Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - De mauvais rapports entre l’exécutif et le législatif -

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Illustration des rapports entre l’Administration, le gouvernement et l’assemblée

1) De mauvais rapports entre l’exécutif et le législatif

Comment se comporte J-B Céran-Jérusalémy à la présidence de l'assemblée après son échec dans sa rivalité avec Pouvanaa pour la vice-présidence du conseil de gouvernement ?


Le gouverneur Toby


Le jeune président est fort déçu. P. Dilhan tente de prouver la bonne foi de celui-ci en montrant que s'il est "accusé de vouloir supplanter Pouvanaa", en réalité il veut "lui éviter le ridicule et l'échec". C'est pourquoi d'ailleurs P. Dilhan, secrétaire de J-B Céran-Jérusalémy, aurait été "prêté" au vice-président pour assumer les fonctions de chef de cabinet. En fait, J-B. Céran-Jérusalémy ne renonce pas vraiment. Il impose à Pouvanaa, un peu désemparé par ses nouvelles responsabilités, quelques ministres qui lui sont dévoués, tel R-R. Lagarde au ministère de la Santé et des Affaires Sociales. Il espère ainsi pouvoir peser sur l'exécutif. Selon J-D. Drollet – il est vrai peu favorable au président du parti - qui était chef de cabinet du ministre de l'Éducation, J-B. Céran-Jérusalémy voulait un rapport quotidien sur ce qui se décidait dans chaque ministère, et cela en tant que président du parti.

G. Coppenrath a décrit les mauvais rapports entre « l’exécutif » et « le législatif » :
« Les premiers mois de la nouvelle législature furent marqués par cette grave intrusion qui rompit l'homogénéité de l'exécutif : on vit les ministres prendre certaines initiatives en conseil de gouvernement mais voter contre en assemblée : on vit les ministres faire éclater la solidarité du conseil en votant contre leur vice-président. Bien souvent les efforts du chef du Territoire pour maintenir les institutions dans les limites de la loi-cadre furent mis en échec par la volonté du président de l'assemblée de minimiser le rôle du gouverneur et d'assujettir le conseil de gouvernement à l'assemblée. Il en fut notamment ainsi lors du vote du budget 1958 : [Céran-Jérusalémy] malmenant les principes budgétaires, bloqua une partie des dépenses obligatoires des divers ministères pour les mettre à la disposition de la commission permanente chargée de les répartir sur justification de leur nécessité, établit un nouvel impôt sur le revenu alors que le budget montrait un excédent et passa à la caisse de réserves le surplus de recettes escompté... Ces graves entorses provoquèrent une ferme réaction du gouverneur Toby qui, considérant que la délibération ne satisfaisait pas à l'intérêt général et à la bonne administration du Territoire, demanda une seconde lecture du budget. »
Bien que ne prétendant rien changer à sa position, le rapporteur dut profondément modifier la présentation du budget afin d'éviter la censure du Conseil d'État (1).
Dans un plaidoyer pro domo, J-B. Céran-Jérusalémy tente de donner de sa présidence une image idyllique :
« On a constamment le spectacle réconfortant de discussions courtoises où tous les intérêts légitimes sont respectés, sans vaines polémiques, et se terminant souvent par des votes unanimes qui donnent beaucoup de poids aux travaux de l'assemblée territoriale (2) ».
Pourtant, les séances à l'assemblée étaient houleuses. J-B Céran-Jérusalémy s'en prenait à l'Administration. Finalement, il reconnut que le système fut vite paralysé : « entre l'assemblée territoriale et la vice-présidence les relations sont presque nulles ». Il renversa les critiques : « les études effectuées dans les ministères compétents ne parviennent que rarement à l'assemblée territoriale ».
Il apparut vite que les institutions ne fonctionnaient pas harmonieusement.
Le système ne fonctionnait pas également pour deux autres raisons : la manière de gouverner de Pouvanaa et l’inexpérience des ministres.


(1) Coppenrath G., "L'évolution politique de la Polynésie française depuis la Première guerre mondiale", Paris, JSO, T. XV n° 15, 1959, p. 261.
(2) Bulletin de la Présidence de l'AT, 1er mars 1958, p. 3.

[J.M.Regnault]

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