Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Les lendemains du référendum -

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L’élimination de Pouvanaa de la vie politique

1) Les lendemains du référendum


Caricature de Pouvanaa croqué en
Napoléon qui vient de voir son rêve passer

Profiter de la victoire et/ou surmonter la défaite
Le soir du référendum, une atmosphère propre aux lendemains d’élections importantes règne à Papeete, mais cette fois, les esprits s'échauffent et certains responsables politiques veulent profiter du résultat pour se débarrasser de Pouvanaa. Ce dernier semble avoir été profondément marqué et se demande comment Dieu a pu l’abandonner.

L'opposition au député trouve l'appui de l'Administration qui a sans doute déjà arrêté un plan ou tout au moins décidé de se saisir d'une occasion favorable. Le journal Les Débats exige de "jeter Pouvanaa hors de la Polynésie". Un tract de Franck Richmond s'en prend férocement aux amis de Pouvanaa :
"Les partisans du Metua sont des gens crédules ou des vipères […] Les seconds, aucun comité, aucune association du Territoire ne pourra en venir à bout, même pas la police est trop complaisante à leur égard [...], il faut les chasser ou les abattre ." (1)

Plus loin, l’auteur du tract continue dans la même veine :
"Comme en 1945, il faudra ici un Comité d'épuration devant lequel, TOUS nous devrons comparaître.
La lessive est toute prête aujourd'hui pour les gens sales.
Comme dans la Fable, la peste est partout et il faut s'en prémunir avant qu'il ne soit trop tard.
"

Dès le lendemain du référendum, le capitaine Bouvet confirme que : « l’objectif des partis vainqueurs est dans un premier temps d’obtenir la démission de M. Pouvanaa de son poste de vice-président du conseil de gouvernement et des manifestations publiques sont prévues si l’intéressé n’offre pas lui-même de quitter ce poste ». Il y a donc une forte pression qui s’exerce pour éliminer Pouvanaa de sa place de leader sur la scène politique. Vraisemblablement, le gouverneur a essayé de circonvenir une partie des élus RDPT (des deux tendances). Pouvanaa est considéré comme quelqu’un capable presque seul de mobiliser 37 % de l’électorat dans les conditions les plus difficiles et « qu’il reste un élément d’autant plus dangereux qu’il est antifrançais et capable de tous les mensonges dans sa propagande », toujours selon le capitaine Bouvet.

Chaque camp se prépare à l’affrontement
« Des troubles étaient à prévoir dans les deux éventualités de réussite du OUI ou de son échec », et « beaucoup de gens recherchaient armes et munitions, principalement dans un but de protection » commente le capitaine Bouvet. Toujours selon la même source, « les bruits les plus affolants ont circulé, allant de la menace d’attentats individuels à la prise du pouvoir par la minorité ayant voté OUI si le scrutin ne lui était pas favorable ». Les amis de Pouvanaa ont donc pu croire que leurs adversaires n’admettraient pas leur défaite et seraient capables d’un « putsch » dont forcément ils seraient les victimes. C’est pourquoi « des groupes Pouvanistes étaient prêts à occuper divers points de la ville ». La situation s’était révélée suffisamment grave pour que se concertent « le gouverneur, le Commandant d’Armes, le Commandant de la CAITM et de la Police », pour étudier « les diverses hypothèses ». Du coup, « les patrouilles, recherches de renseignements et surveillances des réunions ont été intensifiées et ont absorbé la majorité du personnel ».

Le gouverneur, dès le lendemain du référendum, participe à des manifestations de « patriotisme » autour du mausolée du roi Pomare V à Arue au cours desquels le RDPT est vivement pris à partie. Toujours d’après le capitaine Bouvet, les partisans du OUI se montraient déçus de ne pas voir de « résultats spectaculaires et immédiats », ce que l’on peut traduire par : « déçus de ce que Pouvanaa soit toujours vice-président ».

Les partisans de Pouvanaa s'arment et se barricadent chez le député, comme ils avaient commencé à le faire dès avant le référendum (2). Pouvanaa aurait donc organisé la défense de sa maison et « fait la loi dans son quartier », tout en élaborant un plan pour venir à bout d’une « descente » de gendarmerie. Il aurait demandé aux protestants de ne plus verser leur aumône puisque la direction de l'Église avait pris parti contre lui. Cela suffit au gouverneur pour considérer que l'ordre public est compromis. Aucune charge, en revanche, n’a été retenue contre les adversaires de Pouvanaa qui répandent des incitations aux violences et/ou organisent vraisemblablement des milices prêtes à répondre (ou à provoquer) aux agissements des fidèles du Metua. Pouvanaa aurait même été inquiet – alors que jusque-là il ne se sentait pas menacé comme nous l’avons vu – et a demandé « aux militants et sympathisants de rester [chez lui] et de [le] protéger » (3).

Aux partisans du OUI pressés de se débarrasser de Pouvanaa répondent les partisans de ce dernier, « maintenus en haleine par le député et prêts à exécuter tout ordre pouvant leur venir de ce dernier ; sa maison restant continuellement entourée de 50 à 100 personnes voulant jouer le rôle de gardes du corps, palabrant dans l’expectative d’une harangue ».

Le capitaine Bouvet rapporte que « le 6 octobre vers 20 h, une foule évaluée à plus de mille personnes écoutait un discours [de Pouvanaa] diffusé par haut-parleur, d’une extrême violence contre la France et le gouverneur ».

(1) Ce tract bleu a été exhibé au cours du procès.
(2) Lors de son interrogatoire du 3 novembre, Pouvanaa raconta que pendant la campagne électorale de nombreux militants se sont installés chez lui par crainte de ce qui pourrait lui arriver (ce que confirme le rapport du capitaine Bouvet évoqué plus haut). Le député semblait alors ne pas croire qu’il était menacé.
(3) Interrogatoire du 3 novembre 1958.

[J.M.Regnault]

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