statutaire. Les responsables politiques seraient tous finalement des défenseurs des « capitalistes ». Ils n’auraient aucun programme réel et aucune idéologie. C’est donc une orientation « de gauche » que le nouveau parti voudrait insuffler à la Polynésie. En 1976, le parti s’élargit et publie une déclaration de principe se fixant pour objectif « le bien commun et non le profit privé » qui ne peut être atteint que par « la socialisation progressive des moyens d’investissement, de production et d’échanges ». Le parti opte pour un socialisme autogestionnaire. Résolument laïque, le parti ne commence pas ses réunions par la prière. Il se dote peu à peu de structures et d’une idéologie qui s’affine et s’affirme. On peut dire même qu’elle se radicalise, sans s’éloigner du combat démocratique. Le premier congrès a lieu à Papenoo avec une cinquantaine de militants, en décembre 1976. Le parti ne se prononce pas encore pour l’indépendance – à laquelle il déclare ne pas être opposé – car « la Polynésie est un pays assisté… incapable de se passer de l’aide d’une métropole » (2).

Après un échec aux élections municipales à Faaa, en mars 1977, Oscar Temaru fonde un parti, le 20 avril suivant, le "Front de Libération de la Polynésie" (FLP). Trente-et-une personnes assistent à la réunion parmi lesquelles Charles Tetaria, Coco Mamatua et Désiré Tokoragi. Les revendications sont très modérées. Oscar Temaru explique à la presse que le mot « libération » doit s’entendre dans le sens de la libération de l’emprise des politiciens qui dominent la vie politique locale et n’ont pas su résoudre les problèmes économiques, sociaux et culturels qui intéressent les Polynésiens. Il dénonce le CEP qui a engendré « la politique de la facilité ». Il pose un constat : « le Polynésien a été habitué à vivre au-dessus de ses moyens ». Ses propositions se résument à deux « chevaux de bataille » : créer un impôt sur le revenu et réformer le système politique affairiste. Sur le plan statutaire, il n’en est pas encore à la revendication d’indépendance : un statut d’autonomie interne au sein de la République lui conviendrait. La radicalisation des positions ne tarde toutefois pas.
Pendant plusieurs années, le FLP ne fait guère parler de lui, et Oscar Temaru n'est pas connu en dehors de Faaa. Aux élections territoriales du 29 mai 1977, le FLP n’obtient que 498 voix aux Îles du Vent (1,5 % des suffrages). Le score est identique aux Îles sous-le-Vent.


De droite à gauche, Jean-Paul Barral, Jacqui Drollet, Henri Hiro, Emile Teihotaata, Philippe Siu.

(1) J-M Regnault, Des partis et des hommes, Papeete, Haere Po No Tahiti, 1995.
(2) Bulletin de liaison n°2, avril 1977.

[J.M.Regnault]

La dissolution du RDPT et du PTM 0 < Le Here Ai’a 1 < Naissance et développement du E’a Api de Francis Sanford 1965-1977 2 < De l’Union Tahitienne Démocratique (UTD) au Tahoera’a Huiraatira 3 < Naissance des mouvements indépendantistes 4

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