Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Tati le Grand, Paraita, Hitoti a Manua -

Sommaire

Le kiosque

La presse de l'époque

Le kiosque

! Vous êtes ici : Galerie des personnalités | 1824-1880 . La première assemblée législative | Tati le Grand, Paraita, Hitoti a Manua

La première assemblée législative.


TATI LE GRAND (vers 1773-1854).

Autre nom : Taura atua i Patea. Petit-fils du grand chef Amo de Papara, Tati appartenait au puissant clan des Teva qui exerçait sa domination sur le sud de Tahiti. Quand son grand-oncle Ariifaatia mourut sans postérité en 1798, Tati lui succéda à la tête du district de Papara. D'après la princesse Ariitaimai, « il était alors célibataire, ses relations avec Tu (Pomare 1er) étaient amicales et il accéda paisiblement à la principauté (...) Il fut toujours sage et pacifique, atteignit ses buts par diplomatie plutôt que par violence et préféra l'alliance avec les Pomare à la guerre » (Henry Adams: « Mémoires d'Ariitaimai »). C'était sans compter avec l’ambition de Pomare II qui attaqua Punaauia et Paea par surprise en 1807. Il se livra à un tel massacre que la plupart des habitants de Papara s'enfuirent dans les montagnes. Tati trouva refuge à Bora Bora, mais son frère Opuhara organisa la résistance à Tahiti avec l'aide des autres districts et écrasa Pomare en 1808. Installé à Moorea, celui-ci s'allia en 1812 avec les chefs des îles Sous-Ie-Vent. Tati faisait partie de la cour du roi Tapoa de Bora Bora et devint, sans le vouloir vraiment, allié de Pomare. Il débarqua à Moorea avec les armées des îles Sous-le-Vent mais ne prit pas part aux combats de 1815. Il chercha à se poser en médiateur et tenta de négocier la soumission de son frère à Pomare et au parti chrétien. Opuhara refusa et fut tué lors de la bataille de Fe'i Pi. Tati retrouva alors son titre d'ari'i nui de Papara et de chef du clan des Teva. A la mort de Pomare II en 1821, il aurait pu revendiquer la couronne de Tahiti mais il y renonça pour éviter de se trouver sous la coupe des missionnaires. Il était pourtant favorable à l'extension du christianisme et accepta d'organiser la répression de l'hérésie Mamaia en 1829. Partisan du protectorat français qui, selon lui, pourrait seul imposer la paix aux districts, il signa une pétition favorable à l'intervention de l'amiral Dupetit-Thouars en 1842. Lorsque ce statut put être appliqué, la pondération et l'autorité de Tati le désignèrent naturellement à la présidence de l’Assemblée législative tahitienne entre 1848 et 1852. De par ses liens familiaux et politiques, il fut un des Tahitiens les plus influents dans la première moitié du XIXe siècle. Sa personnalité est évoquée dans plusieurs ouvrages tels « Voyages aux iles du Grand océan » de son ami intime Jacques Moerenhout et les mémoires de sa petite-fille, la princesse Ariitaimai.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie, sous la direction de F. Merceron]



PARAITA (1787-1865).

Autre nom : Teriitanoa a Temaehuatea. Paraita appartenait à une lignée inférieure des ari'i de Pare et dut son ascension rapide à son affabilité inaltérable et à son sens de la diplomatie. Sa carrière politique débuta en 1830 lorsqu'il fut désigné par ses pairs comme successeur du chef de Pare, écarté du pouvoir par les missionnaires anglais car il participait fréquemment aux débauches des hérétiques de la secte des Mamaia. C'était l'époque où Pare commençait à devenir Papeete, port le plus important et capitale de Tahiti où la reine Pomare IV avait désormais sa résidence principale. La famille de Paraita avait la chance de posséder les terrains les mieux situés (actuellement occupés par le centre Vaima) et dont la location aux commerçants assurait des revenus très confortables.

Dans la société polynésienne en mutation, Paraita devint vite un intermédiaire indispensable, seul capable d'obtenir un « arrangement » même dans les affaires les plus ténébreuses. La jeune reine lui faisait confiance, incapable qu'elle était de maîtriser tous les problèmes créés par le nombre grandissant de baleiniers faisant de longues relâches à Tahiti et abandonnant des matelots déserteurs. Le titre officiel de Paraita était 'auvaha, mot qui dans la société tahitienne ancienne désignait le porte-parole ou orateur d'un ari'i. Ce nouvel 'auvaha se mit rapidement à prendre des décisions au nom de la reine sans même la consulter. Ceci explique que dans tous les documents en langues européennes, Paraita soit désigné comme « régent », terme qui n'a pas d'équivalent en tahitien. Trop occupée par les fêtes et les jeux, la reine Pomare se satisfaisait très bien de cette usurpation de pouvoir.

Lorsque Jacques Moerenhout commença à œuvrer en faveur d'un Protectorat français, Paraita l'appuya énergiquement car il était convaincu que c'était la seule manière de mettre fin à l'anarchie qui régnait alors. Protestant, élevé par des missionnaires anglais, il aurait bien sûr préféré que l'Angleterre assumât ce rôle protecteur, mais dès 1840 il était devenu évident que le gouvernement de Londres portait moins d'intérêt à la Polynésie orientale.

C'est ainsi que Paraita signa le 9 septembre 1842 la pétition demandant le protectorat français. Il collabora activement avec le gouverneur Bruat et prit personnellement part aux combats, dans les rangs français, avec beaucoup de bravoure. Les gouverneurs qui se succédèrent après la fin des hostilités, en 1847, continuèrent à se servir de lui pour contrebalancer le pouvoir de la reine, moyennant un salaire de 5 000 francs. Dans un rapport officiel, datant probablement de 1853, Paraita est mentionné en ces termes qui ne sont pas entièrement flatteurs : « Ce fonctionnaire jouit, aujourd'hui, d'une influence énorme, qu'il étend tous les jours, avec une habileté et un esprit de suite qu'on ne reconnaît qu'à la longue. Très dévoué au gouvernement du Protectorat dont il est un des fondateurs, il sait que la retraite des Français serait non une cause de ruine, car il est assez rusé pour en conjurer les conséquences, mais causerait un ébranlement qu'il redoute. Malgré l'obésité de l'enveloppe c'est, peut-être, l'un des esprits les plus déliés qu'il y ait parmi les Indiens. On peut lui confier certaines missions délicates, son dévouement et son habileté les font aboutir. Son principal défaut est la rapacité, mais il sait néanmoins être généreux, au besoin. Sa nature et ses fonctions en font un antagoniste presque naturel de la reine à qui il fait contrepoids. Paraita n'a pas de brillantes qualités. Il est peu apte à parler en public ».

Paraita mourut le 24 octobre 1865 et fut enterré dans sa propriété de Mamao.

Une avenue portant son nom joint le quartier de Farimata à ceux de Vaininiore et de Patutoa.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie, sous la direction de F. Merceron]



HITOTI A MANUA. (1770-1846).

Grand chef du Te Aharoa (Tiarei), il s'opposa énergiquement à l'ascension des Pomare. Avec son frère Paofai, il déclencha la révolte de 1808 qui aboutit à l'exil de Pomare II à Eimeo. Cependant, il se convertit au christianisme et prit parti pour Pomare II lors de la bataille de Fe'i Pi. Il joua ensuite un rôle important à l'Assemblée législative tahitienne. A la mort de Pomare Il, il fut, avec Paofai, Utami et Tati, parmi les grands chefs qui refusèrent de payer tribut à Pomare IV et qui écrasèrent la secte Mamaia, soutenue par la reine, lors des combats de 1832-1833. Hitoti se rapprocha des Français et fut parmi ceux qui demandèrent le Protectorat à l'amiral Dupetit-Thouars en 1842. Contre Pomare IV, il soutint encore les Français lors de la guerre franco-tahitienne et n'hésita pas, malgré son grand âge à participer aux combats de Haapape. Il mourut en pleine guerre et fut fait chevalier de la légion d'honneur.

[Dictionnaire illustré de la Polynésie, sous la direction de F. Merceron]

Retour en haut de page