Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - L'accident du Catalina -

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L'accident du Catalina

Alors expert au bureau Véritas, M. Lebihan fut chargé de mener, l'enquête sur les causes de la catastrophe du Catalina. Pilote depuis 1927 et totalisant 21 années de pilotage, il pouvait mieux que quiconque apprécier les circonstances de l'accident. Il était d'autant mieux placé qu'il a piloté durant sa carrière aéronautique quelques 52 types d'avions et hydravions dont le fameux Catalina qu'il connaissait parfaitement bien. C'est d'ailleurs lui qui avait "lâché" le commandant Frame devenu chef-pilote qui devait à son tour "cheker" le commandant Allais, chef-pilote de la R.A. I. à cette époque. Voici donc le témoignage de M. Lebihan :


L'hydravion Catalina de la RAI s'abîme dans le lagon d'Uturoa le 19 février 1958.

« Moins de deux heures après l'accident ce 19 février 1958, le bureau Véritas de Papeete me téléphonait, me demandant de me rendre à Uturoa pour y faire l'expertise de l'épave du Catalina. Une goélette partait le soir même. J'embarquai donc pour arriver le lendemain matin à Raiatea ».

« Il pleuvait ce jour-là. Je pris aussitôt contact avec la gendarmerie pour consulter les premiers rapports faits. Je remarquai ainsi immédiatement que le pilote s'était présenté venant de Bora-Bora et passant entre Tahaa et Raiatea. Sur son parcours bien avant le plan d'eau où il devait amerrir, il y avait une manche à air accrochée au bout d'un poteau, à 5 ou 6 mètres de haut. Elle indiquait la direction du vent ».

« Le pilote l'a donc vue. Et bien que le vent était alors très faible, (tellement faible qu'il n'arrivait pas à faire des risées sur le lagon), cette manche à air indiquait un sens de vent opposé (nord) au sens dans lequel il se présentait pour se poser. C'était parfait ».

« Il y avait pourtant sur le lagon une certaine réfraction du soleil. C'est ce qu'on appelle en langage aéronautique: « le mirage ». Cette luminosité ne permet généralement pas, même au pilote confirmé de bien évaluer la hauteur à laquelle il se trouve au-dessus de l'eau. Dans le cours de ma vie de pilote d'hydravion, j'ai d'ailleurs eu beaucoup d'amis pilotes qui se sont « crashés » dans ces conditions.

La veille de l'accident, le commandant Allais avait pris l'apéritif avec un ancien directeur de la compagnie des phosphates, M. Lehebel. Ce dernier lui avait justement posé la question: « en cas de mirage, que faites-vous ? »

« Le pilote lui avait répondu à peu près ceci: « Je me présente loin avec du moteur. Je règle ma descente à une faible vitesse de descente, de telle façon que l'hydravion touche l'eau sans aucun danger ; sans même que je sache que l'eau est là ».

« Or le lendemain, ironie du sort, le commandant Allais s'est retrouvé dans les mêmes conditions de vol. S'apercevant que le vent, bien que très faible, n'était pas dans le bon sens, très honnêtement, il a décidé de rechercher l'amerrissage vent debout. Il est donc sorti à l'extérieur du récif. Il a tourné à droite, pour revenir beaucoup plus loin. En arrivant au-dessus de la passe, il a aperçu des rouleaux dans cette passe. Il a estimé à ce moment qu'il pouvait alors se poser avec sécurité dans cet endroit... »

« Il a ainsi prolongé son vol latéralement au lagon. Jusqu'à un point tel à la hauteur duquel, après avoir repris l'axe de la piste, il a commencé sa descente. A ce moment-là, il discutait avec son co-pilote Seitre et avec son radio, Odon Tchan. Il demanda au premier cité: « A quelle hauteur sommes-nous ? ». Au lieu de regarder dehors Seitre a donc dû consulter les instruments pour répondre : « Nous sommes à 18 ou 20 mètres ».

« A ce moment, le commandant Allais s'est rendu compte qu'il se trouvait dangereusement face à une petite pointe et a décidé de faire un léger virage en glissade pour gagner quelques mètres afin de se retrouver dans l'axe du plan d'amerrissage. C'est dans cette glissade qu'il a perdu un peu de hauteur. De ce fait, l'aile droite de l'hydravion s'était inclinée. Et l'inclinaison de l'appareil a fait que l'extrémité de l'aile droite a brusquement touché l'eau du lagon ».

« Le ballonnet droit (flotteur de bout d'aile) a été arraché. Les mâts qui soutenaient l'aile par rapport à la coque ont été cisaillés. Sur l'aile, les deux moteurs tournaient à au moins 2 500 tours. Par l'effort qu'elle a dû faire au moment du choc, repoussée par l'eau, l'aile s'est donc retrouvée pratiquement bloquée. Ainsi le fuselage du Catalina s'est déplacé latéralement à l'aile. L'hélice du moteur droit qui tournait toujours, a cisaillé la coque à la hauteur du poste de pilotage ».

« Le co-pilote Seitre devait mourir sur le coup, le sommet du crâne décapité par l'hélice. Le commandant Allais subissait le même sort, lui aussi horriblement atteint. L'avant de la coque arrachée a donc éjecté les deux malheureux. Le panneau qui se trouvait derrière le poste de pilotage fut quant à lui, arraché à cause du poids des postes radio et autres batteries qui s'en trouvaient solidaires. Et du même coup, le radio Odon Tchan, était libéré. Il se retrouva sans égratignure dans l'eau, où il eut la chance de retrouver le flotteur de bout d'aile pour s'y agripper. Cela lui permit de sauver Mme Scipion qui tenait son enfant dans ses bras, et nageait assez mal ».

« Le troisième jour après le drame, des corps n'avaient toujours pas été retrouvés. Me trouvant au restaurant avec la majorité des responsables techniques de l'enquête et des recherches, un pêcheur vint nous présenter une tête d'enfant que M. Vidal, chef des T.P. n'a pu reconnaître. C'est alors que j'ai pris la décision de demander au commandant de l'aéroport de faire cesser toutes recherches car nous risquions compte tenu du manque progressif de visibilité dans le lagon, de mettre en danger la vie des sauveteurs. Mon initiative fut acceptée. Et après un télex envoyé à Paris à l'Aviation civile, les recherches furent abandonnées ».


Plongée sur l'épave du Catalina

« Détail horrible: je me souviens qu'à Raiatea, pendant quelques mois, plus personne ne voulait manger de crustacés. On craignait qu'ils ne se soient nourris avec les corps restés au fond de l'eau ».

« Sur ce drame terrible, en conclusion d'expert officiellement désigné par la justice, je devais donc conclure ceci ; si au lieu de se fier aux instruments de bord, le commandant Allais s'était contenté de regarder les cocotiers qui se trouvaient à sa droite sur les deux îles, il aurait sans doute mieux apprécié sa hauteur par rapport au plan d'eau. Et l'accident ne se serait certainement pas produit. De plus, il y a aussi le fait que pour reprendre l'axe précis sur lequel il aurait pu se poser, il a pris trop large. Il s'est aperçu alors qu'une pointe de terre le gênait. Il a voulu se rattraper dans un petit virage en forme de glissade, et il s'est irrémédiablement crashé ».

[Source : Mémorial polynésien]

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