Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - La manifestation contre l’impôt sur le revenu -

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L’impôt sur le revenu

La manifestation contre l’impôt sur le revenu - 29 et 30 avril 1958.

Les opposants à l'impôt sur le revenu pensèrent avoir trouvé un bon prétexte pour lancer une offensive contre la majorité RDPT de l'assemblée. Un commerçant, Henri Lombard, créa avec des collègues le "Groupement de défense des petits et moyens contribuables". Ils surent gagner à leur cause les Tahitiens, même démunis, en utilisant les dons d'orateur d'un ancien pasteur local, Terii Pani (1). L'Union Tahitienne intervint dans le mouvement, non seulement parce que certains de ses membres - commerçants - y étaient naturellement, mais en tant que force politique. En même temps d'ailleurs, l’opposition se réorganisa. Ainsi, tournées d’H. Lombard dans les districts, réunions et meetings se succédèrent en avril et la population resta mobilisée.

La tension monta, contre l'impôt, contre le RDPT, contre la perspective d'indépendance, contre le gouverneur Bailly jugé trop favorable à la majorité (2).

R. Bambridge montra après coup (le 27 mai 1958, à l'assemblée), que l'affaire de l'impôt n'avait été que "la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase", que le mécontentement se développait contre "la politique générale du parti RDPT et en particulier en ce qui concernait sa tendance vers une République tahitienne".

L’opposition profita des mesures impopulaires.

Le récit des événements figure dans plusieurs ouvrages et articles, comme par exemple dans l'hebdomadaire de Michel Debré, Le Courrier de la colère. Le 29 avril, une manifestation réunissant environ trois mille personnes entoura l'assemblée territoriale. L’organisation avait été montée avec de grands moyens pour amener du monde, prévoir de quoi nourrir ceux qui viendraient. Les manifestants furent maîtres de la ville avec des camions chargés de pierres et des bulldozers. Une entrevue entre les membres de la majorité RDPT et des délégués du mouvement des contribuables se solda par un échec. Des jets de pierres atteignirent l'assemblée.


Pouvanaa sort sur le perron de l'assemblée pour s'adresser à la foule de manifestants

Pouvanaa cède
Pouvanaa affronta alors la foule et promit aux manifestants de revenir sur les décisions fiscales. Il aurait dit aux manifestants : "la voix de Dieu est la voix du peuple, cet impôt ne se fera pas" (3). Le député donne l'accolade à R. Bambridge et à Charles Poroi. Il n'était pas exclu que l'excitation des uns et des autres ait pu tourner au drame, mais c'était un peu comme si chacun savait jusqu'où il pouvait aller.

L'assemblée, interrompant ses travaux en cours, étudia ensuite une question préalable, présentée par la minorité, pour annuler l'impôt sur le revenu. Les élus du RDPT ne prenant pas part au vote, la question préalable fut adoptée. Le soir, des incidents eurent lieu autour de la maison de Pouvanaa sur le toit de laquelle des pierres furent lancées.

Abrogation de l’impôt

Le 30 avril, le conseil de gouvernement se réunit (voir doc). Le gouverneur dressa un sombre tableau. Les esprits étaient surexcités. Les forces dont disposait le chef du Territoire étaient insuffisantes et les manifestants qui entouraient le siège du gouvernement "ne pourraient être dispersés que si les forces de l'ordre procédaient à une brutale répression qui provoquerait très probablement des effusions de sang". Le gouverneur exclut d’en arriver là. Il conclut "qu'il est politiquement et psychologiquement indispensable de prendre une mesure d'apaisement en abrogeant l'impôt, car le mouvement perd son caractère purement antifiscal pour revêtir une forme politique".

Les ministres consultés approuvèrent et Pouvanaa ajouta qu'il ne reviendrait pas sur la promesse faite en ce sens, la veille. "Comme le gouverneur, il se refusa à faire couler le sang pour imposer une mesure impopulaire". J-B. Céran-Jérusalémy, présent à titre exceptionnel, se rallia à cette abrogation. Le vice-président sortit annoncer aux manifestants que l'assemblée allait se réunir pour annuler l'impôt. Cette réunion se tint quelques heures après. L'assemblée confirma l'annulation (les conseillers RDPT ne prirent pas part au vote).

Voir les illustrations et le récit dans le Mémorial Polynésien, Vol. VI, p. 394 à 403.

(1) Mémorial Polynésien, vol. VI, p. 394 à 403, avec documents photographiques.
(2) Telles sont les causes des événements des 29 et 30 avril 1958 d'après un rapport du Commandant de la Marine, Touzet du Vigier, publié dans Terres et Civilisations polynésiennes, Paris, Fernand Nathan, 1987, p. l86.
(3) Mémorial polynésien, vol. VI, p. 400.

[J.M.Regnault]

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