Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L’anti-gaullisme rapproche encore davantage F. Mitterrand et les autonomistes 1959-1977 -

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F.Mitterrand et la Polynésie française

L’anti-gaullisme rapproche encore davantage F. Mitterrand et les autonomistes 1959-1977

Comme Pouvanaa – mais pour des raisons différentes – F. Mitterrand appelle à voter NON au référendum de 1958.
Tandis qu’il ne reste plus à la France que des « confettis d’empire », F. Mitterrand choisit aussi les problèmes liés à leur gestion. Il le montre à propos du référendum en Côte française des Somalis en 1966. Il est aussi un adversaire déclaré et catégorique de la force de frappe française voulue par de Gaulle. Naturellement, un rapprochement s’esquisse entre certains autonomistes de Polynésie et lui. Des tractations avec J. Teariki, il ressort qu’en cas de victoire à la présidentielle de 1965, F. Mitterrand ferait libérer Pouvanaa et arrêterait les essais nucléaires. Toutefois, très réalistes, la plupart des amis de J. Teariki – influencés aussi par le gouverneur Sicurani – pensent au contraire qu’il ne faut pas contrarier le futur vainqueur – le général de Gaulle – et qu’il faut donc voter pour ce dernier.
Au premier tour, le 5 décembre 1965, F. Mitterrand recueille en Polynésie 27, 7 % des suffrages et au second tour – le 19 décembre – il en obtient 40, 2. Le résultat semble remarquable, la plupart des leaders politiques ayant appelé à voter de Gaulle. A. Poroi, par exemple, qui avait eu avec F. Mitterrand des contacts cordiaux en 1950, fait campagne contre lui en le présentant comme « le candidat de la gauche, donc des communistes athées ».

F. Mitterrand s’intéresse au cas de Pouvanaa, sans doute en liaison avec F. Sanford. Il dépose une question écrite auprès du ministre d’État des DOM-TOM, le 21 mai 1968, c’est-à-dire pendant la tourmente des événements du printemps. Il demande « s’il ne paraît pas opportun de rapporter un arrêté (qui interdit à Pouvanaa un retour en Océanie) aux conséquences si fâcheuses sur le double plan humanitaire et politique… ». Pouvanaa rentre au Fenua fin novembre, mais ce n’est pas grâce à F. Mitterrand (voir le sujet consacré au retour de Pouvanaa).

En 1969, alors que les autonomistes sont majoritaires à l’assemblée, les Polynésiens participent au retrait du général de Gaulle en votant eux aussi négativement au référendum du 27 avril sur la régionalisation et la réforme du Sénat.
Les événements de 1968 n’avaient pas été favorables à F. Mitterrand et ce désaveu de l’opinion ne lui permet pas de se présenter à l’élection présidentielle qui suit. La force des autonomistes se mesure alors à leur soutien à Alain Poher qui recueille dès le premier tour du 1er juin 1969 une majorité absolue des suffrages (51, 2%) ainsi qu’au second tour (51, 8%).

F. Mitterrand reste favorable à l’autonomie la plus large. Il écrit : « il n’est d’émancipation coloniale comme il n’est de révolution sociale que globale et irréductible » (1).
En octobre 1970, il met en garde le Gouvernement de Chaban-Delmas : « Dans chacun de ces territoires [les TOM], on observe des mouvements d’opinion presque tous fondés sur la situation économique, mais qui trouvent aussi racine dans les rapports humains, de fâcheux rapports humains qui, malheureusement, n’ont pas été corrigés par l’expérience des dernières décennies ».
Ces différents propos, certes, assez durs, ne doivent pas être mal interprétés. Quand il évoque Tahiti, F. Mitterrand reste attaché à la présence française :
« Tahiti n’a pas d’autre perspective – je l’espère et on le pense sans doute là-bas – que de rester dans l’ordre français […] Les Polynésiens, les Tahitiens ne s’éloigneront pas de la France, s’ils se sentent chez eux, s’ils peuvent aller vers le progrès, vers plus de liberté, s’ils acquièrent l’égalité dans les chances de développement, dans la protection sociale et la défense de leurs intérêts économiques » (2).

Contrairement à toutes les rumeurs qui ont couru, il n’a jamais voulu « larguer » le Territoire. Même à l’époque du « Programme commun » (3), à l’élection présidentielle de 1974, s’il promet qu’une fois élu, il accorderait l’autonomie interne, il émet le vœu que la Polynésie choisisse de rester française. Il le répète quand il vient visiter le Territoire en avril 1975. Tout au plus admet-il que la population pourrait être consultée à ce sujet. « Si je laisse parler mon cœur, dit-il à ses interlocuteurs, je souhaite que nous restions ensemble, si je laisse parler ma conscience politique, il vous appartient d’en décider ».
En 1974, le soutien des autonomistes, permet à F. Mitterrand de recueillir un peu plus de 50 % des voix au premier tour de la présidentielle. Le 19 mai, pour le second tour, il en obtient 50, 5 % face à Giscard d’Estaing.

F. Mitterrand soutient encore les autonomistes dans leur combat pour une réforme du statut. Cependant, il est en train d’évoluer sur la question nucléaire. En 1965, les forces de gauche étaient hostiles à la politique de Défense préconisée par de Gaulle. Le « Programme commun de gouvernement de la gauche », adopté en 1972, était encore très clair : la gauche renoncerait à « la force de frappe nucléaire stratégique ». En réalité, candidat à la présidence de la République en 1974, F. Mitterrand n’exclut pas que des essais souterrains puissent avoir lieu… avec l’accord des populations locales.

(1) F. Mitterrand, Ma part de vérité, Fayard, 1969, p. 28.
(2) Débat à l’AN, 23 octobre 1970.
(3) Dans le « Programme commun », le droit à l’autodétermination des DOM-TOM est reconnu, mais cela ne signifie pas que la voie était ouverte à l’indépendance. Il s’agit davantage de décentralisation poussée, en concertation avec les élus locaux. Pour que toute ambiguïté soit dissipée, le programme prévoit qu’il y aura « maintien des concours économiques et financiers de la métropole ».

[J.M.Regnault]

Le soutien aux opposants à Pouvanaa jusqu’en 1956 0 < Vers le soutien aux autonomistes (1954-1958) 1 < L’anti-gaullisme rapproche encore davantage F. Mitterrand et les autonomistes 1959-1977 2 < Le candidat à la présidentielle de 1981 3 < Les paradoxes de l’autonomie 4 < Le président de la République 5

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