Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le candidat à la présidentielle de 1981 -

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F.Mitterrand et la Polynésie française

Le candidat à la présidentielle de 1981

Les autonomistes F. Sanford et J. Teariki ayant obtenu de Giscard d’Estaing le statut de 1977, ils semblent s’en contenter… et oublient F. Mitterrand en soutenant le président sortant en 1981. J. Teariki écrit que Valéry Giscard d'Estaing est « le garant de notre qualité de vie ». F. Mitterrand représenterait « le danger du collectivisme » et en plus, il ne serait pas chrétien.

Le candidat socialiste, de son côté est resté clair. Pour lui, le statut de 1977 a rendu la Polynésie plus dépendante que jamais de la métropole :
« Le conseil de gouvernement peut donner l’impression de gérer effectivement les affaires locales, l’absence d’un développement économique réel, fait que la Polynésie n’a jamais été aussi dépendante de la métropole […] Il faut donc remplacer la politique d’assistance pratiquée par le Gouvernement central, par une politique de développement économique et social » (1).

La veille du second tour, il revient à la charge :
« Il est insupportable que la réforme de 1977, au lieu de donner aux Polynésiens les moyens de prendre en charge le devenir de leur Fenua, ait abouti à faire du conseil de gouvernement un perpétuel quémandeur de subsides par le truchement des conventions… Je veux que les Polynésiens prennent en main leur destinée… Si les Polynésiens estiment qu’il faut améliorer ou modifier le statut actuel, je m’engage à le faire en étroite concertation avec tous les partis, avec toutes les îles… D’ores et déjà, l’autonomie réelle passe par la suppression des pouvoirs exorbitants du haut-commissaire. Il faut que les conseillers de gouvernement aient la pleine responsabilité de la gestion sous la responsabilité de l’un des leurs, librement choisi » (2).


De gauche à droite, Georges Marchais, François Mitterrand, Robert Fabre, les leaders de l'Union de la Gauche

Le projet du candidat est plus proche des revendications de G. Flosse (lequel s’est rallié à l’idée d’autonomie interne) que de ses anciens alliés autonomistes. Il annonce qu’il reconnaît aux populations d’outre-mer le droit de choisir leurs institutions politiques et qu’il respectera leur volonté.
Ainsi, F. Mitterrand peut affirmer que si ses anciens amis autonomistes ont changé, lui, il n’a pas varié. Il confie à La Dépêche, le 23 avril 1981 :
« En 1974, ils appelaient à voter pour moi afin que la Polynésie soit présente à la victoire de la démocratie et de la justice sociale. Je vous renvoie à leur déclaration de l’époque. Moi, je n’ai pas changé ».

En réalité, de même que les autonomistes traditionnels ne font plus du combat anti-nucléaire une priorité (leur « alliance » avec VGE le montre), F. Mitterrand poursuit sur la question l’évolution déjà entamée. Sous l’influence de Charles Hernu et de Jean-Pierre Chevènement, le parti socialiste se rallie progressivement (c’est réalisé en 1977) à la politique de dissuasion nucléaire. «Elle est la seule qui puisse être actuellement de nature à éloigner les dangers de conflit » reconnaît F. Mitterrand en décembre 1980. Dans une déclaration à La Dépêche du 23 avril 1981 (soit à trois jours du premier tour) il prévoit le maintien de l’armement nucléaire quitte à décevoir ses amis du Ia Mana (en 1988, Jacqui Drollet exprime sa déception à l’égard de celui qui avait promis d’arrêter les essais…).

Seul, le petit parti de Jacqui Drollet soutient en effet F. Mitterrand en 1981. Le score de ce dernier n’a plus rien à voir avec celui obtenu sept ans plus tôt. Il ne recueille que 8 % des voix. Pour le second tour, le candidat socialiste reçoit un appui indirect du Tahoera’a qui donne la liberté de vote à ses électeurs (J. Chirac a recueilli près de 36 % des voix) en insistant sur le fait que VGE a « cautionné la politique désastreuse du Front Uni » (3). Quant à ce dernier, il agite l’épouvantail d’une victoire communiste si F. Mitterrand l’emportait.
Au second tour, ce dernier n’obtient que 23, 29 % des voix… mais il est élu président de la République alors qu’en 1974, majoritaire en Polynésie, il était battu sur le plan national.

(1) La Dépêche de Tahiti, 23 avril 1981.
(2) La Dépêche de Tahiti, 8 mai 1981.
(3) La Dépêche de Tahiti, 30 avril 1981.

[J.M.Regnault]

Le soutien aux opposants à Pouvanaa jusqu’en 1956 0 < Vers le soutien aux autonomistes (1954-1958) 1 < L’anti-gaullisme rapproche encore davantage F. Mitterrand et les autonomistes 1959-1977 2 < Le candidat à la présidentielle de 1981 3 < Les paradoxes de l’autonomie 4 < Le président de la République 5

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