Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Francis Sanford élu député mars 1967 -

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Francis Sanford élu député Mars 1967

À chaque débat sur les budgets militaires pour les lois de Finances, John Teariki dresse un véritable réquisitoire contre les essais nucléaires. Si ses collègues de l’AN ne le suivent pas, il obtient des soutiens d’Albert Schweitzer et de Jean Rostand, ainsi que des Églises protestantes. Ce qui a résolu le Gouvernement français à se débarrasser de l’encombrant député, c’est le violent discours du 7 septembre 1966 qu’il a tenu devant le Général venu assister à un essai nucléaire (voir la fiche sur L'opposition au CEP de juin 1964 à 1977).

À l’occasion des législatives de l’année suivante, le Gouvernement français met tout en œuvre pour battre ce dernier, en négligeant les remarques des gaullistes locaux.
L’élection se présente de la manière suivante avec onze candidats dont trois dominent la campagne électorale :
- John Teariki, le député sortant
- Nedo Salmon de l’Union Tahitienne, un parti rattaché à l’UNR (ou UT-UNR)
- Francis Sanford, qui avait créé, en 1965, un nouveau parti, le E’a Api no Polinesia (voir Naissance et développement du E’a Api de Francis Sanford 1965-1977).

Le gouverneur Sicurani soutient Nedo Salmon. Selon Bengt Danielsson, il aurait créé des bureaux de vote sur les sites d’essais pour permettre aux militaires de voter. Quant à la Marine nationale, elle aurait transporté les propagandistes de la cause de N. Salmon dans les îles difficiles à joindre en temps ordinaire .
Les résultats du premier tour, le 5 mars 1967, montrent un éparpillement des voix, mais surtout un recul inattendu du candidat de l’UT-UNR qui, avec 4 526 voix sur 25 837 suffrages exprimés, est devancé par le député sortant (8 222 voix), lui aussi en recul par rapport à 1962 et par le nouveau venu, F. Sanford (6 820 voix). Les autres candidats obtiennent des scores qui les éliminent. Ils ne donnent quasiment pas de consigne de vote pour le second tour qui doit avoir lieu deux semaines plus tard.
Deux données se conjuguent alors. Outre la détermination du Gouvernement central à se débarrasser du député sortant, il y a le fait que la majorité gaulliste est en danger (ce qui ressort encore plus après les résultats nationaux du 12 mars ). Il est donc impératif que le député de Polynésie soit récupérable par la droite métropolitaine.

L’analyse des responsables des élections au niveau national est radicalement différente de celle des gaullistes locaux. Ces derniers sont persuadés que F. Sanford, sans le dire, partage les idées de J. Teariki sur l’hostilité aux essais nucléaires et la revendication d’autonomie. Pour eux, il faut donc maintenir la candidature de N. Salmon et se battre contre ses deux rivaux. Le gouverneur et les chefs de la majorité nationale demandent au contraire de faire bloc sur le nom de F. Sanford considéré comme quelqu’un « décidé à appuyer la politique du général de Gaulle » . Cette pression ne fait pas fléchir le parti gaulliste dont le mandataire est Gaston Flosse, mais les services du gouverneur refusent d’enregistrer la candidature de N. Salmon que le chauffeur du gouverneur a d’ailleurs tenté d’empêcher d’arriver à Papeete. Une entrevue orageuse entre N. Salmon et le gouverneur se solde sur un constat de désaccord et la candidature est enregistrée juste avant la clôture des inscriptions. Le directeur de cabinet de Pierre Billotte, ministre des DOM-TOM, téléphone au bureau où se trouve encore le candidat et lui enjoint de se retirer, ce que l’intéressé s’obstine à refuser. Lorsque celui-ci rentre chez lui, il est appelé successivement par Pierre Billotte, Jacques Foccart, Georges Pompidou et Roger Frey (ministre de l’Intérieur). N. Salmon, qui finit par être plus ou moins convaincu, décide alors un retrait de fait : il ne remettra pas de bulletins de vote à la Commission de propagande, mais donne des consignes de vote ambiguës : « À vous qui m’avez accordé au premier tour votre confiance, je recommande de voter au second tour en n’ayant qu’un seul objectif : l’intérêt supérieur du pays et de la Nation » .

Le 19 mars 1967, F. Sanford est élu avec 13 633 voix contre 13 285 à J. Teariki.
La presse ne s’y trompe pas : « cette élection ne manquera pas de satisfaire la métropole [...] mais on a quelque défiance envers Sanford en raison de ses positions contradictoires lors de la campagne » . J. Foccart note que « la défaite de Tahiti [il a voulu écrire Teariki !] est un événement important » .
Le nouveau député s’apparente au groupe des Républicains Indépendants (les RI) qui soutient le Gouvernement. Avant de quitter Tahiti pour Paris, il souligne « la nécessité pour le Territoire d’être pourvu de nouvelles institutions pouvant permettre aux futures élites de prendre leur part de responsabilités ». Dans sa profession de foi, il demandait déjà la dissolution de l’assemblée territoriale et l’autonomie interne que combattait à l’époque le parti gaulliste. À peine élu, le député devient ouvertement autonomiste et adversaire du CEP. Il s’allie bientôt avec J. Teariki qui est d’ailleurs son suppléant aux élections suivantes.
Quand le député quitte le groupe des RI en janvier 1968, de Gaulle dit : « cela ne m’étonne pas, il y a longtemps que c’était à prévoir […] De toute façon, c’était évidemment un mauvais cheval » .

Cette élection, comme la plupart des autres, montre à quel point les services de l’État ont cherché à obtenir des votes qui leur convenaient, sans lésiner sur les moyens… mais rarement avec succès. Cela se retrouvera en 1973 quand cette fois le Gouvernement cherchera à faire battre F. Sanford par G. Flosse, encore en vain (voir la fiche sur le problème chinois).

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