Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Mesurer les enjeux pour la Polynésie -

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Le référendum voulu par de Gaulle en 1958

2) Mesurer les enjeux pour la Polynésie


Le 28 septembre 1958, la Polynésie vote
OUI, par 16 279 voix contre 8 988 NON

1/ Les partisans du NON
Pouvanaa recadré par le Général.
Pouvanaa ne mesure pas les enjeux nationaux et internationaux des événements qui se produisent en France depuis le 13 mai 1958. Pourtant, le Gouvernement du Général lui fait rapidement comprendre ce qui est attendu de lui par le télégramme ci-dessous, envoyé le 13 juin 1958. Il prévient qu’il ne tolèrerait pas le désordre. Pouvanaa pouvait-il le comprendre ?
« […] Je connais les obstacles matériels et les inquiétudes morales que vous rencontrez, les erreurs et les impatiences qu’il vous faut corriger ou calmer, les conséquences d’un bouleversement de la tradition qu’il vous faut concilier avec les nécessités modernes impératives. Tout cela est dur, très dur et souvent mal compris, mais tout cela ne doit pas faire dévier des objectifs essentiels : appliquer la loi-cadre honnêtement, définir et promulguer ses développements et ses prolongements attendus, promouvoir l’économie, équilibrer le social pour que notre communauté ait un cadre et une foi pour que les populations aient une raison d’être et une dignité. […] Cela demande à la France beaucoup d’efforts de compréhension et de lourds sacrifices matériels auxquels elle ne se dérobe pas si elle rencontre chez tous un désir d’entente enraciné et auprès de votre gouvernement en particulier, une volonté ferme de gestion prudente, de ménagement de la coutume, de respect des minorités, de protection des libertés individuelles et collectives, syndicales et de culte.
Signé : Bernard Cornut-Gentille, ministre de la FOM. »

Qu’est-ce qui aurait déterminé Pouvanaa à choisir le NON ?

Souvent est invoquée sa rivalité avec J-B. Céran-Jérusalémy. Puisque l’un vote OUI, l’autre voterait NON. Explication trop simpliste. Pouvanaa revendiquait-il ainsi l’indépendance ? Mais il utilise des slogans tellement contradictoires que ce n’est pas évident : « Si vous votez NON, la France restera présente à Tahiti » ou « Voter NON, c'est voter pour de Gaulle ». De plus, le camp du NON s'est formé à Tahiti avant que le Général ait formulé clairement sa pensée. L’entourage de Pouvanaa s’est également divisé sur la réponse à apporter. Le député a tenté de s’expliquer après coup : il aurait été d’abord partisan du OUI, puis aurait changé d’idée après une entrevue avec le gouverneur Bailly qui lui demandait de voter positivement. Or, Pouvanaa reprocha au gouverneur d’être resté passif lors de la manifestation contre l’impôt sur le revenu alors que la foule lançait des pierres sur l’assemblée et contre sa propre maison. Le gouverneur n’aurait jamais ouvert l’enquête qu’il avait promise (il aurait reçu de Paris l’ordre d’arrêter les poursuites) (1). Finalement, devant le refus du gouverneur de dissoudre l’assemblée (pour se débarrasser de son rival), il annonce alors qu’il appellera à voter NON. Au cours de son procès Pouvanaa a déclaré : « Dans la propagande, je n’ai pas dit de voter OUI, mais j’ai dit : que certains votent OUI et que d’autres votent NON… » Pendant la campagne, il aurait expliqué – naïvement ? - que si le NON l’emportait il irait négocier avec de Gaulle (2). Ce qui est évident, c’est qu’il n’a mesuré ni la force du Général, ni celle de ses adversaires.

2/ Les partisans du OUI
Pouvanaa est seul contre tous. Des membres de son parti appellent à voter OUI. Ses adversaires se mobilisent et obtiennent des moyens importants pour leur propagande. L'Administration ne ménage pas ses efforts pour faire triompher le OUI, aidée par la gendarmerie (« d’une aide discrète mais efficace » selon le capitaine Bouvet)
Les gaullistes locaux veulent un nouveau statut qui gomme les effets "néfastes" de la loi-cadre et dénoncent les périls qui attendraient la Polynésie si elle devenait indépendante. G. Coppenrath obtient de J. Foccart qu'il enregistre une émission de radio appelant à voter OUI. Elle est diffusée le 16 septembre, le texte étant lu par André Malraux. Il est facile de jouer sur le prestige du Général qui promet une France nouvelle et glorieuse… et qui promet aussi de « respecter le caractère particulier propre aux terres du Pacifique » (3).

Chaque jour ou presque, Les Nouvelles, seul quotidien du Territoire, appellent à voter OUI, par exemple en publiant des communiqués émanant des conseils de districts. Les Églises soutiennent le OUI, non sans déchirements chez les protestants. Des pasteurs ont « annoncé dans leurs temples que les gens qui choisissaient le NON étaient des enfants du démon, et que ceux qui choisissaient le OUI étaient des enfants de Dieu ». Nedo Salmon a pesé de toutes ses forces pour entraîner la direction de l'Église évangélique dans cette voie. D’après A-R. Grand, Monseigneur Mazé, de son côté, lança un appel à tous les catholiques à la radio, les invitant à voter OUI afin de lutter contre le matérialisme athée.

3/ Une campagne électorale inégale
Selon la gendarmerie, « la propagande menée par les divers partis ou organismes a été extrêmement active et les esprits ont connu un degré d’excitation jamais atteint à Tahiti aux dires des vieux habitants » et « des échauffourées entre partisans du OUI et ceux du NON ont été monnaie courante » (4).

Pouvanaa ne dispose pas des moyens suffisants pour sa propagande. Le capitaine Bouvet précise que « Pouvanaa s’est vu refuser par les imprimeurs la publication de tracts ou affiches », et qu’il a dû avoir « recours à une ronéo ». « Aucun moyen radio n’a été mis à disposition du RDPT » reconnaissent les archives militaires (5). Les bateaux de l’armée ou la goélette administrative sont refusés au député, alors que ses adversaires et même son ancien allié J-B Céran-Jérusalémy les obtiennent pour aller faire la propagande du OUI. Le capitaine Bouvet rapporte que, pour aller faire campagne aux Îles Sous-le-Vent et à Makatea, Pouvanaa a dû emprunter un minuscule « boat » de pêche.

G. Coppenrath a déclaré sur les ondes de RFO (25 septembre 2008) que Pouvanaa aurait certainement obtenu un pourcentage de NON plus élevé s’il avait disposé des moyens de propagande dont il a été privé par une politique délibérée du gouverneur.

(1) Voir le mémoire de Djema Ries, Le référendum de 1958 en Polynésie française, Master 2, UPF, 2006, p. 60.
(2) CAC, 19970407 art. 39.
(3) Citation rapportée par A. Poroi, PV de l’AT, 14 novembre 1958.
(4) Rapport du capitaine Bouvet 126/4 du 29 septembre 1958, CAC 19970407, art. 39.
(5) SHAT, 15 H 127, début 1959.

[J.M.Regnault]

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