Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Pouvanaa chef de gouvernement et ses ministres face au gouverneur -

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Illustration des rapports entre l’Administration, le gouvernement et l’assemblée

2) Pouvanaa chef de gouvernement et ses ministres face au gouverneur

Les archives du conseil de gouvernement, très fragmentaires, ne semblent pas donner à Pouvanaa un rôle éminent dans la prise de décision, sauf dans quelques cas précis. Il intervient par exemple pour réglementer l'ouverture des débits de boissons et des dancings, mais aucune étude sérieuse n'a été réalisée, selon le secrétaire du gouvernement, ni sur les sanctions à appliquer, ni sur l'incidence que les mesures auraient sur l'économie.

Le problème, c'est que Pouvanaa laisse les dossiers s'accumuler. Un rapport du commandant de la Marine mentionne « les lenteurs et l'inertie de l'administration passée aux mains des ministres locaux » . Une impression de pagaille ressort des documents donnant l’impression de ministères sans contrôle et sans coordination.

A-R. Grand, nouveau chef de cabinet du vice-président, ne peut que constater :
« La vice-présidence fut une tour d'ivoire d'où rien ne sortait... Manque de préparation des membres du cabinet et incompétence à appréhender les nombreux problèmes du Territoire ont été également à l'origine de l'échec de Pouvanaa... »

« Depuis que Pouvanaa est vice-président du conseil de gouvernement, les dossiers s'amoncellent, en particulier ceux relatifs à la vente et à l'achat de terres... » prétend le bulletin de l'opposition, La Voix de Tahiti.

Dès la deuxième séance du conseil, en effet, sont abordés les problèmes de la naturalisation des Chinois et du transfert des terres. Les autorisations de ces transferts entre citoyens français ont été réservées au ministre des Finances et pour les ressortissants étrangers, au conseil tout entier. De plus, le conseil veut porter les délais d'instruction des transferts à quatre mois. Pourtant, un haut fonctionnaire de l'État met en garde : on va vers la « paralysie des transferts immobiliers ». Le gouverneur s’en prend d'ailleurs vivement à Pouvanaa, dans une séance houleuse du conseil, le 7 mai 1958. S'il donne raison au vice-président de vouloir éviter des abus antérieurs (Tahitiens cédant leurs terres pour « une bouchée de pain »), il montre que le nombre de popa’a propriétaires fonciers n'est pas plus élevé qu'en 1934. Il s'adresse à Pouvanaa :

« Nous sommes tous convaincus de la nécessité de laisser leurs terres aux Tahitiens, mais ce n'est pas une raison pour bloquer toutes les transactions immobilières. Il n'appartient pas à l'administration de retenir de la sorte des affaires qui lui sont soumises. Le vice-président n'est plus dans l'opposition, il est dans le gouvernement et, à ce titre, il a des responsabilités nouvelles...
C'est un très grave reproche que l'on peut adresser au conseil de gouvernement que d'entraver la marche de la machine administrative. C'est aux tribunaux seuls qu'il appartient de trancher les litiges... Des intérêts légitimes sont gravement atteints. Le Crédit agricole risque d'être bloqué et des propriétaires quittant le Territoire ne peuvent réaliser leurs biens.
»

Pouvanaa, depuis 1947, se soucie de laisser leurs terres à ses compatriotes. Il souhaite certainement trouver une solution aux problèmes de l’indivision et restituer les terres aux « vrais » propriétaires en envisageant de rétablir les tribunaux coutumiers ou en confiant une étude de la question à Maître Dubouch. Déjà, lors du premier congrès du RDPT, le 23 avril 1950, il avait dit : « nous voulons sauvegarder notre patrimoine et empêcher que le Tahitien devienne sur les terres de ses ancêtres l’esclave de personne ».

De plus, le seul officier ministériel du Territoire (et c'est pour cela que le conseil examine l'ouverture de deux autres études notariales) aurait utilisé des méthodes peu orthodoxes (la preuve n’en a pas été apportée). Quant aux tribunaux, s’insurge Pouvanaa, « c'est toujours le petit qui paye ». Et comment « les petites gens paieraient-elles les avocats ? » Pouvanaa propose alors qu'avant toute autorisation de transfert, les titres de propriété soient à nouveau examinés et qu'on en revienne aux tomite chargés autrefois des problèmes de terres. Le chef du Territoire n’apprécie pas ces propositions. Pour lui, les tomite ont commis beaucoup d’erreurs et quoi qu’il en soit, il n'est pas possible que le vice-président se substitue aux tribunaux, qu'il continue à bloquer entre quarante et soixante-dix dossiers. La vive discussion entre les deux hommes se termine par le départ de Pouvanaa, furieux.

Les ministres, de leur côté, sont peu préparés à leur fonction, sauf sans doute Henri Bodin aux Finances. Celui-ci s’inquiète vite des dépenses excessives et mal gérées de ses collègues et explique que l'élargissement du champ d'activité des services, la montée des salaires et des prix sont responsables de la forte hausse des dépenses de fonctionnement. Il reproche aussi à ses collègues du gouvernement et aux conseillers de l'assemblée de céder aux pressions du corps électoral en faveur de « subventions, secours et bourses... » La solution de l’impôt sur le revenu ayant été écartée (voir le sujet qui lui est consacré), il n'y a qu'une solution : la compression des dépenses qui suppose une sévère discipline de la part des ministres. « J'insiste, dit-il, si une politique d'austérité devait être appliquée, sur la nécessité qu'elle soit acceptée sans arrière-pensée et définitivement par tous », mais le laisser-aller continue et le 16 septembre, le ministre écrit au gouverneur : « mon département continue d'être saisi tous les jours de demandes de crédits supplémentaires et constate... que le rythme actuel des dépenses de certains services ne peut qu'aboutir à un épuisement des crédits bien avant la fin de l'année ». Il s'inquiète surtout sur le sort du budget de 1959, les réserves ayant été absorbées. Pour lui, le gouvernement de Pouvanaa va tout seul à la catastrophe.

[J.M.Regnault]

De mauvais rapports entre l’exécutif et le législatif 0 < Pouvanaa chef de gouvernement et ses ministres face au gouverneur 1 < L’avenir du Territoire : source de conflits entre le gouvernement et le gouverneur et entre l’exécutif et le législatif 2

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