Histoire de l'Assemblée de la Polynésie française - Goupil (Auguste), Raoulx (Victor), Viénot (Charles), Gauguin (Paul) -

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Le conseil général.


GOUPIL (Auguste) (1847-1921)

Colon français qui débarqua à Tahiti en 1869 et épousa la fille d'un riche colon anglais nommé Gibson. Il ouvrit un cabinet d'avocat et devint très vite un excellent professionnel. Il représentait, entre autres, la Société commerciale de l'Océanie. Il fut le conseiller juridique de la « Compagnie française des Phosphates de l'Océanie et acheta des terres à Makatea pour le compte de cette société. Ses activités politiques contribuèrent à faire de lui le plus important colon français de Tahiti au début du XXe siècle. Il vivait alors à Punaauia dans une magnifique propriété où il reçut Gauguin pendant quelques mois de l'année 1896. Le peintre fit un portrait de sa fille, Jeanne Vaite, enseigna la peinture aux enfants Goupil, mais se brouilla ensuite avec Auguste Goupil qu'il critiqua vivement dans le premier numéro du Sourire en 1899. Celui-ci était pourtant généreux, notamment avec la communauté chinoise dont il défendit les intérêts. II fut l'un des rares Français qui fit réellement fortune dans la colonie au XIXe siècle.

[Dictionnaire illustré de Polynésie sous la direction de F. Merceron]



RAOULX (Victor) (1842-1914)

Matelot originaire de Charente-Maritime, Victor Raoulx débarqua à Papeete en 1861. Il quitta la Marine militaire deux ans plus tard et se lança dans le commerce interinsulaire en prenant le commandement d'une goélette. Les profits réalisés au cours de trafics divers lui permirent de s'associer au capital de la maison de commerce Crawford en 1867. Il choisit ensuite de travailler pour son compte et devint l'un des principaux commerçants de Papeete. Il avait en effet obtenu l'exclusivité des relations avec la puissante société Tandonnet de Bordeaux, aux dépens du clan Laharrague qui en était jusque-là le seul représentant. V. Raoulx était de ce fait l'importateur attitré des produits français dans la colonie. Ses bénéfices furent réinvestis dans la plantation de canne à sucre et la rhumerie d'Atimaono qu'il avait acquises en copropriété peu après la mort de William Stewart. Il s'intéressa ensuite au coprah et chargea son fils de planter 14 000 cocotiers dans la plaine de Papara-Mataiea. V. Raoulx fut un homme politique influent, membre du parti français et bienfaiteur des écoles catholiques. Il fonda deux journaux pour défendre les intérêts des colons français : Le Messager de Tahiti puis Les Guêpes dans lequel, avec son appui, Paul Gauguin critiqua sévèrement l'immigration chinoise. Victor Raoulx fut membre du Conseil général puis du Conseil d'administration de la colonie et président de la Chambre de Commerce de Papeete.

[Dictionnaire illustré de Polynésie sous la direction de F. Merceron]



VIÉNOT (Charles) (1839-1903)

Pasteur et éducateur protestant. Après avoir commencé une carrière d'enseignant qui lui donna l'occasion d'éduquer des jeunes Polynésiens en France, Charles Viénot proposa à la Société des Missions évangéliques de Paris d'exercer au service de l'Église protestante à Tahiti. En 1866, il y fonda la première école protestante indigène dont l'objectif était d'assurer un enseignement autant pratique que général et de former des instituteurs ou des candidats à l'École pastorale. Charles Viénot se dépensa sans compter, donnant jusqu'à 50 heures de cours par semaine tant à Papeete qu'à Arue. En 1870, il reçut la consécration pastorale en France. « Aussitôt revenu, il reprend sa tâche avec un important matériel qu'il a amené avec lui. Dès 1872, il acquiert l'imprimerie de la London Missionary Society et sort un premier livre de lecture et un recueil de fables en tahitien qui ont un grand succès » (H. Vernier : « Au vent des cyclones »). Il fonda la première école normale et une école d'interprètes, fut nommé membre du Conseil général et continua à lutter pour l'éducation populaire, se heurtant parfois à la suspicion de l'administration et à l'hostilité de la Mission catholique. Épuisé par les efforts qu'il avait consentis pendant 37 ans, il mourut à Arue. L'école primaire protestante de Papeete porte son nom ainsi qu'une rue joignant le quartier du marché à celui de la Mission.

[Dictionnaire illustré de Polynésie sous la direction de F. Merceron]



GAUGUIN (Paul) (1848-1903)

Peintre français né à Paris. Paul Gauguin passa une partie de son enfance au Pérou, orphelin d'un père journaliste qui avait dû fuir en 1849 le régime autoritaire de Louis Napoléon Bonaparte. Accueillie par des parents très aisés (un oncle fut vice-roi du Pérou), la famille mena une existence très agréable dans un cadre pittoresque qui laissa à Paul Gauguin le goût de l'exotisme voire de l'aventure.

De retour en France, il s'accommoda mal des monotonies provinciales. Après avoir participé à la guerre de 1870 dans la marine, il accepta une place de commis chez un agent de change et se maria avec Mette Gad, une jeune Danoise qui lui donna cinq enfants en quelques années. Le tuteur de son enfance, Gustave Arosa, lui avait fait connaître le peintre Pissaro et lui avait donné le goût de peindre. Aussi, lorsque le krach boursier de 1882 lui fit perdre son emploi, Paul Gauguin se retira du monde de la finance et décida de se consacrer entièrement à son art. Après avoir abandonné sa famille au Danemark, il commença à mener une vie de bohème, cherchant à retrouver le mirage des pays ensoleillés à Panama et à la Martinique. Revenu en France, il s'établit quelques mois en Bretagne puis en Provence, toujours à la recherche d'impressions primordiales et franches.

Mais il rêvait surtout d'un pays où la civilisation occidentale ne se serait pas imposée et, après avoir lu le « Mariage de Loti » et la description romantique que l'auteur y fait de la vie à Tahiti, Gauguin vendit son stock de tableaux et partit en 1891.

Déçu par les toits de tôle, les tavernes et la communauté européenne de Papeete, il s'installa dans le district de Mataiea. Là, il mena une vie heureuse, aux côtés d'une jeune vahiné, Teha'amana qu'on appelait aussi Tehura. « Il trouve à cette époque les thèmes, les couleurs, le climat naïf et raffiné dont il attendait la révélation » (R. Cogniat : « Gauguin ») et, lorsque à court d'argent il repart pour la France en juin 1893, il emporte 66 toiles et une douzaine de sculptures sur bois. De cette période datent, entre autres, « Arearea », « la Ora Maria », « Ta Matete », « Quand te maries-tu ? », « Paroles du Diable », « La femme au mango », « Pape moe », « Otahi ». Il montre dans ses tableaux une formule nouvelle en peinture qui se caractérise par un dessin appuyé, cernant les formes, et une couleur utilisée en larges zones, au contraire des impressionnistes. L'exposition de ses œuvres à Paris ne suscita pourtant que les moqueries du public et de sa famille.

L'idée lui vint alors d'expliquer sa peinture et de faire partager l'enchantement tahitien par la publication d'un ouvrage illustré contant l'existence idyllique qui fut la sienne à Mataiea. Ce fut le sujet de « Noa Noa » dont la première version publiée en 1901 avait été remaniée et étoffée par Charles Morice, poète et critique littéraire, ami du peintre.

Il revint à Tahiti dès 1895 mais, déjà vieilli, souffrant de la syphilis et d'une blessure mal cicatrisée à la jambe, il ne réussit pas à recréer dans sa maison de Punaauia l'ambiance heureuse de Mataiea. Toujours en butte à des difficultés financières, il accepta d'enseigner le dessin aux filles de Me Goupil, puis dut se contenter d'un emploi de commis aux Travaux publics de Papeete. Aigri, il écrivit des articles violents ou satiriques dans les journaux Les Guêpes et Le Sourire, dirigés surtout contre l'administration et la communauté chinoise. De cette époque difficile datent des œuvres comme sa grande fresque « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, « où le peintre a mis toute l'inquiétude de son cœur, l'angoisse de son esprit devant le mystère de la condition humaine » (P.F. Scheeberger: « Gauguin Tahiti »). Il faut y ajouter « Le cheval blanc » et « Les seins aux fleurs rouges ».

A partir de 1901 cependant, son existence s'améliora grâce aux commandes régulières du marchand de tableaux Ambroise Vollard. Il en profita pour abandonner Tahiti et « poursuivre son pèlerinage aux sources. Les îles où il pense pouvoir réaliser son rêve, vieux de quinze ans, d'aller vivre parmi un peuple primitif, sont les Marquises » (B. Danielsson : « Gauguin à Tahiti »). Gauguin se fixa à Atuona et se fit construire une maison à étage qu'il appela « Maison du jouir » et où les bringues se succédaient soir après soir. Sa peinture (« Et l'or de leurs corps », « Cavaliers sur la plage ») atteint alors un sommet « où l'essentiel n'est plus le sujet mais le rythme et les couleurs. C'est à cause de son rôle libérateur, parce qu'il a su se débarrasser de toutes ses anciennes entraves académiques et réalistes, que Gauguin n'est pas resté pour la postérité un simple conteur de fables polynésiennes mais un précurseur important de l'art moderne » (B. Danielsson). Attaqué par l'administration et l'Église catholique qui voyaient en lui un adversaire dangereux de l'ordre établi et de la morale, usé par la maladie, Gauguin s'éteignit le 8 mai 1903. Il repose dans le petit cimetière d'Atuona.

Le lycée de Papeete et une des principales artères de la ville portent son nom. Un musée lui est consacré à Papeari.

[Dictionnaire illustré de Polynésie sous la direction de F. Merceron]

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