Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le président de la République -

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F.Mitterrand et la Polynésie française

Le président de la République

Devenu Président en 1981, F. Mitterrand en reste à la ligne politique qu’il a définie : une autonomie « réelle » et négociée. Quitte à mécontenter ceux qui l’ont soutenu, comme les membres de Ia Mana, il n’accorde pas l’indépendance et n’ouvre aucune perspective en ce sens.
Un des proches du Président, Jacques Fournet, est désigné secrétaire général de la Polynésie française. Une volonté de contrôler ce qui se passe sur place ? Le Tahoera’a le laisse entendre.
F. Mitterrand apporte cependant la preuve qu’il souhaite revoir le statut dans le cadre de la décentralisation – même s’il faut aller plus loin encore pour l’outre-mer – la « grande affaire du septennat ».
Il crée un comité État/Territoire pour négocier l’évolution statutaire dès juillet 1981. Dans ce comité, on trouve d’abord les hommes au pouvoir. F. Sanford et J. Teariki se sont vite ralliés au Président, qualifié de « vieil ami » par le premier qui ajoute qu’en Polynésie, il faudra « bâtir une politique socialiste polynésienne ». G. Flosse est écarté du comité tant qu’il est dans l’opposition jusqu’à sa victoire de mai 1982. Ce dernier avait prévenu qu’il espérait de meilleurs rapports avec les socialistes qu’avec l’ancienne majorité giscardienne (1). J. Chirac laisse d’ailleurs à G. Flosse, député polynésien, la possibilité de ne pas toujours suivre le groupe RPR à l’Assemblée nationale, dès lors que les intérêts de la Polynésie seraient supérieurs à la solidarité de parti (2). Le dossier statutaire traînant, c’est le président de la République qui agit pour aboutir au statut de 1984 (voir le sujet qui y est consacré).
Cependant, F. Mitterrand est resté prudent quant à l’évolution institutionnelle. Lors de sa visite en Polynésie, en mai 1990, il prévient qu’on peut toujours « moderniser » le statut, mais qu’il ne faudrait pas « revenir à la charge tous les cinq ans » et que les compétences de l’État sont « inaliénables ». La modification de juillet 1990 n’est alors qu’une clarification des compétences internes et un coup de pouce à Alexandre Léontieff. Le Chef de l’État s’estime satisfait de son action envers la Polynésie. Sous sa présidence, résume-t-il en 1993, « on a retouché deux ou trois fois le statut » qui est allé « vers toujours plus de compétences et d’autonomie interne ». S’il s’interroge sur la possibilité d’aller plus en avant, il dessine une limite comme s’il fallait « donner du temps au temps » : « il faut apprendre à se gérer soi-même, on ne peut le faire tout d’un coup… ». S’appuyant sur les résultat électoraux, il a convenu, en mars 1993, qu’il n’avait aucune raison de proposer une indépendance « que la population ne souhaite pas ».

Quant à la politique nucléaire, F. Mitterrand président de la République, dans le contexte de la guerre froide, réaffirme la stratégie de la dissuasion : « elle n’est assurée que si l’adversaire est convaincu de notre détermination morale, psychologique, militaire ; nous devons être redoutables : notre arme, c’est l’épouvante » (3).
Certes, au début de son premier septennat, il suspend temporairement les essais. Il s’en explique : « cela touche à notre conception stratégique et il fallait savoir en quoi consistaient ces expériences, le sursis et la décision de reprise sont logiques » (4). À Tokyo, le 16 avril 1982, il affirme que les essais sont nécessaires pour la dissuasion. Quelques jours plus tard, à Copenhague, il soutient qu’il fera tout pour qu’ils ne soient plus nécessaires.

De fait, les essais reprennent de plus belle dès juillet 1981.
En même temps, le président de la République veut tenir compte des opposants aux essais, en métropole, en Polynésie et dans les pays étrangers. Il met en place une politique de « transparence » et d’information sur les expériences nucléaires. La mission d’Haroun Tazieff, en juin 1983 ou les visites de scientifiques originaires du Pacifique Sud ne convainquent pas les opposants de l’innocuité des essais.
La volonté du Président d’assurer la défense de la France par le nucléaire a d’étonnantes traductions politiques comme la lettre du ministre des armées. Charles Hernu, constatant que seul G. Flosse soutient cette politique, écrit : « Il est de toute évidence de notre intérêt de nous entendre avec lui, ce que je vais m’efforcer de faire ». Pour concrétiser cette entente, Charles Hernu propose de faire passer le forfait CEP de 6 milliards par an à 8 milliards : « c’est la contrepartie que nous devons accepter pour le soutien que la nouvelle majorité apportera à notre Centre d’expérimentation et à son maintien » (5).
Une note du haut-commissaire analyse de la même façon combien G. Flosse a pu bénéficier d’une indulgence du gouvernement socialiste : « [G. Flosse] peut avec raison se vanter d’avoir été le premier à défendre la présence nucléaire de la France dans le Pacifique et, en retour, demander au gouvernement de renvoyer l’ascenseur » (6). Cet « ascenseur » ce sont les droits de douane sur le matériel militaire et le forfait payé par la France.

En 1985, F. Mitterrand visite Moruroa pour redresser l’image de la France ternie dans l’affaire du Rainbow Warrior. Les essais durent onze ans sous sa présidence. Néanmoins, le Président ne voit la politique de dissuasion que comme un mal nécessaire. Dès 1990, il annonce à Papeete que « la France ne sera pas la dernière à désarmer, si un grand sentiment de concorde règne sur le monde ». En effet, avec la fin de la menace soviétique, les problèmes se posent différemment et l’idée d’une dissuasion purement nationale est critiquée. Certains programmes nucléaires lui paraissent inutiles désormais et il accepte un moratoire sur les essais, décision annoncée le 8 avril 1992. Il tente de persuader l’opinion que la France ne pourra plus les reprendre. Conscient des difficultés qui attendent la Polynésie, il charge le ministre Louis Le Pensec d’engager une réflexion sur l’après-CEP. Le changement de majorité en 1993, ne permet pas aux socialistes de concrétiser cette volonté, mais le mouvement est lancé…

Pendant la « cohabitation » F. Mitterrand rencontre plusieurs fois le secrétaire d’État au Pacifique Sud, G. Flosse. La Polynésie n’est sans doute pas une priorité pour F. Mitterrand, mais en vue de la réélection de 1988, il manœuvre habilement. Un vaste rassemblement se met en place pour le soutenir, présidé par Maco Tevane avec tous les partis opposés au Tahoera’a et unis dans le gouvernement d’Alexandre Léontieff qui, personnellement, se prononce pour J. Chirac.
Le bilan du premier septennat n’est pas négligeable pour le président sortant : statut de 1984, conventions négociées en attendant les contrats de plan, création de RFO, légalisation des radios libres, création du centre de formation des professeurs de collège à l’École normale, débuts de l’Université et réorganisation de la Justice.
F. Mitterrand est réélu avec 54, 3 % des voix, profitant sans doute de la mise à l’écart de G. Flosse de la vie politique locale.

(1) La Dépêche de Tahiti, 10 juillet 1981.
(2) La Dépêche de Tahiti, 6 août 1981.
(3) Devant le Conseil de Défense, 30 octobre 1983.
(4) Archives de Maurice Vaïsse, in Regnault J-M., F.
Mitterrand et les Territoires du Pacifique
, p. 86. (5) Lettre du 22 juin 1982, CAC Art. 41.
(6) CAC Art. 45, note du 10 août 1985.

[J.M.Regnault]

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