Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Le retour de Pouvanaa au Fenua le 30 novembre 1968 -

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Le retour de Pouvanaa au Fenua le 30 novembre 1968

Il y a eu des démarches pressantes de la part de diverses personnalités de Polynésie et de métropole (Francis Sanford ou François Mitterrand par exemple) pour obtenir un retour anticipé de Pouvanaa, sans succès.
Ce serait, en fait, une lettre de Mgr Michel Coppenrath - écrite le jour même de son ordination - qui aurait déclenché le processus du retour de Pouvanaa (voir la lettre en document). C’est le gouverneur Sicurani qui transmis le message. Le 13 juin, J. Foccart montre la lettre au président de la République :
- Qu’est-ce que vous en pensez ? demande de Gaulle.
- Eh bien, maintenant je crois qu’on va pouvoir le laisser rentrer, aussitôt après les élections [répond Foccart] .

Le 21 juin 1968, J. Foccart adressait à Mgr Michel un accusé de réception de sa lettre avec cette mention : « dans un proche avenir, cette affaire fera l’objet d’un examen attentif ».
Après mai 68, le général de Gaulle avait bien évidemment d’autres soucis, encore que la future grâce de Pouvanaa pût faire le pendant des grâces accordées à ce moment-là aux anciens de l’OAS. Les élections législatives approchaient (23-30 juin) - de Gaulle s’occupait personnellement des investitures - et le maintien de l’ordre le préoccupait.

Le mercredi 16 octobre 1968, le général de Gaulle étudia plus à fond le dossier Pouvanaa, car il avait son idée quant à la date du retour à Tahiti de ce dernier. J. Foccart raconte :
Je montre au Général les états de services militaires de Pouvanaa, qu’il m’avait demandés. Ma fiche commence ainsi : « Incorporé à la CAICT à Papeete le 15 janvier 1917... » Le Général m’interrompt immédiatement et me demande :
- Qu’est ce que c’est que cela, la CAICT ?
- Eh bien, je n’en sais rien : un organisme militaire mobilisateur de Tahiti, mais je ne sais pas exactement. Alors, il lit la fiche.
- Je crois que je veux bien le gracier, mais je voudrais avoir là-dessus un avis éclairé.
- Je vais faire une étude, je vais faire une note.
- Je ne veux pas une note, je veux votre avis. Si vous connaissez bien le problème, naturellement. Mais une note ne me suffit pas. Il faut que vous m’indiquiez les opinions : qui dit ceci, qui dit cela, qui est pour, qui est contre. Bien entendu, vous devez d’abord recueillir l’avis du gouverneur.


En date du mercredi 30 octobre 1968, J. Foccart note :
En ce qui concerne Pouvanaa, j’ai fait l’enquête demandée.
- La réponse du gouverneur est positive [dit J. Foccart à de Gaulle] et ce qu’en pensent les (sic) députés et les (sic) sénateurs est également positif .
- Alors, il faut le gracier [répond le Général].
- Il y a deux possibilités : soit la grâce présidentielle, qui lui permet, bien sûr, de rentrer chez lui, soit, comme il a accompli sa peine et qu’il est seulement sous le coup d’un arrêté ministériel lui interdisant le territoire, un autre arrêté ministériel l’autorisant à y revenir, et Inchauspé serait plutôt de cet avis.
- Personne ne s’y trompera : si Inchauspé signe un arrêté, c’est sur mes instructions qu’il le fait ; par conséquent, autant que ce soit moi qui signe la grâce, et on peut le faire à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Première Guerre, puisqu’il a été un combattant de 14-18.
- Mon Général, je vais vous préparer la grâce.
- C’est cela, faites le nécessaire.


Le 4 novembre 1968, un nouvel entretien entre de Gaulle et J. Foccart eut lieu au sujet de la grâce de Pouvanaa :
Le Général me demande :
- À propos, avez-vous fait le nécessaire en ce qui concerne Pouvanaa ?
Il ne faut pas que cela traîne et il faut que vous fassiez un communiqué. Il faut faire connaître les raisons pour lesquelles il a été gracié, il faut dire que c’est au titre d’ancien combattant.
- Je préparerai un communiqué que je vous soumettrai demain et que nous publierons dès que le décret sera signé.

Le 8 novembre 1968, Pouvanaa bénéficia de la grâce présidentielle.
Le 11 novembre (cinquantième anniversaire de l’Armistice) fut célébré avec ferveur partout en Afrique et en Outre-Mer et le 12, J. Foccart évoqua des télégrammes de remerciements reçus à la suite de la grâce de Pouvanaa. Le 19, J. Foccart indiqua qu’était arrivé un message très chaleureux du frère de Pouvanaa.
Y. Haupert évoque ainsi le retour de Pouvanaa :
"[...] le 30 novembre 1968, Pouvanaa est accueilli à l’aéroport par une foule en liesse. Des milliers de personnes se sont déplacées, ce qui ne s’était jamais vu, même pas pour la visite du général de Gaulle".
F. Sanford a donné (dans le même livre) sa version du retour :
"On est rentré tous les deux. Je l’ai accompagné dans l’avion et on a descendu la passerelle. Je n’oublierai jamais ce moment. C’était très émouvant tous ces témoignages d’attachement. Je n’ai jamais vu autant de monde à l’aéroport, même sur les toits de l’aérogare il y avait du monde. L’auto qui nous attendait était remplie de couronnes de fleurs, des montagnes de fleurs. Incroyable. Personne ne l’avait oublié ".

J. Foccart, quant à lui, rend compte au Général, le 2 décembre 1968, de ce retour à Tahiti, en ces termes :
"Pouvanaa est rentré à Tahiti, et a reçu un accueil chaleureux, mais pas l’enthousiasme escompté par ses partisans : quinze cents personnes au terrain d’aviation, trois mille personnes à la mairie".

« On ne l’empêchera pas de temps en temps de faire quelques discours mais cela devrait aller en diminuant » pensa J. Foccart. C’était mal connaître l’homme de soixante-treize ans qui gardait au fond de lui un désir de justice, toujours au sens où il l’entendait.

En juillet 1969, Pouvanaa est amnistié de sa condamnation, ce qui lui permet d’être à nouveau éligible. Son casier judiciaire ne porte plus la trace de la peine. Néanmoins, il est toujours considéré comme « complice de destruction d’édifices et de détention d’armes sans autorisation ». Pouvanaa se considérant innocent a souhaité qu’après sa mort, il soit possible d’obtenir une révision du procès, procédure qu’aujourd’hui, seul le Garde des Sceaux peut enclencher.


Bibliographie :
Regnault J-M, Vannier C., Le Metua et le Général, Un combat inégal, Editions de Tahiti 2009, page 414 à 422


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