! Vous êtes ici : Histoire de l'institution | 1953-1996. L’Assemblée territoriale | 1953-1957. L'instabilité | Les EFO deviennent Polynésie française

Les ÉFO deviennent la Polynésie française
À ceux qui souhaitent l'appellation "Océanie française", il rétorque que cela comprendrait
alors la Nouvelle-Calédonie. Il insiste sur l'absurdité qu'il y aurait, selon lui, à changer un nom prestigieux :
"Pourquoi modifier le nom d'un Territoire, alors que celui–ci a connu la gloire sur les
champs de bataille des guerres 1914–1918, 1939–1945, et est ainsi passé à la
postérité ?"
L'assemblée passe outre. Par un premier vote, elle se prononce pour un changement
de nom (seize voix contre huit) et par un second, adopte l'appellation "Tahiti, Océanie
française" (dix-huit voix contre six).
J-B. Céran-Jérusalémy revient à la charge en 1955 et dépose à l'Assemblée de l'Union
française une nouvelle proposition, approuvée par l'assemblée territoriale (la majorité
vient encore de changer). J-B. Céran-Jérusalémy a expliqué que le nom de Tahiti, pour
l'ensemble du Territoire, se justifie fort bien. Tahiti c'est 50 % de la population, 25 % de
la surface du Territoire. C'est la même situation qu'à Hawaii. Écarter la solution "Polynésie française" n'est pas, affirme-t-il, "une manœuvre anti-française".
À l'Assemblée de l'Union française, le conseiller RPF Georges Oudard, rapporteur de la
commission de politique générale, démonte tous les arguments de J-B. Céran-Jérusalémy (1). Pour le rapporteur, le fait qu’un Marquisien dise qu’il relève de Tahiti, qui est le siège du gouvernement, ne signifie pas qu’il « souhaite être métamorphosé en Tahitien ». Quand bien même l’île de Tahiti serait cent fois plus grande, en raison de l’extrême éloignement des îles entre elles, donner à toutes le nom de Tahiti « serait une hérésie géographique si évidente qu’elle ne vaut pas d’être discutée ». Il serait faux, poursuit le rapporteur, de croire que dans le monde, le nom de Tahiti est donné d’emblée à toutes les îles des ÉFO. S’il y a des amoureux de Tahiti, suite au récit de Bougainville, ceux-ci seraient généralement bien incapables de citer les différents archipels des ÉFO. On ne donne donc pas un nom à des espaces géographiques que l’on ne connaît pas. La similitude
avec Hawaï est rejetée sous le prétexte qu’il n’y a aucune similitude entre les deux cas.
Pour conclure, le rapporteur suggère que l’AUF adopte la dénomination « Polynésie
orientale française ».
Quelques jours plus tard, le 24 avril 1956, en séance plénière, l’AUF examine la question.
Le rapporteur de la commission des affaires culturelles n’est pas convaincu de la
nécessité d’utiliser l’adjectif « orientale », puisque selon lui, il n’existe ni Polynésie
occidentale, ni Polynésie septentrionale. Il propose donc « Polynésie française » et obtient
l’approbation de Charles-André Julien. Georges Oudard signale à l’AUF que trois
télégrammes ont été reçus de Papeete, demandant chacun l’adoption d’une appellation
différente, et que cette inconstance des élus polynésiens justifie que l’AUF ne tiennent
compte que de ses propres analyses. Un membre de l’AUF suscite quelques mouvements
dans la salle quand il confie qu’il fut envisagé d’utiliser des noms comme « Polyno-
Mélanésie » ou « Mélano-Polynésie ». C-A. Julien craint que l’appellation Tahiti (tout court) ne sème une confusion dans les esprits. Il note que « Tahiti et dépendances » comme certains le voudraient introduirait des « hiérarchies dangereuses ». Le conseiller Héline, du groupe des gauches républicaines explique qu’il choisit « Polynésie française » parce que si l’on ajoutait « orientale » entre les deux, seuls les deux premiers mots finiraient par être utilisés et l’adjectif « française » disparaîtrait, ce qui serait préjudiciable à son sens. Quant à Jacques Chastenet, du groupe des républicains indépendants, il trouve que Polynésie française « a l’avantage d’être court, de bien sonner à l’oreille ». Jacques Rogué, élu du Tchad, aurait aimé suivre le vœu de l’assemblée territoriale des ÉFO mais, comme pèse le soupçon « de vouloir marquer [en supprimant l’adjectif français] un sentiment d’indifférence à l’égard de la mère-patrie », il ne peut pas être question « de prendre en considération toute autre proposition où ne figurerait pas le mot français ». Finalement, Georges Oudard se rallie à la proposition « Polynésie française » qui est adoptée par l’assemblée, alors que le groupe communiste soutient quant à lui le nom seul de Tahiti.
(1) Annexe 218 des documents de l'AUF de 1956, séance du 19 avril 1956.
[J.M.Regnault]
