Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Amo, Purea, Mai ou Omai, Pomare I -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Galerie des personnalités | 1767-1819. Un ordre nouveau | Amo, Purea, Mai ou Omai, Pomare I

Un ordre nouveau


AMO (1730-1793)

Chef du grand clan des Teva à l’arrivée de Samuel Wallis en 1767, Amo était assurément les plus puissant des ari’i des îles du Vent. Il portait le titre d’ari’i rahi et possédait le maro’ura, cependant il n’exerça pas un pouvoir sur tout Tahiti. D’autres chefs avaient aussi de puissantes armées. Amo lança sa flotte de guerre à l’abordage du Dolphin de Wallis et connut une grave défaite. La destruction de ces pirogues de guerre permit à ses vassaux de se révolter en 1768 et de le vaincre à la bataille de Papara. Les années suivantes, c’est l’ascension du chef Hapai et de son fils Tu (Pomare Ier) qui fut soutenue par les Européens. En voulant s’opposer à Pomare Ier en 1793, Amo, qui conservait un grand prestige, fut tué au combat d’Atehuru par les balles des mercenaires européens de Pomare. Amo avait pour femme Purea.

[Dictionnaire/illustré de la Polynésie, sous la direction de F.Merceron]



PUREA ou OBEREA (XVIIIe siècle).

Nom familier de Airorotua, fille de Teriivaetua, chef de Tefana i Ahurai (Faa’a). Née entre 1720 et 1730, selon les estimations de Samuel Wallis et de James Cook, Purea était apparentée à plusieurs familles ari’i de Tahiti. De son mariage avec Amo, chef de Papara, un fils naquit vers 1762 et reçu le nom de Teriirere. Conformément à la tradition tahitienne, Amo se vit relégué au rang de tuteur et Purea, émancipée, en tira un surcroît d’influence. Orgueilleuse et ambitieuse, elle conçut le projet de faire de Teriirere le souverain de Tahiti mais, la conception polynésienne de la parenté prônant l’égalité entre cousins, cousines, frères et sœurs, elle se heurta à l’opposition des autres familles régnantes. Elle les irrita également par la construction du plus grand marae jamais vu en Polynésie, celui de Mahaiatea qui devait symboliser la toute-puissance de Teriirere. C’est elle encore qui, faisant valoir ses droits sur la côte nord de Tahiti, accueillit Wallis à Matavai en 1767. En décembre 1768, une coalition se noua contre Papara entre les royaumes de Taiarapu, Oropaa et Pare. La défaite de Purea fut sévère puisque, d’après Ariitaimai, des ossements humains couvraient encore la plage de Papara en juin 1769. Purea et Amo avaient trouvé refuge dans les montagnes et Teriirere perdu le maro’ura. Il gardait cependant le pouvoir à Papara et c’est là que Purea vécut ses dernières années. Au mois de mai 1774, Cook l’accueillit à son bord et Johan Forster donna une description de la vieille reine dans son journal : « Elle nous parut avoir de 40 à 50 ans. Sa stature était haute vaste et grasse, et ses traits qui devaient être plus agréables jadis étaient maintenant plutôt masculins. Cependant il demeurait encore quelque chose de son ancienne grandeur : elle avait un œil fait pour la menace ou le commandement et une attitude libre et noble ». Elle mourut un an environ avant le retour de Cook en août 1777.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie, sous la direction de F. Merceron]



OMAI

Omai, dont le vrai était Mai, fut le premier Polynésien à faire le tour du monde et à séjourner en Angleterre, entre 1773 et 1777. Rien ne prédisposait ce fils d’un petit ra’atiraa, originaire de Raiatea à un tel exploit. Mais ce jeune homme de vingt ans environ avait des manières douces et un caractère gai, typiques de sa race, et Tobias Furneaux, le commandant du bateau accompagnant le capitaine Cook, céda à son instante prière de l’embarquer en 1773, à Huahine où il s’était fixé après des années de vagabondage.

A son retour en Angleterre en juillet 1774, le capitaine Furneaux fut autorisé à présenter Omai à la cour du roi George III, ce qui ouvrit au Polynésien les portes de la bonne société. Il devint un invité assidu au château du ministre de la Marine, Lord Sandwich, où il assista, habillé en pantalon rouge, chemise à dentelle et veste blanche, à des bals et aux chasses au renard ! Il apprit vite toutes les danses à la mode et se tailla un succès énorme en préparant du poisson cru et en cuisant du mouton, des pommes de terre et des navets dans un four tahitien. A Londres, sa distraction favorite - comme celle de Ahutoru à Paris, quelques années auparavant - était d’assister aux spectacles de l’opéra. Il était aussi passionné de jeux de cartes. Mais ce qui étonna le plus ses amis, pendant les deux hivers qu’il passa en Angleterre, c’est qu’il patina avec plaisir sur la glace, montrant dans cet exercice beaucoup d’adresse et d’élégance. En revanche les nombreuses tentatives de ses hôtes pour lui inculquer des connaissances jugées plus utiles, telles qu’un peu d’anglais, arithmétiques et des rudiments de la religion anglicane, échouèrent.

Lorsque le Capitaine Cook retourna pour la troisième fois et dernière fois dans le Pacifique, en 1776, sur l’ordre du roi George III, il embarqua Omai. Celui-ci laissa comme cadeau d’adieu à son premier protecteur, le capitaine Furneaux, son tabouret en bois , avec lequel, comme un vrai ari’i tahitien, il se promenait partout, et que nous pouvons aujourd’hui admirer au Musée de Tahiti et des Iles. Tel un gentleman, Omai portait désormais un uniforme de lieutenant et mangeait à la table du capitaine Cook. Celui-ci trouva tout à fait naturel qu’Omai se dote lors du passage en Nouvelle-Zélande, de deux domestiques maoris. C’est cependant au moment de la longue escale des îles Tonga que la gloire d’Omai atteignit son zénith, car il remplit avec brio le rôle de maître de cérémonies et d’interprète du capitaine. Sa popularité parmi les chefs tongiens, qui le prenaient pour leur pair, s’explique surtout par les nombreux cadeaux fournis par Cook, mais qu’Omai distribuait en son propre nom.

La réception que ses compatriotes lui firent à Tahiti fut beaucoup moins glorieuse, tout simplement parce qu’il n’était pas un ari’i. Il essaya de se mettre en vedette en montant sur un cheval, arrivé sur le bateau, mais ne provoqua que des moqueries lorsque le cheval le désarçonna à plusieurs reprises. Sur le conseil de ses amis anglais, Omai décida finalement de se réinstaller à Huahine où Cook s’arrêta deux semaines pour permettre aux charpentiers de lui construire une maison en bois, de style européen, de huit mètres sur six. Elle fut immédiatement remplie de la multitude de cadeaux que ses amis de la noblesse anglaise lui avaient remis pour qu’il puisse vivre d’une manière civilisée. Il n’y avait pas seulement des tables, des chaises et des lits, mais aussi une boîte à musique, un échiquier, une armure, des mousquets, des sabres d’abordages, des outils de jardinage et une brouette, ainsi que des portraits du roi et de la reine d’Angleterre. En outre, Cook envoya à terre une équipe de marins qui plantèrent et semèrent des légumes européens.

On débarqua aussi des chevaux quelques moutons et une chèvre. Les amis d’Omai nourrissaient l’espoir qu’avec tout cet équipement et tous ces biens, il donnerait le « bon exemple » et aiderait les insulaires à améliorer leur sort.

Onze ans plus tard, le 29 juillet 1788, un capitaine anglais fit à nouveau escale à Huahine et constata qu’Omai et ses deux domestiques Maoris étaient morts, sa maison détruite, ses animaux disparus et son jardin potager envahi par les mauvaises herbes. Le capitaine Bligh, qui s’arrêta à Fare en avril 1789, juste avant la mutinerie, parvint, grâce à sa bonne connaissance de la langue tahitienne, à obtenir quelques renseignements supplémentaires : Omai et ses domestiques auraient succombé à une mystérieuse fièvre, accompagnée d’une « enflure à la gorge », après avoir été dépouillés de tous leurs biens.

Quant aux animaux, ils avaient été rapidement tués et mangés par les gens de Fare.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie, sous la direction de F.Merceron]



POMARE I (entre 1750- 1803).

Chef de la côte nord de Tahiti. Au moment de la découverte de Tahiti, le père de Pomare Ier, Teu (également appelé Hapai) n’était que le chef de Arue, la plus petite des 22 chefferies de l’île. Mais son rang, négligeable sur le plan politique et militaire, ne l’empêchait pas d’occuper dans la hiérarchie sociale et religieuse une position comparable à celle des chefs des quatre grandes fédérations tahitiennes : celles des deux Teva, d’Oropaa et de Teaharoa. En outre sa lignée était politiquement ascendante car sa mère était de la très noble famille des Vehiatua de la presqu’île de Tahiti et Teu avait lui même épousé Tetupaia, fille des Tamatoa de Raiatea, famille la plus illustre des îles de la société. Contrairement à ce qu’avancent de nombreux ouvrages historiques, les Pomare n’étaient donc pas des parvenus, comme tenta de le faire croire la reine Marau, membre du clan rival des Teva.

Le fils aîné de Teu, le futur roi Pomare Ier, reçut dès sa naissance le titre ancestral de Tu. Il ne fit guère preuve de qualités intellectuelles ou morales supérieures et se montrait souvent réservé et timide. Il n’est donc pas étonnant que Wallis n’ait pas soupçonné son existence et que Cook ne l’ait remarqué qu’en 1773, lors de son second voyage. Il portait alors le nom de Vairaatoa, mais , pour le désigner, Cook utilisa exclusivement son titre qu’il orthographiait Otoo. Il fut surtout impressionné par sa haute taille ( 1.90m) et sa volumineuse chevelure frisée, mais le trouva peu communicatif et peureux. Cook estima l’âge de Tu-Vairaatoa à 30 ans, tandis que les naturalistes Johan et Georg Forster lui donnèrent 24 à 25 ans. Cette dernière estimation, qui situe la naissance de Pomare Ier au environs de 1750, est confirmée par une demi-douzaine d’autres visiteurs européens.

Le capitaine Cook commit l’erreur, plus grave, de prendre Tu-Vairaatoa pour le roi de Tahiti et le combla de cadeaux au cours de chacune de ses visites. Ce favoritisme se tourna contre Tu car les autres chefs tahitiens, se sentant lésés, envahirent Arue à plusieurs reprises pour s’emparer de ses trésors. En même temps, ils brûlaient les maisons et détruisait les plantations comme c’était courant à Tahiti pendant une compagne militaire. Timoré, Tu s’enfuyait laissant alors à Itia , sa courageuse et très virile épouse, et à ses deux frères, Ariipaea et Vaetua, le soin d’organiser la défense du petit royaume.

Ces terribles incursions continuèrent dix années encore et c’est l’arrivée du Bounty en octobre 1788 qui mit fin au désastre. Le commandant William Bligh, qui avait servi sous les ordres de Cook, était convaincu que Tu était le souverain de Tahiti. C’est pourquoi il mouilla le navire devant la demeure royale, dans le lagon d’Arue, et y resta trois mois.

Lorsque, après la mutinerie, le Bounty revint sous le commandement de Fletcher Christian, en septembre 1789, pour débarquer seize hommes, Tu s’empressa de leur offrir des terres et des femmes, bien conscient de l’avantage que représentait le voisinage d’amis popa’a bien armés, susceptibles de prendre sa défense. Comme il l’avait espéré, ceux-ci réagirent avec loyauté dès la première épreuve, en septembre 1790, lorsque des guerriers de Faa’a et d’Atehuru envahirent Porionuu. Tu, qui s’était caché pendant que les combats faisaient rage, se proclama néanmoins vainqueur et la voie lui sembla ouverte à une conquête militaire de grande envergure. Il envoya les Anglais faire le tour de l’île, exigeant la soumission de tous les chefs. Malgré le refus des Teva, ce coup audacieux aurait certainement réussi sans l’intervention de l’équipage de la Pandora. Celui-ci avait été envoyé à la recherche des mutins de la Bounty et E. Edwards procéda à l’arrestation de tous les mercenaires de Tu.

C’est à ce tournant de sa vie que Tu adopta le nom de Pomare. Il en fournit lui-même l’explication, transcrite par Bligh sur le journal de bord de la Providence en 1792 : « le roi a adopté ce nouveau nom à la suite de la mort de sa fille aînée, Teriinavahoroa, qui a succombé à une maladie qui la faisait beaucoup tousser (mare), surtout la nuit ( po). C’est une coutume courante à Tahiti, lorsqu’un enfant meurt, que les parents prennent le nom de sa maladie ».

Peu après, Pomare Ier reconstitua le noyau européen de son armée grâce au naufrage du baleinier anglais Matilda. Ce navire s’était échoué à Moruroa à la fin du mois de février 1792 et les 28 hommes d’équipage avaient réussi à gagner Tahiti sur leurs canots. Cinq d’entre eux acceptèrent de se joindre à l’armée de Pomare contre une solde généreuse payée en femmes et en cochons. Ils furent rejoints un an plus tard par Peter Haggerstein, un matelot suédois, déserteur, qui s’imposa vite comme chef des mercenaires européens. Le capitaine de la Matilda avait également sauvé tout son arsenal comprenant 27 mousquets, 21 pistolets et un petit canon. Il l’échangea contre du porc salé avant de partir de Tahiti. Pomare ne put en acheter qu’une partie et le reste tomba aux mains de ses ennemis. Néanmoins, la balance militaire penchait nettement en faveur de Pomare parce qu’il était le seul à avoir dans ses rangs des tireurs d’élite popa’a. Sa femme, Itia, avait appris à se servir d’un mousquet avec la même adresse que Haggerstein et ses hommes. En revanche, ses adversaires possédaient des armes supérieures en nombre de sorte que, même si Pomare gagnait beaucoup de batailles, il n’arrivait pas à les transformer en conquête durables.

L’arrivée en mars 1797, de 18 missionnaires protestants ne changea pas de manière décisive le destin de Pomare. La même insécurité et la même anarchie régnèrent à la fin du XVIIIe et au début XIXe siècles. Pomare et son père Teu se consolaient de leurs échecs par des beuveries interminables. C’est ce qui explique probablement la mort des deux hommes, à moins d’un an d’intervalle. Teu rendit l’âme en novembre 1802 et son fils le 3 septembre 1803. Les missionnaires racontent que « Pomare se rendait ce jour à bord d’un navire de commerce mouillé à Matavai, dans une petite pirogue, pagayée par deux de ses domestiques. Ils étaient presque arrivés, quand une douleur subite dans le dos saisit le roi. Il poussa un cri, se redressa et chercha avec ses mains à comprimer l’endroit qui lui causait tant de peine. Il avait juste esquissé ce geste qu’il bascula en avant et resta couché au fond de la pirogue, les mains pendantes de chaque côté. Il laissa ainsi tomber sa pagaie et ne prononça plus un mot ».

Selon la coutume tahitienne, son corps fut d’abord soigneusement séché sur la plateforme d’un fare tupapa’u dans la propriété ancestrale de Papaoa, puis caché dans une grotte des montagnes d’Arue.

Comme tous les chefs de Tahiti, Pomare Ier avait eu plusieurs femmes, les plus connues était Itia et sa sœur Vaiareti. Il semble qu’il n’ait eu d’enfants qu’avec Itia. Sur les cinq descendants mentionnés dans la généalogie officielle, quatre sont morts en bas âge tandis que le seul survivant, Pomare II, poursuivit avec plus de succès la conquête du pouvoir dont avait rêvé le fondateur de la dynastie.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie, sous la direction de F.Merceron]

Retour en haut de page