Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le discours en tahitien de Pouvanaa qui fit scandale, 5 octobre 1972 -

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Le discours en tahitien de Pouvanaa qui fit scandale, 5 octobre 1972

Pouvanaa revenu au Fenua, ne reste pas inactif. Il est élu sénateur en 1971. En 1972, il se présente aux municipales dans son île de Huahine. Il est battu. Aux élections territoriales du 10 septembre 1972, il conduit la liste du Here Ai’a aux Îles du Vent. L’effet d’entraînement attendu n’est pas au rendez-vous et avec moins de 20 % des voix la liste n’a que trois élus. Les autonomistes sont désormais minoritaires à l’assemblée.
Pouvanaa avait prévenu qu’il laisserait sa place au suivant de liste, mais il voulait profiter du fait que son âge en faisait le doyen de l’assemblée pour prononcer le discours de rentrée.

Le 5 octobre 1972, c'est en langue tahitienne qu’il s’adresse aux élus et surtout au gouverneur Angeli qui doit lui succéder à la tribune. Pouvanaa est vite arrêté par N. Salmon qui reproche au sénateur son manque de courtoisie envers le gouverneur qui ne peut le comprendre. Quant au gouverneur, il s’accroche aux usages habituels et à une législation surannée :
"De deux choses l’une, ou M. le Doyen ne sait pas le français et je me demande dans quelle mesure son élection à l’assemblée territoriale est légale puisque la loi fait obligation de parler français aux conseillers territoriaux, ou bien – ce que je pense plutôt – on cherche un incident. Je dois dire liminairement que je ne me prêterai pas à ce jeu. Je resterai en séance, j’apprécierai simplement si le ton ici employé vaut ou ne vaut pas une autre réponse".

Pouvanaa poursuit son long discours, évoquant ses démêlés anciens avec le gouverneur Maestracci et son hostilité envers la langue tahitienne. Plusieurs fois, N. Salmon l’interrompt longuement lui aussi.
"Imperturbable, Pouvanaa explique pourquoi il a demandé l’autonomie avec ses amis :
La raison pour laquelle nous avons demandé l’autonomie, c’est pour qu’on nous rende le pouvoir, que nous nous dirigions nous-mêmes. Ça ne sert à rien de nous envoyer des gens comme lui (en parlant du gouverneur) ; ils ne savent même pas gérer leur propre pays, est-ce qu’ils sauront gérer le nôtre ?
".

Le gouverneur est vraisemblablement averti de la teneur des propos du sénateur, John Martin étant à ses côtés. Il a bien compris que Pouvanaa revenait sur le passé et prend un ton offensif contre « ce singulier procédé, contraire à l’usage, à la courtoisie et à l’efficacité ». Lui aussi revient sur le passé et stigmatise ceux qui ont fait voter NON en 1958, risquant de mener la population à « l’aventure » :
« Où seraient les lycées, les écoles, les hôpitaux, les dispensaires, les stades, les maisons de jeunes, les routes, les ports et les aérodromes ? Quel serait le niveau de vie de nos concitoyens ? ».

Il s’attaque même à la notion d’autonomie qui est revendiquée par les leaders comme F. Sanford et J. Teariki. L’autonomie conduirait à la paralysie. « Croit-on, dit-il, qu’il y a une façon autonomiste et une façon non-autonomiste de résoudre les vrais problèmes qui se posent à nous ? ». Et il ajoute : « la solution de nos problèmes économiques et sociaux passe d’abord par la solidarité active et accrue avec la métropole ».

Élu président de l’assemblée après le départ du gouverneur, G. Flosse « offre au Chef du Territoire, aux chefs de service, de collaborer en toute confiance pour le bien de notre petite patrie ; nous construisons une Polynésie française vivace, pour qu’ici, en cette partie de l’Océan Pacifique, vive toujours la France ! ».

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