Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le problème chinois -

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Le problème chinois

Les traditionnels problèmes liés aux demandes de naturalisation ou d’autorisation de retour se poursuivent suscitant les mêmes réactions, comme celle de Pierre Hunter : « Si nous admettons la venue d’un Chinois, il en viendra d’autres et nous avons déjà assez d’Asiatiques ici à Tahiti » (PV de l’AT du 11 avril 1953). Le problème chinois (voir doc) apparaît nettement dans d’autres débats de l’assemblée au moindre prétexte.

C’est le cas par exemple au sujet des taxes dont les étrangers et les Chinois en particulier doivent s’acquitter et qui apportent des ressources importantes au budget du Territoire (déclaration du secrétaire général le 13 mars
Chinois du Kuo Min Tang
dans les années 50.
1954). Or, cette taxe rentre très mal et l’Administration doit lancer des poursuites judiciaires. Forts de cette information, des conseillers interviennent avec véhémence lors de la séance du 26 mars 1954.

Alfred Poroi demande si on ne pourrait pas les expulser.
« Les expulser où ? » demande le secrétaire général.
« Dans leur pays, en Chine » réplique le maire de Papeete.
- Le SG : « C’est impossible, le Consulat de Sa Majesté britannique refuse les visas de transit par l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ».
- A. Poroi : « Ne pourrait-on pas demander aux Messageries Maritimes de les embarquer sur un de leurs navires ? Je serais prêt à voter les crédits qu’il faudrait pour cela ».
- Le SG : « La législation internationale échappe au contrôle de cette assemblée et même à celui de l’Administration… Le choix de 800 asiatiques sur les 6 000 que compte Papeete ne sera pas tellement aisé. Je sais que le problème de leur expulsion a été posé bien des fois, mais n’a jamais été résolu dans l’état actuel de la législation.
Les Chinois n’ont aucun papier les autorisant à retourner en Chine, par contre ils ont été admis à travailler dans le Territoire. Il faut donc auparavant étudier de très près nos pouvoirs en la matière
».
- Walter Grand : « Je suis d’avis qu’on envoie une dizaine ou une vingtaine d’Asiatiques à Taravao pour débrousser les pâturages. Cela donnerait certainement à réfléchir à leurs compatriotes qui abusent de l’hospitalité dont ils bénéficient en Océanie ».
- Franck Richmond : « Il serait bon que l’assemblée se prononce sur le rajustement des effectifs asiatiques admis dans ce Territoire. [Il faudrait] faire une demande au Département de la France d’Outre-Mer de fixer le contingent d’Asiatiques admis à résider dans le Territoire. [Ce serait] une mesure de défense de notre jeunesse qui grandit et trouve tout envahi par les Chinois ».
- Le SG : « Il n’en arrive plus… ».
- A. Poroi : « Mais il en naît tous les jours ».
- N. Ilari : « L’institution d’une taxe sur les naissances applicables à partir du deuxième enfant pour les Asiatiques permettrait peut-être d’en limiter le nombre ».
- A. Poroi : « Les Tahitiens se sont donnés à la France et non pas à la Chine ».

A. Poroi propose encore qu’on envoie les Chinois en excédent aux Kerguelen. Le débat prend une tournure que le secrétaire général veut arrêter. Il fait alors la leçon aux conseillers :
"Il est utopique de penser que, dans le monde actuel, qui s’est soulevé contre des exactions exercées par certains pays contre les minorités qui, aujourd’hui mènent une campagne extrêmement stricte contre certaines théories politiques qui permettraient de refaire ces exactions, il serait vain de supposer que nous pourrions prendre 1 000, 2 000 ou 5 000 Chinois pour les installer sur un rocher au milieu du Pacifique. Sur le plan humain, ce serait inconcevable."

D’autres occasions se présentent pour faire entendre des récriminations identiques. Par exemple, le 8 décembre 1954, l’assemblée doit se prononcer sur les allocations accordées aux organismes d’enseignement.

Franck Richmond constate qu’il y a 40 % de Chinois dans les écoles libres contre 10 % environ dans les écoles laïques. Son intervention, même si elle reprend - sans qu’il l’approuve totalement – une hostilité que l’ensemble des Tahitiens partageraient, est révélatrice du malaise qui persiste, doublé par la volonté de nombreux conseillers de réduire le budget du Territoire :
"Pour les Tahitiens, les Chinois sont un danger, car l’Asiatique, de par ses qualités de sobriété, de travail, d’intelligence, peut battre les jeunes Tahitiens dans les emplois.
[…] Notre race est sympathique, mais ce n’est pas suffisant pour tenir des emplois sérieux ; elle est trop légère.
[…] Le chef de service de l’Enseignement pourrait fixer la proportion des étrangers pouvant recevoir l’instruction française.
Voici l’opinion unanime des Tahitiens : nous vous avons élus, nous payons l’instruction, ce n’est pas pour faire instruire les Chinois.
[…] Nous demandons que l’effectif d’étrangers soit fixé à un pourcentage raisonnable.
"

A. Poroi, toujours dans le souci d’épargner le contribuable tahitien s’inquiète des travaux d’agrandissement nécessités dans les écoles qui « regorgent » d’enfants (sous-entendu à cause de l’afflux des Asiatiques) et demande que l’Administration mettent les associations chinoises dans l’obligation de rouvrir leurs écoles.

Le secrétaire général, fort gêné, rapporte que les demandes sont nombreuses pour que l’Administration empêche les diplômés asiatiques de prendre des places qu’il faudrait réserver aux Tahitiens. De plus, il constate que si les écoles chinoises ne fonctionnent plus, c’est parce que les écoles françaises sont meilleures. Il rappelle à ceux qui font semblant de l’ignorer que les Chinois ne sont pas citoyens français.

[J.M.Regnault]

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