Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - De Gaulle en voyage -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Les événements marquants | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1953-1957. L'instabilité | Visite du général de Gaulle | De Gaulle en voyage

La visite du général de Gaulle

4) De Gaulle en voyage

Il faut savoir interpréter les discours du Général, surtout quand il est en voyage et encore plus quand il n’a aucune fonction politique. Rappelons une anecdote. Au cours de l’entretien qu’il accorde à Jacques Foccart, le 2 novembre 1967, le Général est très en colère contre Pierre Billotte, ministre des DOM-TOM, qui aurait, de son propre chef, encouragé Francis Sanford, député, et Alfred Poroi, sénateur, - tous deux de Polynésie - à demander l’extension des attributions des conseillers de gouvernement, c’est-à-dire un retour à la loi-cadre de 1956. « C’est ridicule ! C’est grotesque ! » tempête le Général. « Ce Billotte est assommant, dit-il encore, c’est un politicien et il ne vaut pas mieux que Sanford et Poroi ». Foccart lui explique que Billotte avait interprété les paroles du Général à Papeete en septembre 1966 (le Général se serait simplement enquis des attributions des conseillers). De Gaulle réplique alors : « Mais c’est ridicule, c’est stupide ! Ce n’est pas parce que je vais dire telle ou telle chose en voyage, et il y a plus d’un an de cela, que maintenant il faut en tirer une conclusion. Ce Billotte! (1) »

Ainsi donc s’expliqueraient les contradictions du Général. Il reconnaissait qu’au cours de ses voyages, il lui arrivait de prononcer des paroles auxquelles il n’y avait pas lieu de porter attention. Il faudrait le dire à ceux qui étaient présents à Mostaganem en 1958 (où le Général s’est écrié : « vive l’Algérie française ») et à Montréal en 1967 (avec le fameux « vive le Québec libre »). Des “paroles historiques” ne font pas forcément bon ménage avec la réalité historique.

Quant à l’appui porté à l’aéroport, il faudrait peut-être le replacer dans la pratique des promesses des grands voyages. Certes, le Général n’a aucun pouvoir à l’époque, mais son charisme fait sans doute croire à ses hôtes qu’il peut beaucoup.

Tout appelle donc à la prudence, mais d’autre part, rien n’interdit de formuler des hypothèses, à condition de bien utiliser un certain nombre de sources.

En guise de conclusion

Retenons des considérations qui précèdent ces éléments :
1/ En août 1956, de Gaulle n’a aucune qualité pour décider quoi que ce soit.
2/ Rien n’empêche un promeneur solitaire de rêver, de rêver à la grandeur de la France qui implique - dans son esprit - la possession de l’arme atomique, de rêver qu’un jour il reviendra au pouvoir, de rêver qu’il lui faudra décider d’un lieu propice à des essais nucléaires. Il peut alors se laisser aller à quelques paroles obscures, histoire de prendre date. On ne sait jamais...
3/ Rien n'empêche de penser que de Gaulle, dans la douceur tropicale, se soit laissé allé à quelque prophétie sur un monde détruit et à reconstruire…
Et il y aura toujours des admirateurs (ou des détracteurs) pour dire que de Gaulle, décidément, était un visionnaire...

(1) Jacques Foccart, Tous les soirs avec de Gaulle. Journal de l'Elysée, tome 1, 1965-1967, Fayard, Jeune Afrique, 1997, p.753.

[J.M.Regnault]

30 août-2 septembre 1956 0 < De Gaulle et les Tahitiens 1 < De Gaulle et l’énergie atomique 2 < De Gaulle en voyage 3

Retour en haut de page