Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les paradoxes de l’autonomie -

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F.Mitterrand et la Polynésie française

Les paradoxes de l’autonomie

Lors de sa venue en 1990, le Président prévoit, sibyllin, qu’avant la fin du siècle, la Polynésie connaîtrait un « tournant historique au niveau statutaire ». Il refuse toujours l’emploi du terme « indépendance ». Que conclure de ces déclarations ? Il semblerait que le Chef de l’État ait prévu que le temps approchait où les essais nucléaires s’arrêteraient et que les élites locales seraient bientôt plus nombreuses. Ces deux évolutions ne pourraient qu’entraîner un élargissement des compétences locales et d’autres formes de relations avec la métropole. Forcément l’assistanat se réduirait et c’est peut-être pour cela qu’il conseillait, mais conseillait seulement, de transformer la fiscalité et de passer à l’impôt sur le revenu.

Il n’est pas sûr que sous ses mandats, le Chef de l’État ait pu réaliser ce qu’il envisageait en 1981 : « remplacer la politique d’assistance pratiquée par le Gouvernement central, par une politique de développement économique et social ».
Mais, qui est responsable de ce qui se fait localement sur le Territoire ? Le Gouvernement central a engagé une profonde décentralisation. À partir du moment où les élus locaux disposent des leviers essentiels (et pour F. Mitterrand, celui de décider de l’impôt est primordial), le Gouvernement central n’est plus réellement responsable des inégalités qui subsistent, ni des choix de développement. Le cadre étatique étant de moins en moins contraignant, F. Mitterrand a pu considérer qu’en Polynésie française, l’essentiel de son programme avait été exécuté. S’il reste « une force injuste de la loi », selon son expression, la « loi » ne dépend pas seulement de lui mais aussi de la volonté des électeurs polynésiens et/ou de leurs dirigeants. Là est le paradoxe de l’autonomie.

Sous les deux septennats, y a-t-il eu progression de la « décolonisation » ? Si on en croit les déclarations de G. Flosse, avant 1984 c’était « une situation encore coloniale », une « époque où les gouverneurs décidaient de tout et où nous n’avions qu’à obéir » (1). Le statut de 1984 aurait alors marqué une étape décisive dans les relations avec la France, comme l’a d’ailleurs souligné G. Flosse lors des cérémonies consécutives au décès de l’ancien président.

Dans une des ses dernières interviews (Le Monde, 29 août 1995), alors qu’il a quitté la présidence, F. Mitterrand laisse un message qui devrait intéresser les Polynésiens et les faire réfléchir à leur avenir. Voici quelques extraits de ses déclarations :
« Je crois que le siècle prochain sera partagé entre deux tendances apparemment contraires. C’est visible, déjà.
Un énorme besoin d’unité. Voyez la construction européenne […] Voyez ce qui s’est produit entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Voyez l’Organisation de l’unité africaine ou l’Organisation du Sud-Est asiatique […]
Un autre mouvement, exactement contraire et simultané, est celui qui pousse chaque minorité à s’affirmer en tant que telle et à prétendre à la souveraineté, à l’indépendance, à la séparation […]
C’est de ces deux mouvements qu’il faut, au vingt-et-unième siècle, faire la synthèse. Il faut aller vers de grands ensembles et que ces grands ensembles comportent des dispositifs de protection pour les minorités, pour que les minorités se sentent à l’aise et qu’elles s’affirment en tant que telles. C’est çà le problème à résoudre. Ce sera l’histoire du siècle prochain
».



Bibliographie :
Voir les articles rassemblés dans Regnault J-M. (sous la direction de) : François Mitterrand et les territoires français du Pacifique (1981-1988) : mutations, drames et recompositions ; enjeux internationaux et franco-français, Les Indes Savantes, Paris, 2003, 584 p.

(1) Discours lors de la session extraordinaire de l’APF, 1er juillet 2003.

[J.M.Regnault]

Le soutien aux opposants à Pouvanaa jusqu’en 1956 0 < Vers le soutien aux autonomistes (1954-1958) 1 < L’anti-gaullisme rapproche encore davantage F. Mitterrand et les autonomistes 1959-1977 2 < Le candidat à la présidentielle de 1981 3 < Les paradoxes de l’autonomie 4 < Le président de la République 5

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