Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La rivalité JB Céran-Jérusalémy et Pouvanaa -

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La rivalité Céran-Jérusalémy/Pouvanaa a Oopa

Qui doit diriger le RDPT ?
Les problèmes internes sont visibles à partir du congrès de novembre 1956. J-B. Céran-Jérusalémy semble avoir manœuvré habilement. "Il a persuadé Pouvanaa de se retirer de la présidence du RDPT ; le député est président d'honneur, c'est l'éteignoir", écrit La Voix de Tahiti. J-B. Céran-Jérusalémy devient donc président du parti. La discipline n'en est que plus dure, avec des « exclusions à vie ». C'est la personnalité de J-B. Céran-Jérusalémy qui pousse des hommes autrefois membres du parti à le combattre vigoureusement.

Des rivalités pour le "pouvoir" : Pouvanaa ou J-B. Céran-Jérusalémy ?


Pouvanaa pendant la campagne du référendum

En novembre 1957, la victoire du RDPT est fragile mais réelle Élections territoriales du 3 novembre 1957 Les élus. Il lui reste à la gérer. La majorité des sièges à l'assemblée ne donne pas le "pouvoir", guère plus en tout cas que n'en aurait un groupe politique métropolitain majoritaire dans un conseil général, alors qu'il est minoritaire au plan national. Seuls les symboles du pouvoir sont plus grands.

Le vice-président, appelé rapidement "Premier ministre", a une voiture de fonction et, pour les populations locales, il est le « chef » (elles négligent le fait que le gouverneur est toujours, en titre, chef du Territoire).

Un point capital vient des espérances que la loi-cadre a fait naître. La position que va occuper le vice-président est largement porteuse d'avenir. La loi-cadre est considérée comme une étape vers "autre chose". Occuper le poste, ce sera bénéficier des réformes qui ne manqueront pas d’être adoptée dans « le sens de l’Histoire ». Faute de comprendre cela, les querelles paraîtraient dérisoires. P. Dilhan écrit : "l'adversaire qui va abattre le RDPT est imparable : c’est le RDPT lui-même". Dès qu'il s'agit de constituer le premier conseil de gouvernement, les ambitions des uns et des autres se ravivent. J-B. Céran-Jérusalémy raconte lui-même ses aspirations et ses déceptions :
"En décembre 1957, est mis en place le premier conseil de gouvernement.
J'espère alors pouvoir, personnellement, mettre en route ce nouvel organisme. Le vice-président doit en effet veiller au travail de ses ministres et synchroniser leurs efforts. Ainsi, je crois pouvoir utiliser mon expérience acquise dans l’organisation de l'assemblée territoriale, quitte à laisser ensuite le poste de vice-président du conseil de gouvernement à un autre que moi au député Pouvanaa a Oopa, lorsque tout aura normalement fonctionné.
Malheureusement je ne suis pas compris. "ON" a uniquement vu dans ce poste le plus haut poste après celui du gouverneur (1).
"

Poussé effectivement par son entourage, malgré le vote du comité directeur du 27 novembre 1957 (par 19 voix contre 9) qui a désigné J-B. Céran-Jérusalémy, Pouvanaa revendique la vice-présidence. Le premier doit s'incliner et ne reçoit que la présidence de l'assemblée. Les électeurs et les militants du RDPT auraient été déçus : pour eux, Pouvanaa est le seul susceptible de réaliser leurs rêves.

Des rivalités qui mènent à leur perte Pouvanaa et le RDPT
Deux tendances rivalisent plus ou moins officiellement au RDPT, parmi les conseillers et même les ministres : tendance Céran-Jérusalémy et tendance Pouvanaa (voir doc).

La réorganisation de l’opposition (La victoire du RDPT, le 3 novembre 1957) et la manifestation contre l’impôt sur le revenu (La manifestation contre l’impôt sur le revenu - 29 et 30 avril 1958) creusent le différent entre les deux leaders.

Au cours de la séance à l’assemblée qui fait suite à la manifestation des 29 et 30 avril, on sent bien l'amertume de J-B. Céran-Jérusalémy. Au conseiller Leboucher qui fait remarquer que si on annule les recettes prévues de l'impôt sur le revenu, le budget sera déséquilibré, il réplique : « étant donné que c'est le gouvernement local qui nous soumet ce projet de délibération, il appartiendra audit gouvernement local, si ce projet est adopté, de prévoir la suite et de présenter à l'assemblée territoriale tout autre projet ».

Une tentative d’arrangement qui n’aboutit pas
P. Dilhan raconte la rupture entre les deux leaders après la séance du conseil du 7 mai, à l'issue de laquelle Pouvanaa est sorti furieux (Pouvanaa chef de gouvernement et ses ministres face au gouverneur) :
« Les Ministres paraissaient désemparés par l'intransigeance [de Pouvanaa]. Pendant que l'un d'eux s'efforçait de le ramener à la raison, ses collègues réunis à la Coopérative des Travailleurs Tahitiens faisaient part de leurs inquiétudes au président du RDPT. Chacun paraissant partisan d'une réorganisation sur des bases nouvelles, J.-B. Céran-Jérusalémy leur proposa une démission collective du conseil de gouvernement ; lui-même donnerait sa démission du poste de président de l'assemblée territoriale, auquel Pouvanaa lui succéderait. Le conseil de gouvernement se reformerait ensuite sous la vice-présidence de Jacques Tauraa, tandis que J.-B. Céran-Jérusalémy resterait à l'assemblée territoriale comme premier vice-président. Chacun sembla adopter ces propositions avec soulagement...
Une réunion au domicile de Pouvanaa fut décidée pour le 13 mai... Lorsque J.-B. Céran-Jérusalémy eut exposé ses projets, nul n'osa prendre la parole pour le soutenir ; Pouvanaa, déclara refuser d'abandonner la vice-présidence.
»

Le RDPT perd les présidences de l’assemblée et de la commission permanente
Le 27 mai 1958, J-B. Céran-Jérusalémy offre sa démission en mettant en avant les événements de fin avril et la situation au sein du RDPT. "Je suis prêt à remettre la présidence entre vos mains, dit-il, je suis disposé à la garder, si tel est votre désir". Dix-neuf conseillers contre neuf acceptent sa démission. Aux treize conseillers UTD s'ajoutent six RDPT.
L’élection d'un nouveau président est alors nécessaire. Georges Leboucher, de l'UTD, est élu par vingt conseillers, avec l'appui de Pouvanaa. J-B. Céran-Jérusalémy ne recueille que sept voix (2).
Pour renouveler les membres de la commission permanente, un accord entre les amis de Pouvanaa et l'UTD permet un partage des postes et c'est F. Vanizette de l'UTD qui en devient président.

Le RDPT perd le poste de sénateur
Le 8 juin 1958, le mandat du sénateur Florisson venant à son terme, il faut, soit le renouveler, soit choisir un autre sénateur. Il n'est pas possible aux deux groupes rivaux du RDPT de s'entendre. J-B. Céran-Jérusalémy et ses amis ne prennent pas part au vote. G. Coppenrath recueille douze voix et J. Florisson dix voix. Quand les conseillers dissidents du RDPT reviennent en séance avec l'idée de participer à un second tour, ils apprennent qu'en fait, la majorité absolue par rapport aux présents suffit. Un second scrutin n'est pas nécessaire. G. Coppenrath devient, "par une chance inattendue" (selon son témoignage), sénateur de la Polynésie française.

L'UTD a obtenu les postes de présidents de l'assemblée et de la commission permanente, ainsi que celui de sénateur, tantôt « grâce » à Pouvanaa, tantôt « grâce » aux erreurs tactiques de J-B. Céran-Jérusalémy.

Le référendum (Le référendum voulu par de Gaulle en 1958) achève de diviser – et de ruiner – le RDPT.


(1) Supplément à Te Aratai, 12 juin 1958.
(2) Commentant son échec, Céran-Jérusalémy écrit : "poussé par sa haine et sa rancune contre ma personne, alors que j'ai toujours tenté de le soutenir de mon mieux, même quand je n’approuvais pas ses idées, M. Pouvanaa a Oopa a fait alliance avec l'UTD pour me retirer la présidence de l'assemblée territoriale... Nous laisserons aux membres du RDPT le soin de conclure et de juger leur Metua qui a réussi à abattre son propre parti". (Supplément à Te Aratai, 12 juin 1958).

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